FUKUSHIMA, UN AN DEJA

11 mars 2011. La nouvelle tombe : les secousses liées au plus important séisme que le Japon ait jamais connu viennent de détériorer un réacteur de la centrale nucléaire de Fukushima.

Mon frère est à quelques centaines de kilomètres du site. Pur hasard d’une conférence qu’il donne à ce moment-là. Je suis à Paris chez mes parents pour quelques jours et au réveil ma mère est dans tous ses états. Elle a essayé de le joindre en vain. On ne sait rien. Je bois un café dans cette ambiance électrique. La vie semble tout d’un coup suspendue à internet et aux dernières dépêches. La catastrophe est en marche et nous guettons les suites des évènements avec angoisse. Je reçois un sms d’un ancien amant que je n’ai pas revu depuis pas mal d’années. On doit se retrouver pour déjeuner dans l’ouest parisien, là où je ne mets jamais les pieds. Je lui raconte pour mon frère. Je ne suis pas inquiète. Peut être parce que ma mère l’est pour toute la famille réunie et que je ne suis pas encore suffisamment réveillée pour réaliser l’ampleur de la chose.

Je me prépare, j’ai envie d’être belle, je suis en vie. Rendez-vous devant le métro. Je guette les passants. Vais-je le reconnaitre ? Il arrive, même démarche, je me dis qu’on ne change pas tant que cela finalement. Il m’emmène dans un très bon restaurant, au menu cuisine traditionnelle et viande à la plancha. On parle de nous, on résume nos vies, on raconte nos enfants, on évoque notre histoire passée, on se séduit un peu. On rit aussi beaucoup. Coup de fil. Ma mère a enfin réussi à joindre mon frère, tout va bien, il a réussi à prendre un avion à temps. Soulagement malgré tout. Puis on pense aux autres, ceux que l’on ne connait pas, là-bas, en plein cauchemar. Les débats pro et anti nucléaire valsent dans les médias. Dégueulasse et insupportable de voir que l’on continue de débattre sur un sujet en cours de détruire des milliers de personnes. Pas d’action directe. Pas de stop on a compris on arrête tout. Non. Les uns promettent des sites plus sûrs demain quand d’autres sont en train de s’efforcer de limiter les fuites.

Le dessert arrive, un café gourmand accompagné d’une crème brûlée. Je dois partir et nous sommes légèrement ivres. Nous nous quittons sur le quai du métro et échangeons un baiser. Juste ça. Pour retrouver un instant la douceur d’une étreinte familière et la légèreté d’un baiser sans conséquence et sans lendemain.  Parce que dans cet air de fin du monde, on se raccroche à nos vies avec une urgence quasi animale. Exister et vibrer encore.

11 mars 2012. Une chaine humaine s’est formée entre Lyon et Avignon pour appeler à sortir du nucléaire. Et ne pas oublier cette tragédie.
Mon ancien amant m’a renvoyé un texto. Cela disait « un an déjà ». On s’en rappellera.

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