HOLY MOTORS : un film poétique et envoûtant

Leos Carax est un génie. Ou alors juste un mec bien torturé par l’évolution du monde et par la petite fenêtre par laquelle on le regarde et qui s’appelle le cinéma. Un mec normal au fond. Car comment ne pas s’interroger sur notre société de plus en plus aseptisée et déshumanisée ? Une société où les caméras nous entourent, invisibles et pernicieuses, pour mieux servir non pas l’art mais un certain pouvoir avide de surveillance.

Monsieur Oscar est un acteur. Dans sa journée, il interprète neuf personnages, neuf vies, neuf genres de film. Sans caméra, sans témoin, sans raison si ce n’est celle de retrouver l’émotion d’être dans la peau d’un autre. Il passe de l’homme d’affaire à la vieille mendiante avec pour seul artifice le maquillage et les accessoires nécessaires à cette transformation. La limousine blanche conduite par Céline (Edith Scob) est son refuge, sa loge et incarne le cruel retour à soi entre deux personnages.Le génial Denis Lavant change de peau comme d’habits, avec la grâce des artistes de rue, entre naturel, sauvagerie et abandon. Les caméras lourdes de l’époque ont fait place à la microtechnologie et c’est bien contre ça que Carax s’insurge. Plus de point de vue, et malgré ces possibles qui se multiplient à l’infini, les Hommes semblent courir à leur perte. Perte de sens et de sensations. Jouer à être un autre est peut être dès lors l’alternative à ce monde. Éliminer la frontière fiction-réalité car finalement qu’importe. Tout le monde joue sans moteur, sans « Moteur ! » , tout le monde veut revivre sa vie, changer, recommencer. Comme dans la chanson de Manset « on voudrait revivre » qu’on entend dans un des derniers plans.

Carax revisite les différents genres de cinéma pour mieux les sublimer, les dépasser, les réinventer. Chaque image (magnifique travail de Caroline Champetier) vient vous envoûter, vous habiter, longtemps. Et vous questionner sur votre place dans le monde. Il suffit de pas grand chose pour que la vie bascule, et on a beau revisiter les vestiges anciens (comme dans la très belle scène de la Samaritaine avec Kylie Minogue), on ne peut pas rattraper le passé.

En sortant de la salle, j’ai ressenti des fourmillements et un certain malaise. J’étais aux Halles et regardais les gens autour comme si tout ça n’avait pas vraiment de sens. Mais je me sentais libre.

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