TABOU DE MIGUEL GOMES

Tabou est le troisième long métrage de Miguel Gomes, le talentueux cinéaste et ancien critique portugais qu’on suit de près depuis son très beau Ce cher mois d’août.

Tabou est un film sur le temps qui passe. Si chez Bergman le rapport au temps semble suspendu et angoissant, il est ici éthéré et Miguel Gomes invente un nouveau genre, une nouvelle écriture pour revisiter le passé d’une vieille dame qui vient de disparaitre.

Le film est construit en deux tableaux. Le premier « Paradis perdu » raconte les derniers jours d’Aurora dont l’extrême solitude n’est que renforcée par celle de sa voisine Pilar. Aurora est une vieille femme qui n’a plus toute sa tête. Elle joue au casino et se croit menacée par sa femme de ménage qu’elle soupçonne de sorcellerie. Ce premier tableau nous amène doucement vers sa mort, elle dont on ne connait rien. Jusqu’à ce qu’elle finisse par prononcer un nom, Ventura, avant de s’éteindre. Ventura est l’homme qu’elle a jadis aimé dans sa ferme africaine et qui ouvre le second tableau « Paradis » par son récit du passé mystérieux d’Aurora.

Aurora a grandi dans l’Afrique coloniale de Blixen. Une belle ferme, des parents riches, un mariage avec un homme qu’elle aime et un bébé en route. Mais en allant chercher son bébé crocodile égaré elle rencontre Gian Luca et tombe amoureuse. Commence alors une histoire d’adultère passionnée entre eux dans un noir et blanc muet qui rend aux gestes et aux corps toute leur place. Miguel Gomes filme des impressions, une reconstruction mentale de la narration du vieil homme et les images ressemblent à des archives sensorielles, hors du temps. Les dialogues et les mots s’effacent pour ne laisser place qu’aux bruits ambiants des pas dans l’herbe, à la musique ou au silence et en cela, cette partie muette est tout à fait singulière. Comme si les mots étaient vains dans notre mémoire. Il ne reste que les souvenirs et les mots écrits dans les lettres que les amants s’échangent, les corps qui s’enlacent, les gestes fatals et la séparation inéluctable.

Le traitement de Miguel Gomes opère telle une magie noire, mêle les genres, l’Histoire et le travail de mémoire dans une évocation amoureuse dramatique et follement libre.

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