PHOENIX ou comment l’amour peut-il renaitre de ses cendres ?

1945. Nelly Lenz chanteuse célèbre et miraculeuse rescapée d’Auschwitz, revient à Berlin pour retrouver son mari Johnny. Son amie Lene lui révèle que ce dernier est responsable de son arrestation mais Nelly refuse de croire à sa trahison. Quand elle le retrouve enfin, Johnny, non seulement ne la reconnait pas, mais s’acharne à la faire ressembler à sa femme disparue afin de récupérer son héritage conséquent.

 

 

Après Barbara, le nouveau film de Christian Petzold évoque l’Allemagne d’après-guerre et sa reconstruction chaotique dans un pays hanté par les fantômes du nazisme. Nelly (formidable Nina Hoss) revient chez elle le visage recouvert de bandes pour masquer ses blessures par balle. Un chirurgien s’obstine à la « reconstituer » à l’identique sur la demande de Nelly, non sans lui avoir suggéré de changer de visage, d’identité. Mais on n’efface pas tout et Nelly préfère retrouver son propre visage. Elle s’installe avec Lene en attendant de quitter l’Allemagne et rejoindre Israël. Le soir, elle erre parmi les décombres à la recherche de Johnny. Elle finit par le retrouver travaillant dans un cabaret, le Phoenix, et soulevant son voile qui cache son visage meurtri, l’interpelle. Leurs yeux se croisent mais elle s’enfuit en courant devant son indifférence. Il la suit et lui propose de prendre l’identité de sa femme, lui trouvant une ressemblance. Nelly accepte, telle la Madeleine de Vertigo, de subir une seconde transformation et d’être façonnée par un homme qui ne la reconnait même pas. Enfermée chez lui, elle s’attelle à sa tâche, devant imiter son écriture, teindre ses cheveux, réapprendre à marcher normalement – depuis sa sortie des camps, Nelly a une démarche de fantôme, semblant ne plus exister comme elle le dit d’ailleurs à Lene. Peu à peu, elle se réincarne et en jouant le jeu de Johnny, renait d’elle-même.

L’histoire parait bien romanesque et l’on se demande ce qui motive Nelly à s’infliger cette transformation, elle qui vient de vivre l’horreur. La réponse tient en un mot : l’espoir. Car à chaque instant, à chaque regard, à chaque demi-sourire, Nelly espère que Johnny la reconnaisse enfin, l’aime à nouveau. C’est le même espoir de le retrouver qui l’a aidée à survivre à sa captivité. Elle l’interroge sur Nelly, sur ce qu’ils ont vécu ensemble, sur les histoires qui les ont liés comme ce voyage à Paris d’où ils ont ramené ses chaussures, mais elle n’obtient qu’un silence terrifiant et tragique. Indifférence ou culpabilité ? Elle ne veut pas croire à sa trahison ni à sa vénalité. Elle guette le moindre signe et on sent dans son regard qu’elle est prête à tout pardonner, à l’inverse de Lene qui préfère disparaitre qu’être témoin d’une absolution injustifiable. En ce sens, la fin du film, magnifique et paroxystique, sur l’air de Speak low de Kurt Weill, offre une forme de réponse au deuil de son amour rendu enfin possible.

Co-écrit avec le regretté Harun Farocki, Phoenix pose la question primordiale du pardon et de l’oubli. Dans les archives de Ravensbrück de 1965, une femme évoquant sa captivité raconte tous les détails de sa vie en camp mais avoue avoir oublié les jours qui ont suivi sa libération, sa renaissance au monde.  Peut-on vraiment renaitre sans une part d’oubli ?

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