IDOMENEO, un opéra initiatique

Vendredi soir à l’Opéra de Lille, se jouait la dernière d’Idoménéo, opéra seria de Mozart, mis en scène  par Jean Yves Ruf et dirigé par Emmanuelle Haim (avec le Concert d’Astrée). Un Idoménée magistral et tout en nuances dans une mise en scène puissante et subtile.

Le roi de Crète Idoménée de retour de la guerre de Troie doit affronter une terrible tempête. Il implore la clémence du Dieu de la mer Neptune et lui promet de sacrifier la première personne qu’il rencontrera sur la terre ferme. Mais cruelle ironie du sort, c’est Idamante, son propre fils, qui l’accueille en premier, laissant Idoménee désespéré. Le roi ne pouvant tenir sa promesse, oblige son fils à quitter la Crète avec Electre, éprise d’Idamante. Une terrible tempête se soulève et Idoménée avouant qu’il n’a pu honorer sa promesse, se désigne en victime expiatoire. Idamante vient au secours de son père et vainc le monstre marin avant de s’offrir en sacrifice. Ilia, prisonnière troyenne éprise d’Idamante, s’offre à son tour pour épargner son bien-aimé. Devant tant de courage et d’amour Neptune met fin à sa malediction et contraint Idomenée à laisser son trône à Idamante et Ilia. Electre sombrera, comme son frère Oreste, dans la folie.

Composé par Mozart tout juste âgé de 25 ans, cet opéra à la fois dramatique et au dénouement heureux alterne les airs et les récitatifs au lyrisme poignant. Un père tiraillé par une promesse insoluble, un fils prêt à mourir pour son père, une femme amoureuse du fils de son bourreau (Ilia a perdu toute sa famille dans la guerre menée contre Troie par Idoménée), une autre femme humiliée de n’être pas aimée en retour, un choeur qui souligne la puissance dramatique, Idomeneo a tout d’une tragédie grecque à la différence près du happy ending, propre à l’opéra seria.

Idomenée est un valeureux guerrier mais redevient un simple humain redoutant la mort et prêt à sacrifier un autre homme pour lui éviter un destin fatal alors que son fils Idamante fait preuve d’une résignation mêlée de courage, et c’est justement son courage et son amour, comme celui d’Ilia, qui les sauvera tous.  En ce sens Idomeneo est éminemment atemporel dans l’idée que seul l’amour permet de vaincre nos peurs.

La voix du ténor Kresimir Spicer retranscrit parfaitement la gamme d’émotions contradictoires, le poids du secret et des non-dits et la souffrance inhérente à cette malediction. Il semble par moment presque murmurer dans une inflexion émouvante où l’on ressent tout son desespoir pour ensuite reprendre toute sa puissance et sa vergogne. La jeune soprano Rosa Feola campe une Ilia bouleversante et la mezzo israelienne Rachel Frenkel transmet à Idamante toute sa fougue.  La célèbre Patrizia Ciofi qui avait déjà interprété Ilia à la Scala, incarne pour la première fois une Electre aussi pétrifiante que convaincante.

Jean-Yves Ruf, plutôt que de représenter Neptune préfère évoquer sa présence dans une mise en scène allusive en s’appuyant sur une très belle scénographie et des lumières à la symbolique forte, qui vient titiller l’imaginaire des spectateurs, les bousculer et leur donner à voir l’invisible. C’est très réussi, on sent formidablement bien l’angoisse de la tempête, le tourment d’Idomenée, comme la menace sanglante ou l’amour brûlant d’Idamante et d’Ilia autour du chêne.

Magnifiquement dirigé par Emmanuelle Haim et son Concert d’Astrée (choeur et orchestre),Idomeneo est un spectacle merveilleux qu’on n’est pas prêt d’oublier.

Petite dédicace spéciale à Kresimir : Hvala lijepa et pusa.

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