RETROSPECTIVE PAUL VECCHIALI : le dernier libre penseur

Alors que son dernier film Nuits blanches sur la jetée, vient de sortir en salles, Paul Vecchiali est (enfin) à l’honneur avec une rétrospective de huit de ses films initiée par l’indispensable Shellac. Une belle occasion pour (re)découvrir cet immense cinéaste trop méconnu, auteur d’une cinquantaine de films, et de se précipiter en salles (parisiennes) pour les voir en grand écran. A 84 ans, Paul Vecchiali a toujours réalisé ses films dans un esprit de liberté, notamment en créant sa maison de production Diagonale en 1976. Héritier de Bresson et d’Ophüls,  il reste le dernier « franc-tireur du cinéma français » comme le surnomme Shellac. Retour sur deux de ses films, Corps à coeur et le tout récent Nuits blanches sur la jetée.

 

Corps à coeur (1979)

Pierre est garagiste au Kremlin bicêtre. Un soir à la Sainte Chapelle où se joue le Requiem de Fauré, Pierre tombe fou amoureux de Jeanne (qu’il renomme Michèle quand elle devient dure avec lui), une pharmacienne de 15 ans son ainée. Mais Jeanne se refuse à lui, ne croyant plus à l’amour. Elle le trouve drôle et entier mais ne succombe pas comme toutes les autres femmes à son charme. Pierre s’obstine jusqu’à vivre dans sa voiture garée devant chez elle, ce qui ne manque pas de faire sourire les passants. Son désespoir n’a d’égal que la force de son amour incompréhensible et insurmontable. Il finit par abdiquer et rend visite à une femme qu’il a jadis aimée et qui le comprendra mieux que quiconque, elle qui l’aima un jour passionnément. A son retour,  Jeanne lui annonce qu’il ne lui reste que trois mois à vivre et lui propose de les passer ensemble. Ils partent dans une maison dans le sud et vivent leur amour à rebours librement. Pierre est persuadé que son amour sera plus fort que la mort.

Drame amoureux, tragédie passionnelle qui caresse la mort à chaque instant, Corps à coeur est aussi un hymne au cinéma classique et à la musique de Fauré. Les images nous hantent comme Pierre est hanté par Jeanne. Elle apparait dans son imaginaire sourire aux lèvres, ses mots résonnant comme une sentence cruelle. Les voisins et collègues forment le choeur de cette tragédie dans la ruelle où habite et travaille Pierre. Ensemble ils commèrent, sermonnent, soupçonnent, chantent, boivent, s’aiment et se déchirent. On pense alors à son ami Demy, et à Truffaut aussi. On se dit que l’amour fou existe, il s’invente et jaillit avant de mourir brutalement, car inéluctablement et comme la vie, il a une fin. Corps à coeur nous fait parfois sourire, souvent nous remue, et finit par nous renverser. Une tragédie inoubliable.

 

Nuits blanches sur la jetée (2015)

Un homme et une femme se rencontrent sur une jetée, telles deux âmes errantes plongées dans l’obscurité de la nuit. Elle (Natacha) attend le retour de l’homme qu’elle aime. Lui (Fédor) n’attend rien, n’attend qu’elle. Ils se parlent comme une évidence, dans une langue très littéraire, presque oubliée, presque irréelle. Pourtant ils se disent des choses simples comme deux êtres qui s’apprivoisent. Ils se confient, se relient l’un à l’autre par leurs petits morceaux de vie, pour se comprendre, se rapprocher mais ne pas s’aimer tout de suite. Natacha lui demande de ne pas tomber amoureux d’elle mais sait que déjà ils s’aiment de cet amour inventé par les mots, par l’histoire qu’on se fabrique à travers ce que l’autre nous donne à voir. C’est là toute la beauté vulnérable d’une rencontre nouvelle où l’on tremble de se découvrir des affinités, des différends, on se raccroche à chaque mot pour continuer de réinventer un amour rêvé comme celui de Pierre dans Corps à coeur.

Après Bresson et Visconti, Vecchiali adapte à son tour la nouvelle de Dostoievski et se l’approprie magnifiquement dans un clair obscur qui semble suspendu au rire enfantin de Natacha (grâcieuse Astrid Adverbe) et au battement de coeur de Fédor (formidable Pascal Cervo, tout droit sorti d’un film de Demy).

Natacha comprend que son amour pour cet homme attendu est vain. Mais l’amour est cruel, le bonheur est rare et difficile à attraper même sous nos yeux, même sur une jetée entre chien et loup.

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