WORLD BRAIN, une humanité à la dérive

Résumer le projet transmedia World brain est presque aussi complexe que de vouloir quantifier les algorithmes qui nous entourent. World brain s’inscrit dans la suite logique d’un premier projet, Cyborgs dans la brume, invitation utopique au coeur d’un Laboratoire d’expérimentations et de réflexions sur la survie humaine dans un monde qui ne serait plus dominé par l’homme.

Deuxième film des artistes Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon, World brain nait de l’envie des deux artistes de filmer les data centers qui regroupent nos milliers d’informations, sociales et bancaires, conservent nos achats, nos historiques de recherche, « notre vie en ligne » et finalement notre vie tout court. Mais devant la complication de l’accès à ces lieux, ils sont partis dans une exploration plus globale de notre « cerveau mondial ». De la même manière que notre corps est parcouru d’une énergie qui nous relie les uns aux autres, à la terre comme aux animaux, internet est le résutat de cette envie de nous connecter. Pourtant cette hyper connection semble finalement peu exploitée si l’on en croit les possibles qui nous tendent les bras, comme être capable de ressentir le corps de l’autre, partager la vison de nos rêves ou se mettre dans la peau d’un chat.

Dans un monde de plus en plus automatisé, où les robots et les machines remplacent efficacement l’homme, où les rats transhumanistes annoncent un nouveau monde, nous sommes devenus extérieurs à notre société, à cet univers artificiel sous contrôle de grands groupes dont le cerveau est la Bourse. Pendant que nous nous divertissons devant des vidéos de chatons, des algorithmes spéculent avec notre argent, rassemblent la plus grande base de données possible. Quelle alternative à cette dérive identitaire ? Un groupe de chercheurs se réunit en pleine forêt pour vivre un retour aux origines en s’aidant de wikipedia. Ils apprennent à survivre, à faire un feu, à se nourrir en se connectant. Ils vivent ensemble l’utopie qui consiste à mêler la technologie et la nature, car pourquoi ne pourrait-on pas se relier à la terre comme on se relie à internet ? Pourquoi ne pourrait-on pas renouer avec notre instinct primaire plutôt que de se laisser gouverner par une intelligence devenue artificielle et invasive ? Un chercheur a d’ailleurs imaginé une technologie qui consiste à connecter deux cerveaux entre eux pour transférer la pensée de l’un vers l’autre . On vous laisse imaginer quelles possibilités offre cette découverte…

Les premières images du film matérialisent internet par des kilomètres de câbles tendus entre les continents. Rien d’autre que cette toile tissée par l’homme pour se relier. Alors pourquoi nous sommes nous tant externalisés si le but premier était d’être connectés ? Comment avons-nous laissé le capitalisme s’approprier un moyen de communication génial pour finalement mieux nous anéantir, nous envahir ? Les arbres aussi s’envoient des messages, mais à l’inverse des hommes, se protègent.

Le projet se regarde en entier ou comme les fragments d’une oeuvre éclatée sur le site conçu sous la forme d’une cartographie renvoyant aux multiples références, liens, pensées et alternatives. Allez vous y balader, internet est aussi fait pour ça : http://worldbrain.arte.tv/
Et tant mieux.

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