MES SEANCES DE LUTTE : Je t’aime moi non plus

Deux maisons de campagne voisines. Dans l’une, Sara Forestier venue disputer son piano en héritage suite au décès de son père. Dans l’autre, James Thierrée, avec qui jadis elle flirta un peu. Ils se retrouvent et se titillent, se chamaillent, se provoquent, s’attirent pour mieux se repousser, se désirent mais préfèrent se battre. Pour notre plus grand ennui.
Le combat dans la boue

Sara Forestier, cheveux filasses et seins qui pointent, est en colère dès le départ. Parce que son père n’a même pas eu la délicatesse de lui léguer la seule chose qu’elle voulait, son piano. En colère aussi contre son beau voisin avec qui elle a passé une nuit de sexe avortée il y a quelques mois. Elle lui reproche de ne pas avoir eu l’audace de la retenir dans son lit alors que pendant tout le film elle s’obstine à se refuser à lui. Commencent alors d’interminables séances de lutte physiques et verbales à la chorégraphie penchant parfois vers l’absurde et dénuée de tout érotisme. Ils se battent pour se prouver qu’ils n’ont pas envie de la même chose, ce qui est évidemment vain puisque clairement ces deux-là s’attirent. De quoi ont-ils peur ? De l’amour ? De souffrir ? De s’attacher ? De l’absence ? Ils se battent avant tout contre eux mêmes. Mais le théâtre de leurs séances devient un jeu risqué où le seul but est de se refuser à l’autre et leur lutte, loin d’être animale,  ressemble un jeu d’enfants qui tourne mal.

 Une de leurs positions improbables

Que veut nous montrer Jacques Doillon ? Un amour platonique comme seul exutoire d’un amour voué à l’échec ? Une lutte du corps et de l’esprit ? Une tendance masochiste trop longtemps étouffée ? Car c’est bien l’un des problèmes du film, que de mélanger les genres, entre dialogues rohmériens, kung fu amateur, scènes de non baise et parler cru. A force d’annihiler leurs sentiments (pour mieux les exacerber), Doillon annihile notre intérêt (qui lui ne se réveille pas). On se détache complètement des personnages et ce qui nous est donné à voir semble aussi dérisoire que ridicule. Ainsi quand lui l’enroule dans le tapis pour mieux la retenir, ou quand ils se reniflent dans un tas de sable près de la bétonnière ou encore quand ils s’enlacent dans des positions et des lieux improbables (formidable cunnilingus dans l’escalier), on a plutot envie de sourire que d’éprouver ce qu’ils vivent. Il faut attendre une heure avant qu’ils s’embrassent (pour mieux se gifler derrière) et vingt minutes de plus, avant qu’enfin elle lui donne le mode d’emploi pour « bien la baiser ». C’est la scène de l’affiche où ils décident de se rouler dans l’eau croupie, se couvrir de boue et lui de la sodomiser.  C’est aussi excitant que d’imaginer faire l’amour adossée à un cactus.

Les cages d’escalier et leurs possibles

Mes séances de lutte aurait pu s’appeler « Catch me if you can » (mais en moins drôle) et on aurait franchement aimé qu’il l’attrape la première fois pour nous éviter ça.  Jacques Doillon, grand cinéaste par ailleurs, nous avait habitués à mieux. Seul bon point du film, la présence du très beau James Thierrée, acteur trop rare au cinéma.

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