Quand Julie Delpy nous parle de lolo(s), de chatte et de névroses

La nouvelle comédie de Julie Delpy, Lolo, est made in France. Fin de l’exil californien ? Retour aux sources ? Peu importe, depuis 20 ans le coeur de Julie Delpy balance entre les deux continents mais son écriture reste acerbe quand il s’agit de raconter les femmes de quarante ans et ca, ça ne manque pas de nous faire rire d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique.
Tous les ingrédients de la comédie populaires sont présents, du choc des cultures en passant par un casting bankable (Dany Boon, Karin Viard et Vincent Lacoste). Loin des comédies indé US, Lolo est pourtant une bonne comédie.

 

Violette, en thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, rencontre Jean René un informaticien provincial aussi ringard que souriant et gentil. Elle a dépassé la quarantaine, n’a pas eu d’histoire depuis un moment et se laisse tenter par une aventure qui ne peut pas lui faire du mal. Sauf que aussi surprenant que cela puisse paraitre, elle se sent tellement bien avec lui qu’elle n’a finalement pas l’intention de le laisser filer. Lorsque Jean René s’installe à Paris, le fils de Violette, Lolo, ne l’entend pas de cette oreille et met en place plusieurs embuches.

Au départ on a eu un peu peur, faut l’avouer. L’affiche, la bande annonce, Dany Boon et surtout le pitch, tout laissait croire à une énième comédie lourde sur un sabotage amoureux sans finesse avec en guise de fils un mélange hybride de Tanguy et de Norman Bates. Au final le résultat est loin d’être nul (loin d’être extraordinaire aussi).

Si ce qui se joue entre Lolo, ado oedipien attardé qui n’a pas coupé le cordon avec sa mère et le nouveau prétendant beauf de sa mamounette n’a pas grand intérêt, le portrait de Violette et Ariane l’est en revanche bien davantage. C’est bien là que la réalisatrice de Two days in New York excelle et nous embarque : dans cette peinture sans fard de la quadra décomplexée. Les deux copines travaillent dans la mode, hochent la tête pour approuver les derniers détails lors des défilés, bref ce sont les connasses incontournables d’avant le lancer sur podium des collections. Violette vit dans un appartement gigantesque, a une vision de la province très parisienne (« Il pleut encore, comme en Province quoi ! »), tutoie les stars et suit les recettes de Beigbeder pour cuisiner son poulet. Nous sommes très loin de l’univers de Jean René, informaticien de Biarritz, marié 20 ans avec la même femme et qui monte à Paris pour tenter de vendre son programme génial qui fera gagner des millions aux spéculateurs boursiers. Jean René s’installe à Beaugrenelle (trop la loose) et semble fier d’avoir un bout de vue sur la Tour Eiffel (pffff, le plouc !). Si le contraste a l’air grossier, les traits sont pourtant plus subtils qu’il n’y parait et l’on se reconnaitra facilement derrière les névroses de la quarantaine, du mal d’amour, de cul et du ras le bol des échecs amoureux. Car oui la femme de quarante ans adore ses enfants, pense comme Violette qu’ils sont le futur de l’humanité mais aussi comme Ariane que parfois « ca fait chier d’être mère », de s’en prendre plein la tronche, et que l’histoire a beau se répéter en boucle, y en a marre de dire que les mères sont toujours  la cause de tous les problèmes des enfants (même si c’est vrai).

Bien que son Jean René fasse tache dans ses soirées VIP de parisiens branchés, Violette doit malgré tout constater qu’il la rend heureuse. A t-elle revu à la baisse son idéal masculin ou simplement changé et réalisé que le bonheur est dans le pré et pas sur le tapis rouge ? Ou est-elle juste devenue accro à sa « grosse bite » (Dany Boon n’a pas du hésiter longtemps à jouer les benêts à gros kiki) et son altruisme en matière de sexe oral ? Bref Violette est amoureuse et veut se faire du bien. Rien de condamnable sauf pour son narcissique de fils, artiste convaincu d’être génial, adulé par sa mère et qui dans son délire d’art « auto-bio-graphique » s’évertue à détruire l’envahissant JR. Nous ne sommes pas loin de Dallas tant Lolo joue double jeu. Mais cette partie là – Oedipe, ma mère, mon art – nous ennuie, malgré les quelques sourires qu’elle nous décroche. Non, ce qui fonctionne avant tout, ce sont les clichés détournés, revus et corrigés par une Julie Delpy en forme et pleine de lucidité. Loin de tout cynisme, elle  n’hésite pas à dresser un (auto)portrait de la femme de 40 ans, belle et égoiste, pitoyablement romantique et seule, prête à tout pour un orgasme, même à tester les dictons foireux de leur grand mère (« plus ils sont cons mieux ils baisent »).

On aura au moins appris une chose qui nous évitera bien des désillusions : rien de plus menteurs que les grands mères !

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