Peace, love … but fuck them !

Difficile d’écrire en ce moment. Difficile de travailler, difficile de penser à autre chose, difficile de regarder des films l’air de rien sans vérifier toutes les cinq minutes les dernières infos sur Twitter ou sur les sites d’informations. Ca va revenir bien sûr, c’est comme le vélo, ça ne se perd pas. Mais c’est dur.

Je pense à tous ceux qui s’activent depuis vendredi, à nos politiciens, aux forces de l’ordre, au corps médical, aux spécialistes qui courent d’un plateau télé à une radio, aux journalistes, tous mobilisés pour apporter des réponses, rassurer, informer, analyser, débattre, soigner, déclarer la guerre. Je pense aussi à tous les autres, aux commerçants qui rouvrent boutique, aux conducteurs de métro, aux restaurateurs, aux coiffeurs, aux enseignants, à tout le monde en fait qui continue de vivre, de travailler quand moi je n’arrivais à rien ces derniers jours. Complètement down. Parce qu’avant tout je pensais à tous ces visages que je n’arrivais pas à quitter des yeux dans la nuit d’effroi de vendredi. Je regardais défiler ces inconnu(e)s qui étaient recherchés, je lisais leur prénom, je pensais à leurs familles, à l’attente insoutenable, l’inquiétude indicible entremêlée d’espoir. La suite on la connait, les disparus ont été identifiés, certains morts d’autres blessés. Un cauchemar. Je me suis souvent dit que l’une des pires morts doit être celle qui est du fait d’un gros con à qui on n’a rien demandé. Comme mourir renversé par un abruti de chauffard complètement bourré au volant de sa voiture ou tuée par un chasseur qui se serait trompé de cible ou encore assassiné par un pauvre type dérangé. En fait ce qui est inacceptable c’est de ne pas trouver du sens. Nous les humains, on aime bien ça le sens. Alors mourir pour rien parce qu’une bande de malades mentaux a décidé de remonter le temps et partir en croisade contre des pervers occidentaux de 2015, forcément ça fout les boules. Surtout qu’ils n’ont toujours pas capté que l’autre truc qu’on aime bien, c’est jouir de la vie. Jouir tout court aussi. Et que ça, c’est immuable, ça fonctionne comme ça depuis la nuit des temps et partout sur notre petite planète. Ca s’appelle la vie.

Du coup depuis vendredi je ressens comme un gros besoin de rester en lien avec mes pairs, sur les réseaux sociaux, dans les cafés, au téléphone, place de la république. Sentir qu’on est de la même espèce, qu’on partage les mêmes envies, Et pour rester connecté rien de tel que les réseaux sociaux . Alors bien sûr, on se retrouve à voir passer les mêmes posts partagés des dizaines de fois, à découvrir des tweets nauséabonds, puis des messages tout plein d’amour de certains rescapés, à lire des portraits de héros, à se demander comment on survit à un truc pareil quand en plus on a perdu sa femme dans cet absurde massacre. Et juste après on se dit aussi qu’il y a plein d’autres catastrophes, et même certaines dont tout le monde se fout, que c’est étrange d’ailleurs ce truc de distance qui hiérarchise nos émotions, à moins que ce ne soit le traitement médiatique ? On se demande si ce n’est pas un peu cucu aussi cet élan de solidarité, pas un truc pour cacher la misère. On se demande lequel a raison, celui qui veut faire la guerre ou celui qui explique que c’est bien plus compliqué. Et puis on se raccroche à nouveau à tous ces beaux témoignages de vie et d’amour, ces coups de gueules des jouisseurs que nous sommes, on se dit que tout ça est surtout bien plus simpliste voire binaire que la réalité du problème mais que bon tant pis, parce que l’amour, la solidarité, la fraternité, la liberté, sont des valeurs tellement fondamentales que ça fait du bien par où ça passe. Bien sûr qu’il faudrait changer plein de choses dans notre société, dans notre politique étrangère, dans notre système éducatif, dans nos relations commerciales avec certains pays fondamentalistes. On se dit qu’il y a vraiment plein de choses à faire pour changer le monde. Mais là pour le moment, laissons-nous encore un peu le temps de pleurer, rire et pleurer encore, danser, boire et chanter, parler, aimer. Parce que ça, c’est vraiment simple*.

Parmi toutes les vidéos, les messages, les témoignages que j’ai pu voir passer ces derniers jours, celle qui m’a redonné la patate, c’est celle de John Oliver. Je sais c’est idiot, c’est bourré de clichés sur la culture française mais 1) ca fait du bien ces « fucking » insultes sans bip, 2) c’est vrai que la culture nous sauve et nous sauvera toujours tout comme l’éducation, 3) c’est forcément touchant de se sentir appartenir à une communauté aimée, honorée et respectée.

*Comme quoi ils sont vraiment trop cons ces terroristes

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