PAUL VECCHIALI : Retour sur la rencontre avec un électron libre

© Veeren Ramsamy/UniFrance

En arrivant hier rue Beaurepaire au café Potemkine, Paul Vecchiali était déjà là, debout, souriant, le regard bleu profond à discuter avec les quelques personnes et amis présents. Je l’interroge sur la projection d’équipe qui avait lieu le matin même. Il m’avoue avoir pris un coup en se voyant dans le rôle principal. .Jamais simple de se voir à l’écran surtout dans un grand rôle. Il est vif, charmant, on dirait un jeune homme. La rencontre démarre. Celui qui mène la rencontre nous prévient qu’il va revenir sur son parcours car, malgré les nombreux visages familiers du « clan » Vecchiali, certains dans la salle ne le connaissent pas. C’est vrai qu’il n’est pas si connu Vecchiali. Injustement méconnu du grand public, lui qui revendique un cinéma populaire.

Vecchiali est né en Corse. Il part faire la Guerre d’Algérie pendant trois ans et demi « sans jamais toucher une arme, du papier journal bourrant son porte pistolet ». A son retour il découvre A bout de souffle et tombe de sa chaise.

« Je n’avais pas vu de film depuis trois et là boum, A bout de souffle. Je me suis dit faut y aller »

Et il y va. Il créé sans relâche, réalise un long, un court, devient assistant (dans cet ordre) puis retourne à ses propres films. Il rejoint Les Cahiers du cinéma, se fait des amis mais aussi quelques inimitiés. La Nouvelle Vague pour lui c’est surtout Godard qu’il admire et Rohmer. Le reste l’intéresse moins. Il nous accorde que « Rivette c’est pas nul ». Lorsqu’il s’enflamme pour Journal intime de Zurlini, « le plus grand film italien » selon lui, Rivette refuse de le publier. Vecchiali quitte Les Cahiers.
Avec Jean Eustache, ils sont inséparables, vont au cinéma ensemble (il a d’ailleurs produit son premier film) jusqu’au jour où Eustache découvrant son premier film en projection, sort de la salle et ne lui dit pas un mot. Il ne lui pardonnera jamais. L’amitié chez Vecchiali c’est sacré. Il marche à l’instinct et à l’honnêteté.

Un ami pour moi doit être capable de vous dire « Ton film c’est de la merde »

Il monte sa troisième société de production Diagonale mais part à nouveau quand ses partenaires refusent de produire un de ses films. « Dans ma propre maison de production ! Ca n’avait aucun sens. »

Les anedoctes fusent, il rectifie le tir de la présentation faite, il se rappelle de tout, a une mémoire phénoménale, un sens inoui de la narration. Même l’ami et collaborateur Noel Simsolo présent dans la salle est contredit dans ses souvenirs : « Mais si, rappelle toi, tu aimais bien Fassbinder, lui lance Noel. – Mais non ». On sent que leurs séances d’écriture doivent être animées d’un véritable ping pong verbal.
Il ne tarit pas d’éloge sur Godard évoque son cinéma en disant que quelqu’un qui est capable de réaliser un plan d’avion dans le ciel et de vous faire pleurer, « c’est du cinéma pur ».

« Godard, c’est du cinéma pur »

Il nous parle d’écriture filmique comme étant capitale et trop souvent absente. Selon lui les films devraient être une somme de plans, reliés par cette écriture filmique et non s’ajouter ou se succéder comme trop souvent sans fil. Il n’épargne pas les grands noms du cinéma, avoue ne pas aimer Pasolini qui pourtant lui vouait une grande admiration. Fassbinder l’ennuie, Renoir n’a pas fait que des chefs d’oeuvre et même raté certains plans comme celui de la métaphore sexuelle de La bête humaine qu’il estime grossière. Ses arguments sont tels qu’ils semblent toujours lui donner raison. Même s’il ajoute que cela n’engage que lui. A propos de Pasolini il dit que filmer un plan avec dix caméras n’a aucun sens.

Ce qui est vraiment un acte révolutionnaire c’est bien de choisir un seul axe

Lui préfère Fuller. Ou ses maitres, Jean Grémillon et Max Ophuls. Il évoque aussi Bresson et d’autres encore. Dans le cinéma français actuel, il aime Laurent Achard ou Philippe Lioret.  « Ses films, pas l’homme ». Alain Guiraudie aussi sauf son dernier film L’inconnu du lac.

On l’a compris Paul Vecchiali aime le franc parler et rester libre, indépendant. Sa filmographie impressionnante est due au fait qu’il travaille vite et en économie de moyen. Il est capable avec une avance sur recettes de monter plusieurs films à la fois. Il a tourné ses deux derniers longs métrages en parallèle, au même moment. Il jongle, réinvente, improvise. Il crée ses plans en fonction de l’espace, le décor jouant un rôle important. Il ne pardonne ni les trahisons ni les choix manquant d’audace comme celui de prendre Marcello Mastrioanni pour jouer un ringard. « Pourquoi ne pas donner sa chance à un vrai ringard ? ». Tellement juste.

Un homme dans le public évoquant un plan séquence de Corps à coeur lui dit que ce qui est beau dans ses plans séquences c’est justement qu’il n’est pas dans la prouesse, qu’il ne se regarde pas filmer. C’est exactement cela. Un cinéma à la fois instinctif, organique et magnifiquement écrit. Il rêve ses films avant de les fabriquer, il les a tous en tête.

La rencontre se termine sur son dernier film, Le cancre et Vecchiali nous confesse que c’est bien dans sa vie qu’il puise ses histoires et que la genèse de celui-là est née de retrouvailles sur Facebook avec un amour de jeunesse. Il a cette manière de raconter qui nous emporte, nous enveloppe, nous fait sourire, nous remue. Comme ses films.

La soirée se prolonge à discuter avec ses amis, acteurs (Astrid Adverbe, Pascal Cervo) puis le lendemain lors d’un couscous mémorable (merci Nadia !) avec son équipe technique qui raconte leur bonheur de travailler avec « Le maitre ». A l’unanimité, ils m’ont tous avoué que ses prochains films (C’est l’amour et Le cancre) étaient des « grands Vecchiali » et qu’il y était formidable comme acteur. On n’en doute pas et même on a hâte de les découvrir !

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