NAIS, TOPAZE ET LE SPOUNTZ enfin en salles

Mission Distribution nous offre une belle surprise pour cette rentrée : trois films de Marcel Pagnol en version restaurée et pour la première fois en salles depuis 50 ans : Topaze, Le Schpountz et le moins connu Naïs.  On avait déjà eu la chance de redécouvrir le chef d’oeuvre qu’est La Trilogie marseillaise (Marius, Fanny et César) dans une magnifique restauration en décembre dernier. C’est maintenant au tour de Fernandel d’être à l’honneur dans trois de ses meilleurs rôles.

Commençons dans l’ordre chronologique. Le Schpountz sort en 1938 juste après La trilogie marseillaise (dont seul le dernier volet, César, est réalisé par Marcel Pagnol lui-même). L’idée du film serait venue à Pagnol lors du tournage d’Angèle (1934) où un homme débraillé se pointait chaque jour sur le tournage en prétendant que son valet l’avait mal accoutré. Le Schpountz c’est donc Irénée (Fernandel) un paysan élevé par son oncle (toujours formidable Charpin) qui plutôt que de reprendre le commerce de celui-ci préfère se rêver en star de cinéma. Lorsqu’un tournage se déroule dans son village, Irénée saute sur l’occasion de prouver son “talent“ et l’équipe, pour se moquer de lui, décide de lui laisser croire qu’il a toutes ses chances en l’invitant à les rejoindre sur Paris. Mais Irénée sera peut-être plus doué que ce que tout le monde veut bien croire…

le_schpountz

On retrouve dans Le Schpountz les thèmes chers à Pagnol comme les relations familiales (ici il s’agit d’un oncle et de son neveu), le désir d’émancipation, les différences ville-campagne. Pagnol en profite pour dresser un portrait au vitriol d’une industrie (le cinéma) arrogante qui ne l’a pas épargné lors de son passage du théâtre au septième art. Le Schpountz est une fable aussi drôle que touchante et Pagnol prouve ici encore son immense talent de dramaturge. Les dialogues sont croustillants et Pagnol offre à Fernandel l’une de ses scènes les plus réjouissantes lorsqu’il improvise une audition devant l’équipe pour montrer l’éventail de son jeu !

En 1945 lorsque sort Naïs, Pagnol a déja réalisé plusieurs grands succès comme La femme du boulanger ou La fille du puisatier. Adapté d’une nouvelle d’Emile Zola, Naïs raconte les amours interdites de la belle Naïs, fille du paysan Micoulin, et de Frédéric, fils des patrons de ce dernier. Toine (Fernandel) est l’ami de Frédéric et amoureux de Naïs dont il n’espère rien étant donné sa laideur et sa bosse de Quasimodo. Par amour pour Naïs, il accepte de cacher à Micoulin leur relation. Mais Micoulin finit par le découvrir et veut venger son honneur en éliminant Frédéric.

nais-de-pagnol
L’histoire de Naïs pourrait se confondre avec celle d’Angèle (1934) ou de La fille du puisatier tant on retrouve de nombreuses similitudes : le père bourru qui s’oppose à sa fille, les amours illicites, les différences de milieu social, l’ami de toujours un peu naïf et plein de bon sens qui s’avérera être d’un grand soutien, des dialogues marquants et d’une profondeur extrême. Pagnol touche autant qu’il amuse, et sa grande force est de savoir nuancer ses personnages et de leur offrir une palette d’humanité large. Ainsi le père violent peut s’avérer un homme moins méprisable qu’il n’y parait. Quant au rôle de Toine le bossu, c’est probablement le plus beau rôle de Fernandel, à la fois attachant, juste et généreux, de celle qui nous réconcilie avec les Hommes.

Pagnol réalise Topaze en 1951. Il a déjà adapté sa propre pièce en 1936 mais déçu du résultat, il décide d’en faire un remake avec dans le rôle titre, Fernandel. Le film relate les aventures d’un instituteur dévoué et intègre (Topaze) qui se fait renvoyer de son établissement pour avoir refusé de modifier les notes d’un de ses mauvais élèves fortunés. Il se retrouve contraint à survivre en tant que répétiteur d’une riche famille et très vite devient l’objet d’un conseiller municipal corrompu à son insu. Quand il réalise l’imposture dont il est victime, Topaze s’avère moins honnête et moins naïf qu’il n’y parait.

Topaze

Topaze est à nouveau pour Fernandel l’opportunité de prouver son grand talent de comédien dans le double registre tragique et comique. Comme Irénée dans Le Schpountz, Topaze apprend vite les codes du monde cruel et immoral où il évolue et le retournement de situation est aussi cocasse qu’hilarant. Cette ultime version rencontrera un grand succès public même si Pagnol n’atteint pas la qualité de son cinéma d’avant-guerre.

Au final, ce sont trois films de Pagnol qui, s’ils n’égalent pas La trilogie marseillaise ou Manon des sources, restent néanmoins des films à découvrir. Pagnol prouve ici encore qu’il était un grand cinéaste en plus d’être un écrivain merveilleux et qu’il avait un instinct indéniable pour révéler l’immense talent de comédiens tel Fernandel ou Raimu (le plus grand acteur de tous les temps selon Orson Welles) en leur offrant leurs plus beaux rôles.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s