JUSTE (PAS) LA FIN DU MONDE

Louis fait la surprise de débarquer dans son village natal pour un déjeuner en famille, après douze ans d’absence. Il retrouve sa mère, sa jeune soeur qu’il connait à peine, son frère et sa belle soeur. Entre querelles, apprivoisement et peurs, Louis parviendra-t-il à confesser la vraie raison de sa venue ? Deux ans après Mommy, Xavier Dolan réalise avec Juste la fin du monde un film en huis clos familial, chaotique et hystérique.

Le film démarre sur l’arrivée du fils prodigue, Louis (Gaspard Ulliel tout en retenue) à bord de son taxi. La maison s’active pour préparer au mieux son retour. Alternent les plans de légumes tranchés, d’assiettes décorées, de vernis en train de sécher. Antoine l’ainé (Vincent Cassel pas en retenue du tout) et sa soeur Suzanne (Léa Seydoux, double féminin de Vincent Cassel) se disputent (pourquoi déjà ? on ne retient que leurs cris inutiles et exagérés). La porte s’ouvre et le silence s’installe en écho au poids des années d’absence. C’est Suzanne qui se précipite la première vers Louis. Elle l’enlace, longtemps. Dolan filme leur étreinte sous tous les angles, toujours en gros plan, comme s’il ne choisissait pas de point de vue. On peut interpréter longuement son choix de mise en scène d’ailleurs qui consiste à ne filmer les personnages qu’en gros plan comme s’ils étaient isolés (en famille mais seuls). Le procédé est tellement systématique qu’il finit paradoxalement par nous mettre à distance comme ce premier plan fracturé de Gaspard Ulliel en légère plongée et qui ne semble pas raccord avec le contre champs sur les autres personnages et qui ressemble davantage à une coquetterie qu’à un choix de mise en scène. A force de réfléchir à une hypothétique symbolique, on se rend compte que la magie n’opère déjà plus.

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La suite se compose de dialogues vains, d’engueulades improbables, de conversations avortées et du mécanisme inéluctable qui se met en place et qui enferme chacun dans les rôles qu’on leur a distribués dans leur clan. En somme tout ce que nous pouvons retrouver lors d’un dimanche en famille. Pourtant cela sonne faux et l’on ne peut que déplorer le résultat sur-joué et hystérique en ce qui concerne Vincent Cassel. Ce n’est pas nouveau que ca gueule et que ça braille dans les films de Dolan et d’habitude on adore. On se rappelle notamment les deux scènes formidables où Suzanne Clément explose dans Laurence anyways. Il y a une colère authentique, viscérale, un besoin de faire entendre sa voix, sa différence, de crier justice ou de crier tout court parce que ras le bol de la connerie délétère et diffuse. Ici, même si l’on ressent la souffrance de la mère, la frustration du frère, la quête d’identité de la soeur et la formidable empathie de la belle soeur (Marion Cotillard qui est probablement celle qui s’en sort le mieux), on ne comprend rien de ce qui les attache et les sépare. Le décor et les costumes ne suffisent pas à les incarner, et si l’on réalise le décalage entre Louis, auteur renommé homosexuel et malade du sida et les siens, on ne conçoit néanmoins pas en quoi cette incommunicabilité est si dramatique. La pièce était en monologue et l’on comprend aisément pourquoi. Ici les dialogues sont parfois navrants, souvent répétitifs et les quelques tentatives d’approches deviennent une entreprise lassante et attendue.

“Il y en a qui sortiront bouleversés. Je suis sortie énervée et déçue. Mais bon, ce n’est pas la fin du monde.“

Juste la fin du monde est également ponctué de flash back mémoriels de Louis qui rejoue dans sa tête des scènes de sa jeunesse dans des plans surranés, avec le soleil qui pénètre dans le champ de la caméra nous aveuglant un  instant. On se croirait dans un clip pour Oliver’s people ou une marque de parfum bobo. Là aussi, Dolan nous avait habitués à ses ralentis, ses flous et ses essais en tout genre, parfois maladroits mais toujours sincères. Pourquoi alors les flous agacent-ils autant ici ? Peut être parce qu’ils sont utilisés environ 150 fois dans le film ? Ou peut être parce que le procédé accentue cette sensation de vide abyssal derrière l’image ?

On ne peut pas s’empêcher de se dire qu’à travers ce récit, Xavier Dolan imagine sa propre mort et son annonce faite aux siens. Que celui qui n’a jamais fantasmé cela lui jette a pierre. Mais pourquoi alors ne s’est-il pas juste inspiré de la pièce pour se l’approprier de façon plus intime, plus personnelle, plutôt que de rester dans ce tableau superficiel d’une famille qui nous indiffère ? Il faut dire aussi que le casting luxueux du film n’aide en rien. Nathalie Baye en provinciale rurale exubérante est aussi crédible que Carla Bruni en dame pipi.

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On l’attendait pourtant le dernier film du petit prodige québécois qui monte qui monte. Moi plus que d’autres probablement. Je le suis de près depuis ses débuts et même si j’ai pu comme certains être agacée par sa sur-médiatisation, ses maladresses, son arrogante jeunesse, je trouve que Xavier Dolan a un talent fou et indéniable. Ses films sont portés par sa rage de vivre et de raconter qui à elle seule ne suffirait pas sans son regard si singulier qui font que ses films sont traversés par ce quelque chose de plus en plus rare nommé cinéma. Oui je fais partie des inconditionnelles de Xavier Dolan mais là on l’aura compris, le charme n’a pas opéré. Question de point de vue me direz-vous. Il y en a qui sortiront bouleversés. Je suis sortie énervée et déçue. Mais bon, ce n’est pas la fin du monde.

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