LES BEAUX JOURS D’ARANJUEZ

Après Everything will be fine, Wim Wenders revient avec un huis clos théâtral adapté d’une pièce de Peter Handke, Les beaux jours d’Aranjuez. Filmé en 3D, Les beaux jours d’Aranjuez met en scène un homme, une femme, un écrivain et un jukebox qui rythme en creux ce dialogue au temps suspendu. Un film trop emphatique pour une caresse de vent d’été.

Tout commence comme un Perfect day (le titre de Lou Reed qui ouvre le film). Des plans d’un Paris désert en lointain décor de cette villa de banlieue où se déroule le film (jadis la maison de Sarah Bernard). Un homme (Reda Kateb) et une femme (Sophie Semin) dont on ne connaitra jamais ni les liens ni les prénoms sont assis dans un jardin fleuri qui sent bon l’été. Dans le bureau de la maison qui donne sur le jardin, un écrivain (Jenz Harzer) est attablé. On ne connait rien de lui non plus, si ce n’est qu’il invente le récit qui nous ait donné à voir au fur et à mesure. Le film n’est donc plus simplement un dialogue à deux voix mais également une mise en abyme de l’acte créateur. Les personnages s’animent devant ses yeux et matérialisent le fruit de son imagination. Quand l’écrivain se lève pour aller jouer un des morceaux du jukebox, les personnages continuent d’exister en arrière plan, ne s’effaçant ni de son imaginaire ni de notre regard. Wenders brouille ainsi les frontières entre les personnages fictifs et ceux imaginaires, les plaçant sur la même scène. Une belle façon de redire que les rêves comme la fiction existent puisqu’ils existent en nous.

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La conversation entre l’homme et la femme alterne de longs monologues, des dialogues rapides, des jeux de questions-réponses. Ensemble ils évoquent leurs souvenirs d’expériences amoureuses, leur désir, leurs interrogations, leurs regrets. Difficile pourtant de s’accrocher au très beau texte de Peter Handke d’abord grâce qu’il est très dense malgré les longues pauses observées, ensuite parce que le parti pris de mise en scène de Wenders consiste à faire tournoyer sans cesse sa caméra (ses caméras puisqu’il s’agit d’un procédé “à deux yeux“) autour des protagonistes en sur-utilisant le travelling et les panos très lents. En utlisant le procédé 3D “Natural depth“, il recherche à traduire la vérité du regard, jamais immobile, en soulignant la profondeur de champ et expérimentant un réalisme sans effet. On observe donc peu de plans fixes et c’est peut être ce qui pose le plus de problème. On aimerait pouvoir se plonger dans le récit des personnages, s’y projeter, ressentir leurs souvenirs mais nous sommes sans cesse rattrapés par l’expérience de leur hyper-présence, divertis par les objets qui s’imposent à notre regard (telle la pomme, qui en plus de souligner un eden perdu, semble démesurément grosse). Le texte devient une musique lointaine aux sonorités monotones. Heureusement les pauses de l’écrivain donnent lieu à une autre musicalité, bercés que nous sommes par le son du jukebox et de l’excellente bo du film (Gus Black et bien sûr Nick Cave qui apparait d’ailleurs au piano dans une scène pour le moins étrange), qui nous permettent de ressentir ce vent d’été, la présence de l’homme et la femme. Juste ça. Tout simplement. Et comme dit Reda Kateb : “l’idée d’être ensemble comme une utopie“. 

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Les beaux jours d’Aranjuez est le premier film de Wim Wenders entièrement en français, tout comme la pièce de Peter Handke. Si l’on ne peut que louer sa velléité à faire surgir, exister un texte à la “beauté ouverte“ (“ce qui est beau est ouverture“) au-delà d’une interprétation sur-lignée, on regrette malgré tout de ne pas échapper à un certain ennui. A la fin du film l’homme dénonçant la vacuité de notre condition humaine avoue : “Nous sommes ici pour rien, nous ne sommes pas rassassiés“. Cela pourrait être une conclusion plus que parlante sans les derniers mots du film, ceux de Gus Black qui chante “The world is on fire, I love you ».

 

Date de sortie : 9 novembre 2016
Durée : 1h37
Distributeur : @AlfamaFilms 

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