IL ETAIT UNE FOIS UN FILM ET SON EPOQUE, la série de Serge July et Marie Genin en coffret DVD

On ne présente plus les Editions Montparnasse, célèbre éditeur DVD depuis près de 30 ans et son catalogue riche de magnifiques titres parmi lesquels les classiques hollywoodiens de la RKO (malheureusement cédés depuis), les classiques italiens (L’avventura de Antonioni c’est chez eux !), de grands documentaires (Wiseman et Rossif pour ne citer qu’eux) mais aussi des captations de théâtre inédites. Toujours dans cette ligne éditoriale à la fois documentaire et cinéphilique, les Editions Montparnasse nous font un beau cadeau pour les fêtes : la sortie d’un coffret de 20 films de la série documentaire Il était une fois… un film et son époque initiée par Serge July et Marie Genin pour Arte qui parcourent 70 ans de cinéma.
circa 1945: Full-length portrait of French film director Jean Renoir (1894-1979), sitting on a film set with his legs spread apart. There is a camera behind him. (Photo by Hulton Archive/Getty Images)

Parmi la sélection, on retrouve Jules et Jim de Truffaut, Le mépris de Godard, Les enfants du paradis de Marcel Carné, Les trois jours du condor de Sydney Pollack, Le charme discret de la bourgeoisie de Luis Bunuel, A nos amours de Maurice Pialat, La Reine Margot de Patrice Chéreau, Tout sur ma mère d’Almodovar et, plus étonnant, Le père noël est une ordure. Chaque épisode présente la genèse du film à travers le portrait d’une époque, celle qui entoure le film, les interviews des membres de l’équipe, de sociologues, d’historiens ou de cinéastes, le tout ponctué d’images d’archives souvent renversantes. Le fil conducteur est mené par la narration discrète de Serge July et s’articule autour de l’histoire du tournage, celle du cinéaste et met en lumière le film en le replaçant dans son contexte temporel et artistique. Loin d’être une analyse filmique, Il était une fois… un film et son époque nous raconte donc avant tout les coulisses de ces films, pour la plupart cultes.

Les années guerre

Lorsque Jean Renoir filme La règle du jeu (indéniablement son chef d’oeuvre), nous sommes à la veille de la seconde guerre mondiale. Renoir vient de remporter deux succès consécutifs avec La bête humaine et La grande illusion, et s’attelle avec audace à La règle du jeu, film qui peint une aristocratie de province déclinante et qui n’épargne personne (pas même lui dans le rôle d’Octave qu’il interprète lui-même). Le génie de Renoir est de parvenir à dresser un portrait nuancé, fin, et néanmoins burlesque d’une société en trompe l’oeil. Le film sera incompris jusqu’à ce que Jean Gaborit retrouve des bobines de scènes entières et les remonte. La règle du jeu sera enfin réhabilité et triomphera en 1959 à La Mostra de Venise.

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Le tournage des Enfants du Paradis de Marcel Carné fut largement contrarié par la guerre. Le film se tourne sous l’Occupation et contraint Alexandre Trauner (célèbre chef décorateur) et Joseph Cosma qui compose la musique à se cacher et travailler à distance. Le film sortira à la Libération et remportera un grand succès. Bertrand Tavernier raconte une anecdote savoureuse à ce propos : les deux grands amis Trauner et Jacques Prévert se paient un homard dans un bon restaurant, deux allemands entrent et voyant les homards en commandent à leur tour. Le patron annonce que c’était les deux derniers et Prévert d’ajouter « c’est que la guerre est bientôt finie ». Aussi se rappelle-t-on qu’Arletty ne put être présente lors de la première étant emprisonnée pour avoir eu une relation avec un allemand pendant la guerre.

La nouvelle vague

La Nouvelle vague (mot inventé par Françoise Giroud) est arrivée comme un nouveau souffle dans le paysage du cinéma français. Comme le rappelle Arnaud Desplechin, elle a avant tout déplacé la fiction dans la rue, en décor naturel ce qui était totalement inédit. Le coffret ne passe évidemment pas à côté des deux plus importantes figures de la Nouvelle vague : Truffaut et Godard.
François Truffaut raconte qu’il a réalisé Jules et Jim après avoir découvert par hasard le livre éponyme de Henri-Pierre Roché étant gamin. Il avoue avec ce film rendre hommage à la liberté des femmes et donc aussi à sa mère qu’il n’avait pas épargnée dans ses 400 coups et qui en avait souffert. Elle mourra avant de voir le film. On découvre aussi Stéphane Hessel qui est en quelque sorte la « Sabine » du film puisque l’histoire s’inspire de la vie de sa mère et de son père (le troisième étant l’auteur). Le film fut un temps suspendu faute de moyen et reprendra grâce à Jeanne Moreau qui co-financera le tournage.
A propos du Mépris, le film évoque les années 50-60 comme celles de la crise du cinéma hollywoodien à laquelle Godard se réfère en faisant apparaitre Fritz Lang dans son film. Si l’anecdote sur la genèse de la scène de nu du Mépris n’est plus un secret, elle reste formidablement racontée ici par le maitre lui-même.

Jules et Jim de FrancoisTruffaut avec Jeanne Moreau, Henri Serre et Oskar Werner 1961
Jules et Jim de FrancoisTruffaut avec Jeanne Moreau, Henri Serre et Oskar Werner 1961

Les années 70-80

Imaginez le choc que fut la sortie de L’empire des sens en 1976 ! Si nous sommes en plein dans la libération sexuelle, le film fut néanmoins compliqué à produire et Anatole Dauman le producteur profite de l’essor du film pornographique pour s’en rapprocher tout en s’appuyant sur le génie d’Oshima. Le film ne laissera personne indifférent, y compris la jeune actrice qui disparait un temps, probablement pour éviter les insultes qui fusent de la part du public qui la croise. L’empire des sens reste le premier film d’auteur à montrer la sexualité de façon aussi explicite et inspirera une génération de cinéastes tels que Catherine Breillat.

Après Certains l’aiment chaud et Les tontons flingueurs, nous retrouvons une autre comédie cultissime en France : Le père noël est une ordure. La troupe du splendid, fort de leur succès au théâtre de leur pièce – pièce qui rappelons-le a démarré presque comme une plaisanterie entre amis – décident de l’adapter au cinéma. Ce sera sous la direction bienveillante de Jean-Marie Poiré. S’ils avouent avoir énormément ri sur le tournage, chacun explique toutefois combien c’était risqué de se moquer des « gentils bénévoles » dans une France qui venait tout juste de passer à gauche.

Quand Maurice Pialat tourne A nos amours avec sa nouvelle recrue Sandrine Bonnaire, il a 58 ans et vient de remporter un grand succès avec Loulou. Sur le conseil de sa scénariste et première femme Arlette Langmann, il interprète lui-même le rôle du père de Suzanne. On connait le penchant parfois tyrannique de Pialat pour extraire de ses acteurs leur vérité. Elle nous est ici racontée notamment à travers le personnage de la mère (Evelyne Ker) qui ira jusqu’à se cogner vraiment dans une des scènes et en tomber malade. La scène est grandiose et restera une des scènes fortes du cinéma de Pialat.

On pourrait continuer longtemps tant ce coffret fourmille d’histoires. Il était une fois…un film et son époque est une série de documentaires passionnante, mêlant des archives parfois inédites, les souvenirs de l’équipe mais aussi d’autres cinéastes pour qui ces films ont compté. Le coffret s’arrête en 2011 avec Une séparation d’Asghar Farhadi et le poétique Le Havre d’Aki Kaurismaki et traverse aussi le cinéma de Michael Haneke (Le ruban blanc), Mathieu Kassowitz (La Haine), des frères Dardenne (Rosetta) ou d’Almodovar (Tout sur ma mère). Un régal absolu pour tous les cinéphiles qui comme moi se délectent des bonus dans les DVD. Ce coffret est un bonus de 20 fois 52 minutes !

COFFRET IL ETAIT UNE FOIS UN FILM ET SON EPOQUE

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DVD 1 : LA RÈGLE DU JEU / LES ENFANTS DU PARADIS
 DVD 2 : LE PETIT MONDE DE DON CAMILLO / CERTAINS L'AIMENT CHAUD
 DVD 3 : JULES ET JIM / LE MEPRIS
 DVD 4 : LES TONTONS FLINGUEURS / LE CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE
 DVD 5 : VOL AU-DESSUS D'UN NID DE COUCOU / LES TROIS JOURS DU CONDOR
 DVD 6 : L'EMPIRE DES SENS / LE PERE NOEL EST UNE ORDURE
 DVD 7 : A NOS AMOURS / LA REINE MARGOT
 DVD 8 : LA HAINE / TOUT SUR MA MÈRE
 DVD 9 : ROSETTA / LE RUBAN BLANC
 DVD 10 : UNE SEPARATION / LE HAVRE

Coffret disponible aux Editions Montparnasse

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