VISAGES VILLAGES, un road movie photographique

Un périple sur les routes de France entre évocation de souvenirs cinématographiques et installation photo d’anonymes rencontrés, Visages villages est un hommage vibrant aux habitants de la France et à la création artistique signé Agnès Varda et JR.

Ce n’est pas ses 88 printemps qui vont arrêter Agnès Varda. Photographe, cinéaste, documentariste et depuis 2003, plasticienne, Agnès Varda innove sa première co-réalisation avec l’artiste photographe JR. L’une est habituée à aller glaner des témoignages au fil de ses déambulations, l’autre des visages qu’il photographie à bord de son camion et qu’il colle en grandeur géante sur des monuments. Visages villages est né de leur rencontre rue Daguerre, le fief d’Agnès Varda. JR est allé la voir, la photographier avec son chat et de fil en aiguille, ils ont décidé de réaliser un projet ensemble sans trop savoir ce que ça allait être. Visages villages raconte d’ailleurs aussi ce work in progress, le film en devenir, les questions qu’ils se posent. A bord du camion de JR, ils tracent la route direction Bruay-la-Buissière dans le Nord où ils rencontrent Jeannine, la dernière habitante d’une rue d’anciens mineurs. JR dresse son portrait sur sa maison et il faut voir la joie et l’émotion dans les yeux de cette habitante quand son combat pour ne pas tomber dans l’oubli semble d’un coup réhabilité par ce collage monumental.

Le périple continue vers le sud et ensemble ils vont filmer des ouvriers d’une usine, un agriculteur solitaire, une jeune serveuse et son ombrelle, des éleveurs de chèvres à cornes et sans cornes, des dockers au Havre… De toutes ces rencontres hasardeuses (Varda ne croit qu’aux hasards des rencontres), naissent des moments intenses où tous ces inconnus voient leur image agrandie sur des surfaces parfois improbables. Agnès Varda et JR rendent hommage à tous ces hommes et ces femmes anonymes porteurs d’une mémoire qui devient sous nos yeux collective. Chaque personne photographiée devient un géant en son propre lieu.

Cette déambulation poétique leur permet aussi de revisiter leur propre œuvre à travers les lieux qu’ils croisent. Pour Agnès Varda, ce sera cette plage normande où elle avait photographié son ami Guy Bourdin près d’une chèvre échouée sur la falaise. Aujourd’hui sur cette même plage, un blockhaus qui menaçait de tomber d’un instant à l’autre a été volontairement « aidé ». C’est sur ce blockhaus que JR a justement l’idée de coller la photo de Bourdin par Agnès Varda avant que le collage ne soit entièrement avalé par la marée haute. Toute la cruauté et la beauté de l’art éphémère en un plan.

Les clins d’œil sont nombreux, malicieux et sautent joliment du coq à l’âne comme souvent chez Varda. Alors que JR photographie les yeux malades d’Agnès qui perd doucement la vue, Agnès essaye de dévoiler les yeux de JR toujours cachés derrière ses lunettes noires qui lui rappellent Jean Luc Godard. Elle évoque alors le court-métrage burlesque dans Cléo de 5 à 7, où l’on y voit Anna Karina et pour l’une des premières fois, les yeux de Jean Luc Godard. Godard joue d’ailleurs un rôle malgré lui qu’on ne dévoilera pas ici mais disons que JR semble ne pas se tromper en affirmant qu’il a réussi à réécrire la fin de leur propre film.

Varda dans son commentaire off, joue avec les mots, créée des charades, amuse et émeut. Elle n’a pas peur de s’exposer contrairement à JR beaucoup plus secret et cabotin. Chacun ses excentricités, Varda et ses cheveux bicolores, JR et ses lunettes. Les deux se titillent, se cherchent, se découvrent et mettent en scène dans un montage-collage ingénieux, leurs séances de réflexion, leurs évocations. Visages villages est avant tout un film sur la rencontre, sur la place de l’autre dans notre cœur comme dans la recherche créative. L’humain comme inspiration en somme.

Dans une très belle scène, Agnès Varda et JR se rendent sur la tombe de Henri Cartier-Bresson qui repose dans un cimetière minuscule du sud de la France. Agnès Varda évoque la vieillesse, la mort inéluctable et proche. Même pas peur ! Peut être a t-on en effet moins peur de disparaître quand on laisse derrière soi des bouts de soi (comme les orteils de Varda photographiés et transportés sur des containers), des bouts des autres, quand on a toujours été mus par la volonté de transmettre et réhabiliter les mémoires. Visages villages ressemble finalement à une photo de JR : grandiose, fragile et éphémère.

Date de sortie : 28 juin 2017
Distribution : Le Pacte
Durée : 1h29

 

 

 

 

 

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