PEAU D’ANE ET LA PETITE TAUPE QUI VOULAIT SAVOIR QUI LUI AVAIT FAIT SUR LA TETE

Cette année, regarder la soirée des Césars, qui déjà en temps normal m’ennuie par son caractère interminable et sa sélection peu représentative du cinéma qui m’intéresse, avait encore moins de sens dans le contexte actuel. Je n’ai pourtant pas résisté à en regarder des passages.

Disons-le tout de suite, cette 46ème cérémonie des Césars n’avait pas grand chose à voir avec l’affiche des Choses de la vie de Claude Sautet qui illustrait l’évènement. Entre le parterre des 150 élus masqués et le contexte sanitaire que l’on connait qui nous ont privés des salles depuis un an, cette cérémonie s’annonçait forcément particulière. La maitresse de cérémonie Marina Fois s’en est fort bien sortie je trouve dans son entrée en scène. Une crotte à la main censée représenter l’état de m… dans lequel se retrouvent les intermittents aujourd’hui, elle n’a pas épargné notre ministre de la culture et c’était bien la moindre des choses.

« C’est comme avoir une pharmacienne à la culture en pleine pandémie »

La suite fut, malgré les attentes, assez consensuelle : meilleur espoir masculin pour un acteur noir qui a remercié tous les acteurs noirs, une comédie (d’habitude si peu récompensée) qui a raflé sept césars et dont le réalisateur ne s’est pas pointé, une pluie d’hommages aux nombreux morts 2020-2021, et on peut dire qu’il y en avait cette année des morts. D’ailleurs certains ont été fondus dans le décor (Tonie Marshall par exemple) mais les hommages à Piccoli et Bacri étaient touchants. On a eu le droit à quelques discours engagés comme celui de la reine Balibar, et même un happening de Peau d’âne alias Corinne Masiero à poil et ensanglantée, couverte d’un slogan à même la peau à l’instar des Femen. Cette dernière a évidemment enflammé la toile, les uns jugeant son numéro vulgaire, les autres applaudissant son courage. Personnellement, je ne sais pas trop quoi en penser, il fallait certes un certain culot, et elle ne mérite évidemment pas les commentaires haineux et sexistes qui n’ont pas manqué de suivre. Mais au final, ce que l’on retiendra, plus que son message mal orthographié, c’est sa nudité provocatrice. Quel est dès lors l’intérêt ? Les César sont devenus un concours de polémiques pour faire bander les réseaux sociaux. Tous les ans c’est pareil. L’an dernier, c’était Polanski et le mouvement #MeToo et l’on s’était emballés autour du « je me lève et je me casse » d’Adèle Haenel. Cette année aurait dû être un appel virulent à sauver l’exception culturelle dans ce contexte de pandémie mais à y regarder de plus près, c’était surtout un rassemblement de privilégiés du cinéma qui ne représentent que la partie pailletée de l’iceberg vers lequel cette cérémonie semble de plus en plus se diriger.

Le grand oublié de cette soirée c’est bien le cinéma, celui qui depuis plus d’un siècle nous fait rêver, rire, pleurer, résister et grandir. Bien sûr il reste quelques maigres consolations, le prix décerné à Sébastien Lifshitz pour son magnifique Adolescentes et celui attribué à Laure Calamy, formidable Antoinette dans les Cévennes. Pour le reste, on passera son chemin devant cette année 2020 de crotte.