SERIES MANIA, une première journée sous le signe de la parole décomplexée

Les rues de Lille sont aux couleurs de Séries Mania. Un bus d’accueil sur la place de l’Opéra, des affiches violettes partout et beaucoup de monde. Retour sur cette première journée où l’on a pu découvrir deux séries de format court et les deux premiers épisodes de la série britannique Flack en présence de son interprète et co-productrice, Anna Paquin. Trois séries qui ont en commun de mettre en scène des personnages qui n’ont pas la langue dans leur poche !

PEOPLE TALKING (Gente hablando) d’Álvaro Carmona

Ce premier programme de formats courts a démarré avec une série espagnole avec comme fil conducteur un dialogue entre deux personnages. Le créateur Álvaro Carmona explique d’ailleurs en introduction à la séance, que ce qu’il aime le plus dans les séries sont les scènes de confrontation entre deux personnages. Dans un décor minimaliste, chaque épisode de huit minutes met en scène des saynètes à deux voix : un rendez-vous Tinder, une requête à un prêtre pour le moins inattendue, une discussion parentale sur l’avenir d’un enfant ou une visite d’un voisin pas tout à fait courtoise.

Ce qui touche autant qu’amuse dans People talking, c’est la sincérité avec laquelle les personnages prennent la parole. Partant d’une situation plutôt banale, la série tourne vite au dialogue idéal, à la répartie parfaite, et fantasme avec humour ce que la bienséance nous empêche de dire réellement. Ainsi dans le tout premier épisode également interprété par son créateur et scénariste, un homme se retrouve accoudé au bar avec une femme qu’il a rencontrée sur Tinder. Sauf qu’il ne la reconnait pas physiquement. Discrètement il lui dit qu’il doit vérifier un message sur son téléphone mais la femme le coupe : « si tu veux vérifier ma photo, ce n’est pas la peine, ce n’est effectivement pas moi ! ». Au lieu de continuer à mentir, la femme lui avoue directement qu’elle a utilisé une autre photo pour attirer des hommes. « En même temps, tout le monde ment un peu sur Tinder ». Alors qu’est ce qui, est plus important ? De tricher sur son avatar ou de se  rencontrer pour de vrai en oubliant ces échanges virtuels mensongers qui servent de préliminaire ? Les dialogues sont enlevés et ont de réjouissant le fait de ressembler de très près à ce qu’on aimerait dire dans pareille situation mais qu’on ne dit jamais.

STATE OF THE UNION de Nick Hornby

Le deuxième programme est écrit par Nick Hornby et réalisé par Stephen Frears qui a déjà adapté Hornby avec High Fidelity en 2000.  Ici aussi, on est dans un format très court (10 minutes) impliquant deux personnages et un décor minimaliste. State of the union est l’histoire d’un couple qui, pour se relever de la crise qu’ils traversent, suivent une thérapie. Chaque semaine ils se retrouvent dans un pub avant leur séance pour débriefer ensemble de ce qu’ils vont pouvoir et vouloir aborder. Les dialogues sont vifs, piquants et tragiquement drôles. D’après Tom, s’ils en sont arrivés là c’est bien à cause de Louise et de son infidélité. Mais pour Louise, son aventure n’est que le résultat de l’échec de leur couple et de leur absence de sexualité. Chacun voit midi à sa porte et les échanges soulignent parfaitement les désaccords et les dysfonctionnements finalement très universels de leur mariage. Au fil des épisodes, on comprend davantage quel couple ils formaient et ce qui a pu les éloigner. On ressent aussi ce qui les relie et les pousse à se battre même si parfois Tom semble baisser les bras, ce que ne manque pas de relever Louise quitte à lui casser (le bras). Les petites lâchetés, les faiblesses, les coups bas comme les preuves d’amour flagrantes se ressentent à travers des dialogues particulièrement affûtés qui abordent aussi des questions très actuelles comme le Brexit, le désir dans le couple (comparé à un stylo ou des clés qu’on aurait égarées) ou la responsabilité de chacun dans le désamour qui nous pend au nez. Quatre premiers épisodes à la hauteur qui donnent envie de découvrir les six autres de cette mini série.

FLACK d’Oliver Lansley avec Anna Paquin

Voilà une série qu’on attendait de pied ferme dans la sélection Panorama international ! Flack dresse le portrait de Robyn, femme aussi déjantée que paumé. Robyn travaille pour une agence de relations publiques et gère des situations de crises pour des célébrités. Elle intervient pour soigner l’image de ses clients et les sortir d’impasses ou éviter les rumeurs désastreuses liées à l’overdose d’un amant de passage ou aux infidélités multiples d’un chef cuisinier. Robyn gère tous ces « challenges » comme elle préfère les appeler avec une facilité déconcertante. Mais quand il s’agit de sa propre vie, elle ne gère plus grand chose, ment sans merci, sniffe de la poudre dès que possible, s’enferme dans les toilettes pour prendre la pilule en cachette de son petit ami avec qui elle est censée faire un enfant et fait passer son beau frère pour un porn addict juste pour se couvrir.

Anna Paquin connue notamment pour X men et True Blood, était à Lille pour présenter en avant-première cette série créée et écrite par Oliver Lansley (présent également). Si la tonalité trash s’avère souvent drôle, on reprochera néanmoins à la série d’être un peu trop caricaturale notamment au travers de ses personnages secondaires comme celui d’Eve, la collègue de Robyn, narcissique, pédante et cynique qui, certes donne lieu à des bonnes punchlines, mais ne permet pas de s’identifier aux personnages et donc de s’y attacher. Flack est “too much“, et on aurait aimé se reconnaitre davantage dans le déploiement des aventures de son héroïne. On pense parfois à une autre série anglaise, Fleabag, et on regrette son ton plus authentique. Flack grossit trop le trait et ce portrait entre immoralité et irrévérence finit par ne plus être si drôle. Pourtant Anna Paquin est formidable tout comme le reste du casting, l’écriture est enlevée mais le tout manque de naturel sans pour autant relever du registre de la comédie pure. Après avoir découvert les deux premiers épisodes, pas si sûre d’avoir envie de continuer à suivre les aventures de Robyn et ses acolytes.

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ANNECY 2018 : BILAN DE CETTE 42E EDITION

Cette 42e édition du plus grand Festival d’animation du monde s’est clôturée en beauté hier soir salle Bonlieu avec la remise des cristal en plusieurs mouvements. Bilan de cette édition et du palmarès 2018.

Pour ceux comme moi qui n’ont jamais mis les pieds au Festival d’Annecy, certaines coutumes sont à acquérir comme le lancer d’avions en papier à chaque séance accompagnées d’applaudissements à ceux qui parviennent à atteindre la scène ou les cris du public à chaque teaser du Festival (« LAPIN ! »). Hier soir, la salle Bonlieu a vécu deux heures de show pour la remise des prix dont on avoue humblement qu’on n’a pas tout compris tellement ils sont nombreux. Il y a les films de television, les films de commande, les films de fin d’études (bien prometteurs à en croire l’extrait du film gagnant Hybrids), les prix des différents jurys…  Bref, voici l’essentiel du palmarès des films primés hier soir :

CATEGORIE LONGS METRAGES :

Cristal du long métrage : FUNAN de Denis Bo
Prix du Jury ET prix du public : PARVANA UNE ENFANCE EN AFGHANISTAN Mention du jury : La casa Lobo de Cristóbal León et Joaquín Cociña

CATEGORIE COURTS METRAGES:

Cristal du court métrage : Bloeistraat 11 de Nienke Deutz
Prix du jury ET prix du public : Week ends de Trevor Jimenez
Mention du jury : Cyclistes de Veljko Popovic
Prix « Jean-Luc Xiberras » de la première œuvre :  Egg de Martina Scarpelli

Malgré la richesse, la diversité et la grande qualité des oeuvres présentées, personne ne fut bien étonné des prix décernés à PARVANA et FUNAN. Le premier est une merveille d’intelligence et prouve comme le dit son producteur en récupérant le prix qu’un récit tragique peut aussi rencontrer un large public. Quant au second, on se ravit de constater ici aussi qu’un grand film c’est avant tout une grande histoire, réelle ou pas, triste ou gaie. Celle là est bel et bien tragiquement réelle puisqu’il s’agit du récit d’une mère en quête de son enfant en pleine révolution des Khmers rouges. Denis Do, très ému en venant récupérer son cristal, a rendu hommage aux artistes cambodgiens qui ont travaillé sur ce film à ses côtés et dont on imagine l’émotion qu’ils ont ensemble partagé autour de ce récit sur ce génocide.

La soirée a été entrecoupée de petits cadeaux filmiques (décidément à Annecy l’animation ne s’arrête jamais !) dont un court métrage Dreamworks réjouissant et un autre court très drôle sur le thème de la différence. Patrick Eveno directeur de CITIA pour la dernière année a même eu le droit à un bel hommage de ses collègues et même à un karaoké géant ! Il passe le relaivant de passer le relai l’an prochain à Mickaël Marin.

La présentation en images de cette édition en préambule de la cérémonie nous a rappelés légèrement frustrée en nous rappelant tout ce quo’n a manqué : Annecy est un festival accueillant, bouillonnant, riche de rencontres, d’évènements et bien sûr dun panorama unique au monde sur le cinéma d’animation. Ajoutez à cela un public d’amoureux du genre joliment indiscipliné et vous aurez « le plus beau des festivaux » !

[FESTIVAL ANNECY 2018] PARVANA UNE ENFANCE EN AFGHANISTAN

Belle immersion au Festival d’Annecy avec une première séance des plus intenses : Parvana une enfance en Afghanistan. Réalisé par Nora Twomey, directrice du studio Cartoon saloon, PARVANA est une fable au réalisme sur la force et le courage face à l’oppression et l’ignorance.

Pas le temps de profiter du beau soleil d’Annecy, les bagages posés et l’accrédition autour du cou, c’est en direction du Pathé que démarre pour nous cette édition avec Parvana, portrait d’une famille afghane de Kaboul, adapté du roman de Deborah Ellis.

Parvana a 12 ans et vit au sein d’une famille aimante. Son père aime lui raconter des histoires sur l »histoire de leur pays qui n’en est pas à ses premières oppressions ni souffrances. Contraint de vendre quelques biens au marché pour survivre, son père se fait arrêter et jeté en prison sans raison par les Talibans. Parvana sa soeur Soraya et leur mère Fatima se voient alors dans l’impossibilité de sortir (et oui chez les Talibans pas d’homme pas de sortie !) sans homme pour les accompagner. Comment dès lors faire les courses pour se nourrir ? Parvana décide de se travestir en garçon et toute la survie de sa famille repose désormais sur elle.

La voici donc cheveux courts et tenue masculine se mêler aux hommes sur la place du marché, acheter de quoi nourrir sa famille. Mais s’il est plus facile d’être un garçon dans un monde de Talibans, les dangers ne demeurent pas mùoins présents et les mésaventures s’enchainent pour Parvana devenue un double de Souleymane, jeune héros d’un conte que son père lui racontait. La réalisatrice a la bonne idée avec sa co-scénariste  de mêler à son récit réaliste, les légendes du pays sous la forme d’un traitement graphique différent, sorte  de collage animé, qui s’inscrit parfaitement dans le long métrage et ses couleurs chatoyantes. Parvana au-delà du récit d’aventures réalistes est aussi un hommage à la richesse de l’histoire de ce pays, et aux cultures qui ont précédé le régime des Talibans. Parvana puise sa force dans les contes ancestraux qu’elle raconte à son petit frère et y retrouve les valeurs de bonté, de courage nécessaires à son salut et à sa survie dans un monde où la notion du bien semble avoir été éradiquée.

Les mésaventures de Parvana et de sa famille, l’acharnement des hommes sur les femmes, l’injustice criante de leur quotidien font de ce long métrage un film qui peut sembler parfois éprouvant et nous ramener à notre position de spectateur-citoyen impuissant. Comment survivre dans un pays en guerre sous le regard du reste du monde ? Parvana va tout faire pour libérer son père de prison mais leur sort semble scellé à celui du régime en place. Le film raconte d’ailleurs très bien en arrière plan comment ce pays au carrefour de la route de la soie s’est retrouvé plusieurs fois au cours de son histoire la proie de conquérants. Ce n’est pourtant que récemment, en 2001, que les Talibans arrivent au pouvoir et plongent la population dans un climat de terreur.

Parvana est un récit touchant, intense, habité, animé avec des décors réalistes et oniriques à la fois, qui rend un bel hommage à la diversité et à la richesse de la culture afghane. Le film sortira le 27 juin en salles.