JOUER AU PING PONG OU FAIRE L’AMOUR ?

Amours imaginaires

Et si le bonheur ressemblait à une après midi à ne rien faire au soleil, à jouer au ping pong et faire l’amour ? Si ce n’était pas plus compliqué que ça ? Si cela avait le goût sucré de la peau d’un homme et de ses baisers humides ? Se regarder sans mot dire et avoir envie de se dévorer, de garder notre main sur sa nuque, renifler son cou et se mordiller.

L’autre nuit j’ai fait un rêve, je rencontrais un homme qui n’avait rien à voir avec tous ceux que j’avais pu connaitre. Une espèce d’éphèbe silencieux, et dont on se demande s’il est juste sauvage ou carrément bête. Un homme à la peau douce, au regard de velours, aux cheveux remontés en chignon. Un homme aux gestes tendres mais à l’expression vide. Un homme qui vous caresse délicatement les cheveux et qui un instant vous fait oublier que vous ne vous dites rien. Absolument rien.

Je le retrouve et m’assieds sur ses genoux, l’embrasse dans le cou, sur le visage et évite de laisser de trop longs silences s’installer, ces mêmes silences qui me rappellent nos différences. J’occupe ma bouche comme une affamée et lui prend tout son temps. J’aime son rythme et le décalage qui m’oblige à ne pas me précipiter dans une course effrénée au plaisir.
Le reste importe peu. Les mots, les traits d’esprit et la curiosité qui d’habitude me charme chez un homme, ne viennent pas me leurrer. Là il n’y a plus que lui, nature, brut, à prendre ou à laisser. Il m’attire et cela me dépasse. J’aime ces instants d’abandon, je ne maitrise rien et cela me semble doux. Je me laisse aller à cette petite chose toute fragile et ineffable. Seuls comptent ses gestes et son odeur.

Dans la vraie vie il n’y a pas d’amour possible sans mot, sans échange. Le quotidien nous rattrape, le besoin de partager qui nous sommes, ce que nous aimons et de croire que l’autre nous aime pour notre être et pas que de manière sensorielle. Mais cette nuit-là, nos corps nus s’enlacaient et  un instant j’oubliais que notre histoire était impossible.

Le réveil fut aussi brutal que bénéfique.

HOLD UP

J’ai tellement envie d’être à Paris là, noyée dans une illusoire effervescence, dans l’immensité des possibles, dans les rencontres des coins de rue, dans le brouhaha d’un bar, perdue dans une foule insurrectionnelle, scandant des cris, chantant dans le métro et nous rappelant à l’évidence communautaire. Halte à l’individualisme ! Marre de rouler Total pour remplir un frigo vide de sens. Les légumes ne poussent pas dans le béton. Faudrait voir. Puiser toujours de l’énergie en nous mais aussi chez l’autre, celui d’en face avec qui on partagerait bien un bon repas (ou un mauvais, c’est pas si grave). Suffit de traverser la rue. Mais pas simple en ville, c’est la barrière de la bienséance bien-béante, celle qui fait qu’on s’ignore. Et pourtant les gens sont tellement capables d’amour, c’est juste super beau parfois. Suffit de trouver un truc qui rassemble, une cause, une belle idée, une révolte, un ras le bol. Halte aux injustices ! et à la solitude des peuples !

On dirait qu’on se retrouverait tous et qu’on fabriquerait un tout autre monde sans guerre, sans dictateurs, sans maladies, sans souffrance, sans inégalités, sans violence, sans maltraitance, sans avoir à se dire que de toute façon la liste est bien trop longue. On dirait que ce serait la sixième république et que les gens arrêteraient de se demander où est le bonheur.

Si au fond il fallait le kidnapper ce bonheur ? Descendre dans la rue et aller le chercher pour mieux le partager ?

 

POURQUOI MAD MEN CAPTIVE ?

Pour les néophytes qui se demandent encore qui sont ces Mad men, et bien sachez qu’ils nous viennent tout droit des années 60 et travaillent dans une agence de publicité de Madison avenue, fument et boivent plus que de raison (de CSA) et sont habillés comme dans un film de Demy.
La série créé par Matthew Weiner a eu du mal à se monter tant les chaines étaient frileuses et sceptiques quant à son succès. La saison 5 après 17 longs mois d’absence a battu tous ses records d’audience.

Derrière le personnage principal de Don Draper (impeccable et très beau Jon Hamm), fourmillent d’autres hommes, ses collaborateurs, sa femme Betty dont il est désormais divorcé et sa nouvelle femme et ancienne secrétaire Megan. Et bien sûr toutes les autres femmes comme autant de faire valoir de ces hommes avides d’argent, de pouvoir et de sexe.

Dès lors dans cette société machiste de l’ère JFK, exempte de scrupules et pourtant très conservatrice, qu’est-ce qui nous fascine autant ?
Son style unique ? Son élégance indiscutable ? Ses personnages troubles et subtilement
dépeints ?

Une première réponse se situe peut être dans le rapport au temps de la série.
Mad men ne craint ni les silences ni les plans longs et le rythme épouse parfaitement le désabusement de ses personnages qu’on observe de façon quasi hypnotique. C’est le mouvement interne des protagonistes qui fait avancer le récit et non les actions peu nombreuses. Ainsi suit-on l’évolution de Don Draper au fil de sa vie maritale, de ses écarts avec ses maitresses et de sa relation avec sa nouvelle femme. La saison 5 sonne d’ailleurs une nouvelle ère : celle de l’amour.

Jusqu’ici il faut dire que les hommes trompaient leurs femmes à tout bout de champ (ou de canapé dans leur bureau) tandis que les femmes attendaient patiemment à la maison le retour de leurs maris. Alors série sexiste ou au contraire féministe dans ce qu’elle dénonce ? Telle n’est pas la question même si personnellement je m’interroge sur le fait de trouver le personnage de Don Draper si attirant.

Est-on juste attiré par nos contraires ? ou nos contraires viennent réveiller en nous et, pourquoi pas révéler, une part cachée ? Celle qui aime le « mâle » qui sommeille en chaque homme, Et qui caresse l’idée d’être celle qui non seulement le changera mais fera naitre des sentiments nouveaux mêlés d’amour et de jalousie, de passion et de force,  de domination et d’érotisme.

Le contexte social et politique de l’époque vient très justement adoucir et presque « excuser » le comportement de ces hommes qui consomment les cigarettes, les femmes et le scotch comme ils consomment les produits dont ils font la publicité. Et qui semblent croire qu’un joli packaging pour masquer le vice d’une société vénale et étriquée par une morale hypocrite suffit. Et si les femmes cherchent à s’émanciper, elles n’en restent pas moins au service des hommes, au bureau comme à la maison. C’est pourtant à travers et grâce à elles que les hommes évoluent.

Que reste-t-il alors de ces rapports humains entre trahison, amour, haine et humiliation ? Une folle attirance aussi désenchantée que merveilleuse.

PROFS, INDIGNEZ-VOUS !

Alors que les conditions de travail dans l’Éducation nationale sont de pire en pire, Nicolas Sarkozy souhaite réduire à nouveau les effectifs et proposer aux professeurs son fameux « travailler plus pour gagner plus ».

Mais franchement et comme le dit cette enseignante dans l’article de Libération de ce jour c’est vraiment ne rien connaitre au métier d’enseignant. Ce matin sur France inter notre président s’indignait de la différence travaillée au primaire et au secondaire (26 heures pour le premier, 18 heures pour le second). Il semble oublier plusieurs détails : tout d’abord le temps de préparation qui double déjà le nombre d’heures effectives (et peut être encore davantage quand on a des niveaux différents), ensuite le temps passé au collège ou au lycée entre des heures de cours non consécutives, et enfin les conseils de classe, et autres heures dédiées à l’organisation de sorties scolaires ou aux élèves en difficulté.

Une fois de plus, on cherche à s’appuyer sur la bonne volonté de travailleurs déjà épuisés (il faut avoir été 18 heures en cours devant des élèves pour en prendre vraiment la mesure) et ce afin d’éviter d’investir dans ce qui pourrait « sauver » en partie notre société : j’ai nommé l’Éducation. L’éducation est un droit mais semble davantage être devenu un devoir. Où est passée l’envie de développer et d’ouvrir l’esprit, de nourrir la pensée et d’apporter les connaissances qui permettent de se réaliser et de s’épanouir ? Combien sont laissés pour compte dans notre système ? Combien abandonnent trop vite ? On ne peut pas sans cesse accuser les professeurs de mal faire leur travail sans regarder de plus près les conditions derrière.

J’ai été prof pendant trois ans. Non titulaire. Avec un statut précaire, des remplacements sur le pouce, des niveaux toujours différents et des distances de déplacements qui, si on les additionne, sont dignes d’un Paris-Dakar.

Aujourd’hui, je continue d’effectuer quelques heures pour un petit groupe de 6 élèves en post-bac. Ce midi, nous avions un conseil de classe et avons échangé sur les problèmes rencontrés par ces élèves pendant deux heures. Deux heures où l’on n’est pas payés mais où pas une seule fois on ne se pose la question parce que humainement on est impliqués auprès d’eux et que leurs problèmes nous touchent. Ce que je veux dire, c’est que si les profs refusent ces heures supplémentaires ce n’est surement pas par défaut d’investissement ni par paresse, mais peut être pour se préserver un peu. Et en augmentant leur pouvoir d’achat, on aide l’économie française éventuellement mais surement pas les élèves.

Alors je vous le demande Monsieur Sarkozy, arrêtez ce discours odieux, arrêtez de prendre les gens en otage en invoquant sans cesse le pouvoir d’achat ! Je viens d’apprendre une nouvelle sordide concernant une de mes élèves et c’est insupportable de penser que votre projet éducatif va contribuer à laisser sur le banc de touche ce genre d’élève victime d’une vie déjà difficile, et victime demain d’un système qui exclue encore plus leur chance de raccrocher le wagon.

LES INFIDELES, un faux scandale

Alors que Jean Dujardin est sur le point de devenir le frenchy le plus envié et le plus récompensé (en course pour l’oscar du meilleur acteur), une ombre vient se greffer au joli tableau et menacer sa possible récompense : les affiches de son dernier film Les infidèles ont fait l’objet de plaintes et viennent d’être retirées par JC Decaux.

Or on le sait, Hollywood est prude, ne tolère pas le scandale et ne plaisante pas avec la morale.

Mais où est le scandale ? Les affiches montrent Jean Dujardin et Gilles Lelouche dans des positions très suggestives certes, mais qui ne font que servir le propos et l’humour du film (que je n’ai pas vu par ailleurs, mais étant donné la bande annonce, on ne s’étonnera pas de cet affichage provocant). Non franchement, je ne vois pas de scandale dans ces affiches et que ceux qui trouveront que l’image de la femme y est dégradée, salie, s’interrogent un peu : non seulement la pratique de la fellation (ou de n’importe quel acte sexuel) peut être consentie et désirée et en aucun cas un acte avilissant pour la femme, mais j’ajouterai qu’à l’heure de la vulgarité télévisuelle la plus sauvage, il me parait plus qu’ironique de censurer des affiches pour leur représentation sexuelle soit disant « inacceptable ».

Je ne défends certes pas le choix de ces affiches que je juge aussi clichées que modérément drôles, mais je défends une forme de liberté d’expression, qui semble très menacée ces derniers temps.

Que faut-il comprendre derrière ceci ? Que nous vivons dans un monde où c’est acceptable de participer à des realityshows immondes avec des hommes et des femmes prêts à tout pour passer à la télé (quitte à finir comme Loana), où c’est acceptable de voir danser le cul des femmes aux côtés de Sean Paul, où c’est acceptable d’entendre Jean-Pierre Pernaud et ses blagues populistes, où c’est acceptable de faire un reportage sur les mal logés (3,6 millions selon la fondation Abbé Pierre) après avoir parlé de l’entrée en bourse de Facebook et de ses salariés devenus millionnaires. Mais en revanche c’est inacceptable (au point de retirer les affiches) de voir des hommes dans des positions évocatrices et provocantes sur les colonnes Morris !

Il faut croire que nous sommes dans la semaine de l’affichage censuré. Après celles de Guillon dont le caractère trop politique a été jugé irrecevable, voici Les infidèles.

Je pense que cela ne nuira pas au film, au contraire, bien parti pour être un gros blockbuster.
En revanche, j’espère que les Américains sauront être au-dessus de cette fausse polémique. Car on soutient Jean à fond pour l’oscar (tout comme le Petit journal qui a d’ailleurs réagi avec beaucoup d’humour hier à cette nouvelle, en transformant à leur tour les affiches de George Clooney, en lice pour le même prix). Pas parce qu’on est chauvin, mais juste parce qu’on l’aime bien Jean Dujardin (je fais mon Jean-Luc Mélanchon, je dis « on » mais je pourrais dire »je »,
j’assume !). C’est peut être un des rares acteurs « populaires » aussi talentueux que drôle et émouvant, capable de jouer dans un gros nanar sans avoir l’air ridicule. Et puis ce serait le premier homme français à gagner l’oscar du meilleur acteur. And the winner is….

PLEINS FEUX SUR 2012

Ça y est le gong de 2012 a sonné sans le traditionnel (et débile) compte à rebours. 2012. Tous les ans je mets des mois à réaliser qu’on a changé d’année et me trompe en remplissant mes chèques. Comme les vieux qui n’arrivent toujours pas à convertir les euros en francs, moi c’est le temps que j’ai du mal à convertir.

Après une belle soirée de réveillon et la traditionnelle galette des rois en avance, je suis rentrée en Ardèche hier où m’attendait une belle surprise : ma voiture complètement cramée. Plus rien. Juste des bouts de tôle noircie et un reste de peinture bleue sur le capot pour me confirmer que c’était feue ma twingo. C’est le cas de le dire. Nous voilà donc enfermées 3 heures au commissariat de Montélimar pour déposer notre plainte (3 heures parce qu’il a fallu attendre le brigadier « compétent » pour le faire et dixit les cinq collègues qui jouaient à la crapette derrière !). Bon j’exagère un peu pour la crapette mais pas pour l’attente.

Nous sommes finalement arrivées en fin de journée escortées par notre taxi jusqu’à notre minuscule village, et je me suis dit qu’on avait de la chance : on est suffisamment heureux pour ne pas s’ennuyer au point d’aller cramer des voitures à 3 heures du matin.

Un bon début d’année qui s’annonce malgré tout d’autant qu’en plus du compte à rebours j’ai également échappé au quart d’heure « résolution ». Car la mienne cette année, c’est justement de ne pas en avoir. Juste d’être heureuse.

A L’HEURE DES BILANS

En cette période de fêtes, la télévision multiplie les fameux « best of / bilans 2011 ». Ce qui donne à peu près cela : une poignée de moments forts et de catastrophes, un peu d’humour avec les plus belles bourdes du petit écran, une pincée de culture (enfin pas d’inquiétude à avoir pour les plus réfractaires, les questions d’actualité générale sont à la portée de tous les enfants de 10 ans) et une grosse casserole de condescendance autour des invités, réunis consciencieusement pour leur incompatibilité et leurs divergences supposées (députés UMP avec un humoriste, artistes et personnages politiques, journalistes de gauche et secrétaire d’état, déclinables à l’infini). Et vous obtenez un gâteau un peu indigeste mais très présentable et qui fera bonne figure sous le sapin au milieu des cadeaux promotionnels que chacun d’entre eux a gagné le droit de présenter.
Cela s’appelle la magie de Noël ! Tout ce beau monde joue ensemble, avec le sourire, gagne des points en se tutoyant et en se tapotant dans le dos, oublie leurs opinions pour le plus grand bonheur des téléspectateurs.

Car n’oublions à l’aube de cette semaine festive, et alors que la France est en pleine crise, les français, plus que tout, ont besoin de rire et de se divertir.

Joyeux Noël la France !

EDVARD MUNCH #2

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Novembre 1889, le père d’Edvard Munch meurt avant même qu’ils se soient réconciliés. Munch obtient une bourse et part en Europe. A Paris il découvre les nabis, le Louvre, les symbolistes, Manet. Puis part à Berlin. Se lie d’amitié avec Strindberg qu’il retrouve au Cochon noir.

Il expose à de nombreuses reprises et crée toujours le scandale. Ses œuvres tourmentées restent incomprises, sévèrement critiquées. Mais Munch continue sans relâche, élimine peu à peu les perspectives. Les visages se confondent. Celui du jeune enfant qu’il était crachant du sang, sa sœur, le regard de Madame Heidberg. Il vit d’autres liaisons mais de plus en plus s’isole, voyage, s’exile. Il se met à la gravure, incise, sculpte. Rentre en Norvège puis repart à Berlin.

Il répète ses gestes dans ses chambres d’hôtel où les tableaux s’accumulent comme ses souvenirs. Il peint non pas ce qu’il voit mais ce qu’il a vu, ce qu’il ressent de son passé, de ses blessures. Les nuages en sang, le regard immobile, le bleu qui évoque la mort. Munch peint sa vie, celle de sa famille, sa « frise ».

Peter Watkins nous livre un film personnel et troublant, où les plans s’enchainent dans des raccords magnifiques mêlant le regard de Munch/Watkins au notre, effaçant les frontières du temps, dans un voyage entre tensions et émotions, aussi documentaire que purement subjectif.

Une vraie danse de la vie.

Edvard Munch, la danse de la vie de Peter Watkins (1974)