HABIBI DE CRAIG THOMPSON

De Craig Thompson j’avais adoré Blankets ou l’histoire de son premier amour. J’avais découvert ce livre par hasard dans une librairie genevoise, et ce fut un véritable choc visuel et émotionnel. Une rencontre avec un artiste que j’étais décidée à suivre.

Je viens de finir son dernier livre, Habibi que j’ai dévoré aussi vite qu’un éclair (au café).

Habibi c’est l’histoire d’amour qui lie Dodola et Zam, deux enfants qui échappent ensemble à l’horreur et s’installent sur un bateau échoué en plein désert.

Sur fond de conte oriental et de récits bibliques, Habibi  nous rappelle une chose élémentaire et essentielle : l’amour est plus fort que le mal. Et agit comme un vaccin qui nous redonnerait espoir dans un monde allant tout droit à sa perte. Comme si c’était inéluctable et écrit depuis des milliers d’années mais que le seul moteur qui nous maintenait c’était ça : ce peu d’amour qu’il reste en nous et qui nous tient debout.

Vendue par son père à un scribe, Dodola apprend à lire et écrire et connait des tas d’histoires. Mais un jour des hommes viennent massacrer son mari et la fillette se retrouve emprisonnée et condamnée à être esclave. Dans sa fuite, elle emmène un autre enfant Zam avec elle et fera tout pour leur survie y compris vendre son corps contre quelques dattes et autres nourritures. Mais Zam un jour disparait…

Ce livre creuse en profondeur dans l’histoire ancienne et raconte l’universalité du mal qui se répète indéfiniment. Atemporel et fictif, Habibi s’inscrit dans un univers graphique et spirituel qui trouve écho en nous et redonne du sens à un monde qui semble avoir été déserté et détruit par l’humanité. Et comme cet homme qui garde le sourire et continue de pêcher au milieu de cette rivière de déchets, Craig Thompson nous offre un cadeau magique, une clé pour un monde meilleur : lisez-le, c’est en toute dernière page.

UNE SUPER TRISTE HISTOIRE D’AMOUR

Entendu sur France Culture hier, Gary Shteyngart présentant son dernier roman, Super triste histoire d’amour, au titre aussi évocateur que déjanté. Sur fond de nouvelles technologies, le livre qui ne se revendique pas comme étant un roman d’anticipation, parvient tout de même à offrir une vision futuriste assez déprimante, décryptant un monde de post-littérature où les individus sont jugés par leur quotient de « baisabilité », par leur salaire ou le nombre de m2 qu’ils possèdent. Un monde de chiffres où plus personne ne  lit.

D’autant plus terrifiant que cela a l’air totalement visionnaire.

LES INFIDELES, un faux scandale

Alors que Jean Dujardin est sur le point de devenir le frenchy le plus envié et le plus récompensé (en course pour l’oscar du meilleur acteur), une ombre vient se greffer au joli tableau et menacer sa possible récompense : les affiches de son dernier film Les infidèles ont fait l’objet de plaintes et viennent d’être retirées par JC Decaux.

Or on le sait, Hollywood est prude, ne tolère pas le scandale et ne plaisante pas avec la morale.

Mais où est le scandale ? Les affiches montrent Jean Dujardin et Gilles Lelouche dans des positions très suggestives certes, mais qui ne font que servir le propos et l’humour du film (que je n’ai pas vu par ailleurs, mais étant donné la bande annonce, on ne s’étonnera pas de cet affichage provocant). Non franchement, je ne vois pas de scandale dans ces affiches et que ceux qui trouveront que l’image de la femme y est dégradée, salie, s’interrogent un peu : non seulement la pratique de la fellation (ou de n’importe quel acte sexuel) peut être consentie et désirée et en aucun cas un acte avilissant pour la femme, mais j’ajouterai qu’à l’heure de la vulgarité télévisuelle la plus sauvage, il me parait plus qu’ironique de censurer des affiches pour leur représentation sexuelle soit disant « inacceptable ».

Je ne défends certes pas le choix de ces affiches que je juge aussi clichées que modérément drôles, mais je défends une forme de liberté d’expression, qui semble très menacée ces derniers temps.

Que faut-il comprendre derrière ceci ? Que nous vivons dans un monde où c’est acceptable de participer à des realityshows immondes avec des hommes et des femmes prêts à tout pour passer à la télé (quitte à finir comme Loana), où c’est acceptable de voir danser le cul des femmes aux côtés de Sean Paul, où c’est acceptable d’entendre Jean-Pierre Pernaud et ses blagues populistes, où c’est acceptable de faire un reportage sur les mal logés (3,6 millions selon la fondation Abbé Pierre) après avoir parlé de l’entrée en bourse de Facebook et de ses salariés devenus millionnaires. Mais en revanche c’est inacceptable (au point de retirer les affiches) de voir des hommes dans des positions évocatrices et provocantes sur les colonnes Morris !

Il faut croire que nous sommes dans la semaine de l’affichage censuré. Après celles de Guillon dont le caractère trop politique a été jugé irrecevable, voici Les infidèles.

Je pense que cela ne nuira pas au film, au contraire, bien parti pour être un gros blockbuster.
En revanche, j’espère que les Américains sauront être au-dessus de cette fausse polémique. Car on soutient Jean à fond pour l’oscar (tout comme le Petit journal qui a d’ailleurs réagi avec beaucoup d’humour hier à cette nouvelle, en transformant à leur tour les affiches de George Clooney, en lice pour le même prix). Pas parce qu’on est chauvin, mais juste parce qu’on l’aime bien Jean Dujardin (je fais mon Jean-Luc Mélanchon, je dis « on » mais je pourrais dire »je »,
j’assume !). C’est peut être un des rares acteurs « populaires » aussi talentueux que drôle et émouvant, capable de jouer dans un gros nanar sans avoir l’air ridicule. Et puis ce serait le premier homme français à gagner l’oscar du meilleur acteur. And the winner is….

République de la malbouffe

Entendu ce matin chez Pascale Clark : un restaurateur, Xavier Denamur, qui, suite à la baisse de la TVA dans la restauration (gain : 3 milliards d’euros pour les intéressés), s’est décidé à s’engager contre cette décision du gouvernement Sarkozy, véritable cadeau fiscal échangé contre quelques 300 000 nouvelles adhésions à l’UMP.

Xavier Denamur a « gagné » 300 000 € suite à cette baisse de la TVA qu’il a immédiatement investis dans ce film réalisé par Jacques Goldstein. Une plongée dans cet univers loin du bon sens paysan et du goût retrouvé.

Le prétexte : baisser les charges des restaurateurs pour augmenter le nombre d’emplois dans le secteur et soyons fous, pour améliorer la qualité dans notre assiette.
La réalité : pas d’augmentation des salaires ni d’amélioration des produits pour le consommateur.

Tiens donc ! Nous aurait-on menti à nouveau ?

Au menu du film, une interview de Jacques Borel, propriétaire des restoroutes (et l’heureux gagnant d’un million d’euros suite à cette décision) qui nous livre sa vision pour le moins « choc » sur la notion de malbouffe. Tricatel* est de retour ! Et les produits frais des denrées rares.

Le reste est à découvrir demain dans les salles les plus engagées (pas de distributeur pour ce film, tiens donc encore, serait-on frileux devant un tel sujet ?). Mais je crois que le dessert annonce un joli confit de canard (à moins que cela ne soit un profit de connards).

Le film sort demain en même temps que le DVD et un dossier spécial dans le magazine Rue 89 de février-mars.

Citoyens, ne restez pas le nez dans votre assiette !

La bande annonce ici

* Pour les plus jeunes lecteurs, Tricatel est un personnage du film de Claude Zidi, L’aile ou la cuisse, sorti en 1976.

RICKY GERVAIS HILARANT AUX GOLDEN GLOBES

Ces derniers jours ont vu la consécration de The artist et de son acteur Jean Dujardin aux Golden Globes.La presse a très largement couvert cet évènement et partout l’on voyait Jean Dujardin en train de danser des claquettes en imitant Douglas Fairbanks ou, pire, sa femme, brandissant son portable pour enregistrer ce moment, ou pire encore, le sein de sa femme s’échappant de sa robe lors de leur étreinte. Cela pourrait s’appeler « Chouchou et Loulou à L.A ».

Mais ce qu’on a moins vu dans les medias, c’est le discours d’ouverture hilarant du génial Ricky Gervais, qui n’épargne pas grand monde devant ce joli parterre hollywoodien.
Et dire qu’ils le réinvitent tous les ans à présenter la cérémonie… On peut dire que les américains ont de l’humour !

NAKED MAN

Vous avez surement tous vu cette image, celle d’une page mode de la Redoute qui circule partout sur le net à cause de son arrière plan pour le moins intéressant : un homme nu.

Pour une page consacrée à l’enfant, c’est sûr ce n’est pas terrible ! Et surtout la question : comment n’ont-ils rien vu pendant le shooting ? Cela parait tellement improbable qu’on en arrive à croire à un coup monté…

En tout cas, communication réussie, on ne parle que d’eux et je suis sûre que ces modèles de maillots de bain vont se vendre comme des petits pains, et ce malgré le nombre de parodies consécutives à cette publication et de railleries dont la Redoute a été l’objet.

Bientôt sur vos écrans…

Ils sont forts ces ‘ricains ! Ce film de pré-campagne présidentielle pourrait se passer de commentaires tant l’artillerie est lourde. Réalisé avec une voix off empruntée aux films américains gros budgets, le film présente ce républicain libertarien (à savoir « qui est favorable aux libertés individuelles » mais comprenez plutôt « favorable aux libres échanges ») comme le seul capable de sortir les États Unis de cette impasse.

Pour les non anglophones, voici une traduction rapide :

« C’est l’histoire d’un pays ayant perdu toute opportunité, tout espoir, l’histoire  d’un échec politique et gouvernemental, l’histoire d’une politique à langue de bois qui alterne jeux, rhétorique et division.
UN HOMME s’est démarqué fortement, réellement, votant contre toutes les augmentations d’impôts,un homme qui chaque fois, s’est opposé à la « machine Washington ».
Ron Paul, le seul homme à économiser un trillion de dollars dès la première année, celui qui va éliminer le gâchis. Ron Paul, le seul à qui l’on peut faire confiance… »

Ron Paul en quelques mots c’est aussi ça :

– un ultra liberal qui veut nous faire croire que libre échange est synonyme de libertés individuelles (ce qui est sûrement vrai pour les plus riches de la planète)
– un anti-avortement et anti-euthanasie
– un opposé à l’appartenance des Etats Unis aux institution internationales comme l’ONU et l’OTAN
– un non-interventioniste (il s’est opposé à la guerre en Irak, pas tant pour les raisons attendues que pour des questions budgétaires)
– un opposé au droit du sol
– un défenseur de la vente libre de stupéfiants dans la mesure où il constate l’inefficacité du système pour l’interdire et arguant le fameux libre arbitre et la responsabilité individuelle dans nos choix de vie (il n’a pas du grandir dans un ghetto…)
– un partisan de la limitation du pouvoir de l’état fédéral

Les sondages le donnent favori des imminentes primaires républicaines. Peut être que François Hollande devrait prendre exemple… Imaginez seulement : « C’est l’histoire d’un pays ayant tout perdu, l’histoire d’un pays en crise … « .
On a beau essayé, en français ce n’est pas pareil ! Ça doit être la langue…

Beautiful people

Découvert par hasard sur le net, ce film de Lisa Eisner pour promouvoir les lunettes Oliver peoples est léger comme une bulle, éclairé avec une lumière éthérée et  tout simplement beau.
Tourné dans la Rainbow house de John Lautner, le film nous montre des instants d’amour entre un  homme et une femme. Mais attention pas n’importe lesquels puisqu’il s’agit de Devendra Banhart et sa compagne, Rebecca Schwarz. Je ne sais pas lequel des deux est le plus beau (lui quand même je crois, même si je préférais son look de nouveau prophète-hippie avec ses cheveux longs et sa barbe). Leur amour apparait comme idyllique, pur et normalement devrait nous énerver, mais il n’en est rien. On les voit heureux, s’embrassant, prenant leur bain ensemble, glissant sur la rembarde de leur maison de rêve, lisant sur fond de Brindo du même Devendra Banhart. Tout est trop beau pour être vrai et pourtant on a envie d’y croire. Et vous savez pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un vrai couple et d’un vrai amour, et que du coup quand on les regarde, on se dit que c’est assez simple finalement, simple et accessible. Le reste n’est que superflu.

On imagine pourtant le brief marketing derrière :

– Alors Lisa, je veux un couple qui respire le bonheur, des gros plans sensuels, des rires, de la complicité, qu’on oublie la réalité un moment, qu’on oublie les frontières extérieur-intérieur, je veux de l’amour partout, comme une enveloppe chaude. Oliver peoples c’est eux, des gens heureux qui prennent leur bain devant une vue magnifique, et mange des gâteaux comme Deneuve et Perrin dans Peau d’âne, Oliver peoples c’est le rêve d’un prince et d’une princesse version nouvelle vague 2011. Les lunettes c’est juste le détail qui s’ajoute à ce bonheur, mais pas en lourdeur, non, plutôt comme une jolie évidence. Comme ses fesses à elle, tu vois ? Elles sont là, présentes et lui ne pourrait pas s’en passer mais on ne reste pas sur elles deux heures non plus.

–  (…)

– T’y vas comme pour tes shooting, avec ton talent de photographe, et leur authenticité ça va être super impactant ! Allez on fonce et on débriefe après, ok ?