L’ancêtre de l’ipad

 

 

HOLY APPLE

Dans la religion des mangeurs de pomme, je demande le fondateur. Ah non, il vient de mourir. Vous n’êtes pas au courant ? C’est que vous êtes parti en voyage intergalactique.
La mort de Steve Jobs, fondateur visionnaire de Apple, a déclenché une avalanche d’hommages partout sur le web, sur les réseaux sociaux, dans les boutiques Apple devenues de véritables autels où les fanatiques déposent des fleurs et des bougies en guise d’ultime adieu à leur maitre vénéré.

Steve Jobs est l’homme qui aura révolutionné le monde informatique et technologique avec notamment la création de l’iphone et de l’ipad, l’homme grâce à qui les ordinateurs ont cessé d’être laids, l’homme qui aura réussi le premier à marier la performance et l’élégance grâce à un design qui a séduit de nombreux adeptes de la « secte » Apple.

J’ai fait partie de cette secte pendant une dizaine d’années, je dois l’avouer, ne jurant que par les Mac, et aujourd’hui je comprends encore combien on peut être attiré par le design irréprochable de ses tablettes tactiles. Pourtant si Apple vaut aujourd’hui des milliards de dollars en bourse, il a aussi su attirer l’attention des médias sur ses conditions de travail déplorables notamment en Chine où la marque a délocalisé ses usines de fabrication.
Mais il faut croire que Steve Jobs était un aussi génial inventeur qu’un grand communicateur. « Think different » , le fameux slogan d’Apple pourrait se lire « consommez plus pour vivre mieux ». Ses multiples apparitions, ses interventions auprès de jeunes universitaires lui auront permis de véhiculer une image d’entreprise innovante et de placer la surconsommation comme religion. Combien aujourd’hui arriveraient à se passer de leur iphone quand hier ils ne l’imaginaient même pas ?

« Soyez insatiables, soyez fous » .

Tels furent ses mots lors de son annonce publique de son combat contre le cancer. Le rêve américain en marche vient de s’éteindre. Le lendemain pourtant de l’annonce de la sortie de l’Iphone 4S par Tim Cook, son successeur…

35EME FESTIVAL DES FILMS DU MONDE DE MONTREAL

A peine arrivée à Montréal (au Québec pas en Ardèche !), je décidai de me rendre au Festival des films du monde. En regardant le programme, je découvre que Bertrand Tavernier a une nouvelle carte blanche. Je dis « nouvelle » car s’il y a bien quelqu’un qui a des cartes blanches partout dans le monde, c’est bien lui. J’ai travaillé quatre ans à ses côtés et chaque semaine il recevait des demandes pour aller présenter des films, parler de réalisateurs trop méconnus du public. Il s’agissait souvent de films américains  (il est co-auteur avec Jean-Pierre Coursodon de l’excellente bible « 50 ans de cinéma américain »), mais pas seulement.
Bertrand Tavernier est de ceux qui aiment le Cinéma, qui l’adorent et qui le connaissent tellement bien qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de partager cette passion avec le public. Pour notre plus grand plaisir.

Je dois avouer que le débat qui a suivi la projection de Cry Danger, premier film de Robert Parrish m’a encore davantage marquée que le film lui même (malgré ses dialogues très drôles et enlevés).
De voir là, à Montréal, notre Tatave national en train de raconter la fabrication de ce premier film avec des anecdotes aussi croustillantes que nombreuses, d’échanger avec son ami  Eddy à qui l’on doit ce genre de copies restaurées, sur Dick Powell et tous les acteurs de second plan du film, puis de rebondir en évoquant d’autres films noirs, alors que moi j’étais encore en train de me remettre du décalage horaire, était assez inouï. Chaque question du public déclenchait un déferlement d’histoires, et ravivait son inépuisable enthousiasme.

Bertrand Tavernier s’est toujours battu pour « sortir de l’ombre » des cinéastes injustement méconnus du public : Delmer Daves, Michael Powell, Abraham Polonsky et bien d’autres encore (il est d’ailleurs à l’origine d’un magnifique coffret édité par l’Institut Lumière des films de Michael Powell et Pressburger). Avant tout parce qu’il aime leur cinéma. Mais aussi parce qu’il aime en parler et le montrer. C’est un peu notre Martin Scorcese à nous !

Et finalement je me rends compte que ce que je retiens le plus de notre collaboration, est cet amour du cinéma qu’il a et qu’il partage à foison. J’aimais l’entendre me raconter tout plein d’histoires parce qu’au fond de moi quand je l’écoutais, je me disais qu’il était surement l’un des derniers « dinosaures » à connaitre aussi bien cet art-là et à en parler avec autant de passion. Et quand on est cinéphile, c’est un vrai cadeau.

L’Elysée Montmartre doit vivre !!

L’Elysée Montmartre doit vivre !!

Le berceau du french cancan est parti en fumée mardi dernier. Un incendie, à priori d’origine accidentelle, a gravement endommagé le lieu. Une enquête de la police judiciaire est en cours pour comprendre les raisons de cet incendie.

La salle créée en 1807 est un lieu parisien mythique, tant par son architecture que par les concerts et autres évènements qui s’y sont déroulés. Située au pied de la butte Montmartre, elle a inspiré autant les peintres (Toulouse Lautrec) que les écrivains (on se souvient de le description de la façade dans L’assomoir de Zola). Le french cancan y est né pour faire peu à peu place à des bals ou des combats de catch à l’après guerre. Depuis déjà une vingtaine d’années sous la direction de Garance Productions, la salle organise des concerts rock, reggae et les fameux bals de l’Elysée Montmartre.

Les dégâts étant très importants, la survie de la salle se retrouve aujourd’hui menacée. Un grand rassemblement de soutien aura lieu cet après midi à 16h00 devant la salle. Parisiens, venez nombreux ! Moi je peux pas, chuis en Ardèche (et en plus c’est mon anniversaire, alors je vais faire un grand pique nique en famille).

Pour en savoir plus : http://www.elyseemontmartre.com et rejoignez le groupe facebook « l’Elysée Montmartre doit vivre » : www.facebook.com/Lelyseemontmartredoitvivre

RENCONTRES DES CINEMAS D’EUROPE 1999

Depuis 1999, la Maison de l’image organise les Rencontres des Cinémas d’Europe qui se tiennent à Aubenas en novembre. Ce qui me donne, en plus du plaisir de voir de nombreux films, l’occasion de participer au journal des Rencontres, Carnets de Rencontres : au programme, critiques de films, portrait des artistes invités et à l’honneur et compte rendu des débats avec le public.

 Un été avec Monika d’Ingmar BERGMAN (1953)

C’est en rencontrant par hasard dans la rue un ami écrivain, Per Anders Fogel­strom, que Bergman décide de réaliser Monika d’après le roman que Fogel­strom est en train d’écrire. Le tournage se passe pendant l’été 1951 dans l’île d’Orno.

Le film débute sur la rencontre d’Harry et de Monika dans un café. Monika l’aborde et lui propose d’aller voir Rêves de femmes au cinéma. Puis elle lui parle de son désir de fuir loin de la ville avec lui, de quitter sa famille et son travail éreintant. Tous deux prennent le large à bord d’un petit bateau, les bras pleins de provisions, heureux et insou­ciants, et s’installent sur une île. Leurs journées se succèdent dans une idylle alternant amour, baignades, rires, « on vit un rêve » dit Harry à Monika. Mais ce rêve ne durera pas et le sourire de Monika va laisser place à ses reproches quand elle réalise qu’ils n’ont plus rien pour vivre. Ils finissent par quitter l’île et, malgré les promesses d’Harry d’un futur meilleur, Monika sait que plus rien ne sera comme avant : après l’utopie de la vie sauvage, la désillusion du retour à la réalité.

A leur retour Monika est enceinte, les deux amants se mari­ent mais déjà on sent qu’elle a quitté son rêve. Après la nais­sance de leur fille, elle se plaint de la vie étriquée qu’Harry lui fait vivre. Un soir elle le trompe et finit par les abandonner, lui et leur enfant.

Ce film traduit merveil­leusement le passage du rêve à la réal­ité, de l’illusion au désenchantement, de l’incrédulité au désespoir prenant le spectateur à partie dans un plan mé­morable du cinéma : Monika prend un verre avec un homme, elle sait qu’elle passera la nuit avec lui, la lumière s’éteint pour n’éclairer que son visage. Elle se tourne vers nous spectateurs et semble nous interpeller : de quel droit me jugez-vous ? et vous, que feriez-vous ?

Si ce regard-caméra a autant marqué l’histoire du cinéma et en particulier la Nouvelle vague, c’est parce que pour la première fois ce regard-là vient nous contacter, nous se­couer de par son im­pudeur et son désar­roi. Le film s’achève sur un plan d’Harry devant un miroir ten­ant sa fille dans ses bras. Il se rappelle son été avec Monika et les images mélan­coliques du passé vi­ennent se superposer à celles du présent, lui désormais seul avec sa fille.Bergman ne nous demande pas de choisir notre camp mais nous interroge : le désir de vivre peut-il l’emporter sur la morale sociale ? ■


Les Fraises sauvages d’Ingmar BERGMAN (1957)

Isaak Borg a 78 ans. Professeur de médecine reconnu et ad­miré, il s’apprête à se rendre à Lünd pour fêter son jubilé. Mais après un cauchemar où il est confronté à sa propre mort, il décide faire la route en voiture plutôt qu’en avion. Sa belle fille, Marianne (Ingrid Thulin) l’accompagne et les voici partis pour un long trajet parmi les souvenirs du vieil homme et les rêves qui le hantent et le révèlent.

Réalisé en 1957, Les fraises sau­vages (Ours d’or à Berlin en 1958) mêlent imaginaire et réel comme pour mieux signifier la confusion des êtres, l’absence de frontière entre la vie et la mort, le passé et le présent, le Bien et le Mal. Le temps passe, la menace de la fin inéluctable pèse et pourtant l’horloge des rêves d’Isaak n’a plus d’aiguilles (tout comme celle de son grand père). Le vieil homme (dernier rôle interprété par l’acteur et réalisateur Victor Sjöström) taxé d’égoïsme et d’indifférence par Marianne, dresse le bilan de son existence et c’est à l’aube de son ultime reconnaissance qu’il prend conscience de la solitude qui l’attend, solitude aussi menaçante que la mort. Au cours de ce voyage initia­tique, enrichi de rencontres hasardeuses, il retrouvera les émotions qu’il avait abandonnées et se laissera bercer par la douceur mélancolique de ses souvenirs d’enfance et de son amour de jeunesse, Sara (Bibi Anderson). La confusion laisse place à la vie et à la paix intérieure. Et si le passé nous rattrape toujours, si nos rêves et nos peurs nous en­vahissent et nous font vaciller, Bergman semble relativiser les désillusions au profit de ce qui lie les êtres au-delà de l’incompréhension : l’amour. ■


Du soleil pour les gueux d’Alain GUIRAUDIE (2000)

Hier encore je ne connaissais pas les films de Guiraudie. Ça fait longtemps, pourtant, que j’ai envie d’en voir, mais bon, voilà, ça n’était pas encore arrivé…
Et hier donc j’ai découvert Du soleil pour les gueux et l’univers poético-philosophique des ounayes, des guer­riers, de combats et de poursuites, des crobants au ton si décalé et si singulier. Mais je dois avouer m’être encore da­vantage régalée lors de la rencontre hier au Bistrot : je suis tombée sous le charme du bon­homme. « Aucune chance », me lance Thibault. C’est sûr qu’Alain Guiraudie s’amuse à évoquer son homosexual­ité sans retenue. D’où le manque d’interaction de la rencontre et la réserve du public qui n’a pas osé le questionner ? Aubenas tétanisé par sa présence ? Tant pis, Guiraudie n’a pas besoin des ques­tions du public pour démarrer (c’est un guerrier pas un Cavalier*), il enchaîne, inlassable sur sa manière de travailler, de filmer ce qu’il connaît, explique qu’il ne veut pas faire des films sur sa vie intime (« trop chiant » dit-il, permettez-moi d’en douter) et pourtant on sent que cet homme-là se raconte volon­tiers, partage sa vision du monde avec sincérité, sans langue de bois. Et s’il évoque la gérontophilie, l’homosexualité, le monde paysan, le western, c’est bien, parce que son univers ciné­matographique réunit tous ces thèmes dans une improbable alchimie entre utopie et réalisme social, philoso­phie et humour.

*en référence à Alain Cavalier, autre invité de ces Rencontres

Il fait du cinéma pour amener un point de vue différent avec « des préoccupations d’adultes mais sans perdre (ses) rêves d’enfants, je fais du sud-western ».

Son prochain film, il le veut plus noir , parce que nous traversons une crise existentielle et que le ton de la comédie ne se prête pas à notre époque, il veut « passer d’un film solaire à la campagne à un film noir en ville ». On l’aura com­pris, Alain Guiraudie est militant, en a marre de voir les quelques poignées de richissimes hommes écraser le reste de la planète. « Pourquoi il ne se passe rien alors ? », lui demande Jean-Jacques Bernard, très en forme ce soir pour ani­mer ce débat. « Pourtant on ne risque pas grand chose, on va tout droit dans le mur ».

Bon je vous laisse, ce soir pas besoin de dourougne, je suis encore toute émoustillée et vais me plonger dans les plaisirs de la chair dont nous parle si bien Alain Guiraudie. Et n’oubliez pas : vive la révolution ! ■


De l’autre côté de Fatih AKIN (2007)

On attendait avec impatience le deuxième long métrage de Fatih Akin talentueux réalisateur allemand d’origine turque très remarqué pour son premier Head on. Et on peut dire que De l’autre côté est à la hauteur de nos espérances. Le film démarre sur la rencontre de Ali et de Yeter, prostituée turque exilée en Allemagne pour offrir à sa fille Ayten restée à Istanbul la chance d’étudier et de s’en sortir (on pense évidemment à Mamma Roma). Yeter n’hésite pas longtemps lorsqu’Ali lui propose de vivre avec lui moyennant paiement. Mais survient sa mort accidentelle et Nejat, le fils d’Ali, s’envole vers Istanbul pour retrouver Ayten et finir de lui payer ses études. Au même moment Ayten, activiste révolutionnaire recherchée, fuit la Turquie sous une autre identité et part retrouver sa mère à Hambourg. Elle rencontrera Lotte qui va l’héberger, l’aider, l’aimer. Mais après un bête contrôle policier, Ayten se voit renvoyée en prison dans son pays. Lotte trouve un sens à sa vie dans cet amour et part la rejoindre pour lui venir en aide. Jusqu’à sa fin tragique. Les personnages se croisent sans jamais se rencontrer et c’est là la magie du film : de ces improbabilités et ces hasards naît une véritable grâce. Chacun semble savoir quel est le chemin à suivre afin de retrouver une identité perdue les uns par leur déracinement, les autres par l’absence de sens à leur vie. Malgré la disparition brutale des deux femmes et le contexte politique, se dégage du film une sérénité, une plénitude liée à la détermination des personnages. Même la mère de Lotte (formidable Hanna Schygulla) semble retrouver une paix intérieure en partant sur les traces de sa fille disparue. La fin du film reste ouverte, Nejat contemple la mer en attendant son père et malgré les têtes des spectateurs qui quittent trop tôt la salle, le générique défile sur cette même image statique. La suite se passe hors champ. Rien ne semble impossible mais l’important est ailleurs. Nous, on sort remplis.■


Du temps et des vents de Reha ERDEM (2007)

Dans un petit village près de la mer Egée, trois adolescents grandissent au rythme des lunes et des appels à la prière. Omer souhaite désespérément la mort de son imam de père. Yakub est amoureux de la belle institutrice du village et Yildiz est partagée entre un père aimant et une mère qui l’accable de tâches ménagères. Le film démarre le soir et s’achève avec la lumière du matin. Ici on ne remonte pas le temps, on le suit, le contourne, le sent à travers le vent dans les arbres, les rituels de la vie quotidienne, les vaches qui mettent bas. La vie coule et se répète indéfiniment, semblant nous rappeler que nous nous inscrivons dans le monde sans échapper à notre hérédité et au lieu d’où l’on vient. Les personnages reproduisent leurs rituels comme ils reproduisent sur leurs enfants ce que leurs propres parents leur ont transmis : le père d’Omer lui préfère son jeune frère, comme le grand père préfère le père de Yildiz à son autre fils. Le seul refuge des enfants à cette monotonie est la nature où ils s’endorment en paix au milieu des genêts, des herbes ou des pierres. La photo magnifique du film, accompagnée de la musique d’Arvo Part, nous apaise et le film s’achève comme le soleil s’éclipse : un instant de cinéma où le temps prend toute sa dimension cosmique. ■


Jonas qui aura 25 ans en l’an 2000 d’Alain TANNER (1976)

Le film démarre dans un bureau de tabac, Max (Jean Luc Bideau) achète des gauloises, et s’étonne que le prix ait augmenté depuis la veille. « C’est l’inflation » explique la buraliste. Ce film bilan réalisé en 1976 réunit 8 personnages en quête, non pas d’auteur, mais de sens dans cette société genevoise capitaliste où rien ne semble avoir changé depuis mai 1968. De la désillusion à l’espoir, ces personnages se rencontrent, travaillent ensemble à construire un monde meilleur, entre tantrisme et agriculture biologique, entre actes militants et vol de supermarché, entre déscolarisation et cours d’histoire engagé. Marie la caissière frontalière, rejoue avec le vieux Charles son aventure avec une tenancière de bar, Marco le professeur d’histoire décalé se sert du boudin pour expliquer à ses élèves comment le temps s’inscrit dans l’Histoire (« n’oubliez jamais que mon père était boucher ! » leur dit-il en brandissant un grand couteau), Madeleine libère Max le « protestant »de la dualité qui l’habite par le tantrisme et Marcel le maraicher est persuadé que la chasse à la baleine aura des conséquences désastreuses pour l’homme qui sera condamné à manger les crevettes au petit déjeuner. C’est dans ce monde pollué par les spéculations immobilières et l’immoralité des hommes que Matthieu et Matthilde décident de faire un autre enfant, Jonas. Quel avenir pour Jonas ? Nous sommes en 2008 et nous nous posons encore les mêmes questions. Le temps semble s’être arrêté, nos désillusions demeurent, mais l’inflation et la récession persistent. ■


Les plages d’Agnès d’Agnès VARDA (2008)

Un vrai moment de plaisir ! Merci Agnès de nous montrer vos plages intérieures, votre univers, celui de votre compagnon de toujours, Jacques Demy à qui les Rencontres rendent hommage. A l’aube de ses 80 ans, Agnès Varda revient sur sa vie, sur son oeuvre et nous offre un magnifique autodocumentaire où elle se met en scène, où elle fait rejouer des scènes de son enfance, où la « vieille cinématographe » fait de la place à la « jeune plasticienne » en composant de véritables tableaux des plages belges ou setoises, aux amants de Magritte quand elle évoque sa relation à Jacques Demy, des scènes de son enfance à la baleine de Jonas à qui Bachelard faisait référence en cours. Les plages d’Agnès rejouent sa vie, comme Jacquot de Nantes rejouait l’enfance de Demy dans le garage familial. La narration est fluide, vivante, pourtant comment résumer toute une vie de femme, toute une vie avec Demy, toute une vie de réalisatrice, faite de voyages (Cuba, la Chine, Los Angeles où elle vécut en famille), de rencontres, d’amitiés et d’amour. Elle évoque son amitié avec Vilar avec qui elle fit ses premières photos lors des débuts d’Avignon, avec Calder, avec Brassai, Chris Marker ou Godard à qui elle a volé un plan sans ses mythiques lunettes noires. Elle évoque son QG du 14 ème arrondissement, rue Daguerre, et sa cour intérieure si froide en hiver, elle parle de sa famille, ses enfants et petits enfants qu’elle n’est pas sûre de connaître vraiment mais qui la portent. Tant qu’elle vit elle se souvient nous confie-t-elle, et nous, on jubile de partager ses souvenirs. ■


5X2 de François OZON (2003)

La présence du compositeur Philippe Rombi est l’occasion de revoir 5×2 de Francois Ozon, sorti en 2004. Ozon choisit de nous faire traverser a rebours cinq moments de la vie d’un couple de son divorce a sa rencontre. Rien n’est disséqué ni explicité, mais les moments choisis montrent un couple condamne a l’échec de leur incommunicabilité orale comme physique. L’ordre du récit inverse accentue l’idée de fatalité dans leur relation : le début d’une histoire n’annonce-t-elle pas déjà sa fin ? La première scène d’amour violente vient boucler le cliche initial de Gilles et Marion nageant dans la mer sous le soleil couchant, mer a l’apparence calme mais aux courants dangereux. Gilles propose a Marion de réessayer encore. Mais cela ne reviendrait-il pas a revivre les cinq mêmes moments d’un couple a la dérive ? Le soir de son mariage, Marion regarde émue ses parents danser enlaces mais ici aussi l’amour semble illusoire, la solitude l’emporte.■


Actrices de Valéria BRUNI TEDESCHI (2006)

Marcelline est une comédienne en mal d ’amour et d ’ enfant. Le temps passe et la titille alors Marcelline court. Elle court pour fuir sa mère et sa tante la questionnant sur ses anciens amants, plonge s ’ immerger dans la piscine sur un air de Glenn Miller, prie la Sainte Vierge, fuit la représentation dans laquelle elle joue Natalia Petrovna, et saute dans la Seine dans un élan tragicomique. Son personnage la hante tout comme le fantôme de son père ou de son amour de jeunesse (magnifique Maurice Garrel ) . Elle aimerait être une amoureuse gaie comme Natalia mais elle n’arrive plus à rire. Nathalie, ( Noémie Lvovski ) comédienne restée dans l’ombre, lui reproche de ne pas voir le monde autour d’elle : Marcelline ne voit pas les enfants dans la piscine, la tristesse de Jean-Luc le machiniste, ni l’amour d’Eric. Elle glane les baisers mais ils semblent glisser sur elle. Personne ne semble la comprendre, pas même sa mère qui jette des somnifères pour endormir ses angoisses d’actrice égocentrique. Mais Marcelline est avant tout une femme désespérée de ne pas arriver à trouver un sens à sa
vie. ■


This is England de Shane MEADOWS (2007)

This is England est l’histoire vraie de Shaun, un garçon de 12 ans qui intègre un groupe de jeunes skinheads pendant qu’éclate laguerre des Falklands (guerre éclair qui a affronté l’Argentine et l’Angleterre en 1982). Shaun (impressionnant Thomas Turgoose) est un enfant gouailleur peu impressionné par les moqueries dont il est victime et prêt à se battre dès qu’on évoque son père mort à la guerre. Même contre Combo, chef de bande tout juste sorti de prison et déterminé à défendre ses idées nationalistes. Il rencontre Woody et sa bande de « gentils » skinheads qui vont l’adopter comme un petit frère. Ses pantalons patte d’éléphant sont vite remplacés par un jeans et des Doc Martens. Mais à l’arrivée de Combo, le groupe se scinde en deux et Shaun choisit son camp, celui de la revanche contre la mort inutile de son père. Shane Meadows nous livre un film fort et incisif sur les années Thatcher, introduit par des images d’archives qui à elles seules illustrent bien le contexte économique et social de l’époque. A voir absolument. ■

Pour visualiser la version complète des Carnets 2009, allez par ICI et pour les Carnets 2010 par LA.

MOI GEEK ?

Plus d’une semaine qu’il avait disparu. Et le voilà enfin revenu au bercail. Quel soulagement ! Non il ne s’agit pas d’un homme ou d’un chat qui aurait décampé, mais bel et bien de mon ordinateur.  Je sais, vous allez trouver que c’est assez triste de réagir ainsi, mais je l’avoue : il m’a manqué ! Et que celui ou celle à qui cela est arrivé et qui a réagi différemment me jette la pierre !
Pourtant mon informaticienne me l’avait bien dit « c’est comme une voiture, quand ça marche on n’y pense pas, mais quand ça plante, ça ne pardonne pas ». Et surtout ça ne prévient pas. Boum, black out d’un coup. Et évidemment on n’a rien sauvegardé parce que on se dit que ça n’arrivera pas. C’est là où je me rends compte que justement je suis très loin d’être une geek.
Les premiers jours, j’étais démunie. Ecrire à nouveau sur un cahier ? Effectivement ça marche aussi (sauf pour les mails, ou alors faut mettre un timbre !). Regarder un film ? Forcément quand on choisit de ne pas avoir la télé, l’ordinateur occupe de nouvelles fonctions. Et bien finalement, je me suis remise à lire, à flâner, à travailler sur ma terrasse et avec le retour des beaux jours, c’est pas mal non plus. Donc finalement de quoi se plaint le peuple ? En plus mon ordinateur est comme neuf.

Rôtissons les !

Depuis toujours les spéculateurs spéculent et c’est bien tout ce qu’ils savent faire. Et quand on spécule, forcément on finit par menacer des lieux dits « non rentables ». Cette fois, il ne s’agit pas d’un squat d’artistes mais d’un restaurant associatif : la Rôtisserie de la rue Sainte Marthe dans le 10ème arrondissement de Paris. Ce restaurant, en plus d’avoir été ma cantine préférée lorsque je travaillais dans les locaux de Monsieur Tavernier (Little Bear production), est aussi l’un des derniers restaurants à Paris où, non seulement on mange pour moins de 10 euros, mais en plus on côtoie les quelques rescapés de ce quartier populaire. A la frontière de Belleville et de l’archi bobo Canal Saint Martin, la Rôtisserie propose des plats le midi et selon qui cuisine, on voyage de pays en pays mais « comme à la maison ». Ce côté bonne franquette, grande tablée, et plats du monde entier est un concept à lui tout seul, une alternative à tous ces restaurants guindés avec trois frites dans notre assiette, et prouve que l’on peut encore faire des repas bons, pas chers, diversifiés et ressortir avec notre plein d’humanité. Le soir, les repas gérés par des associations partenaires, financent les actions qu’ils mettent en place un peu partout dans le monde. Et comme notre beau monde est tout déglingué  et que c’est la misère partout (grâce aux mêmes spéculateurs), autant dire que les associations sont nombreuses et variées.
Depuis 5 ans ce restaurant associatif se bat pour rester dans le quartier, parce qu’il croit avant tout à la mixité sociale, aux mélanges des cultures et parce qu’il marque son indignation contre cette logique du profit à tout prix. La justice vient de prononcer leur expulsion. Mais tout n’est pas perdu et à nouveau il est important de se mobiliser, de réaffirmer à travers tous ces « petits » combats combien on en a marre. Parisiens, rendez-vous donc demain 8 avril à partir de 19h30 pour une soirée débat et organisation des actions. Et nous on va spéculer sur une belle réussite…

En savoir plus : http://larotisserie.org/

ON NOUS CACHE TOUT, ON NOUS DIT RIEN

Hier soir, j’ai reçu le mail d’un ami m’informant que la pluie d’hier en Ardèche a été détectée comme étant légèrement radioactive (suite à l’accident de Fukushima, je précise pour ceux qui seraient partis sur la lune ces dernières semaines et qui ignorent tout de l’actualité mondiale). Ses sources proviennent du site de la CRIIRAD, association qui se bat pour le droit à l’information sur la radioactivité et sur le nucléaire et pour le droit à la protection des citoyens. Créée en 1986, la CRIIRAD doit sa transparence et son efficacité à son indépendance. Financée exclusivement par des dons (adhérents et sympathisants), elle contribue à informer sur les risques de contamination radioactive (aliments, matériaux) et ce grâce à son laboratoire d’experts  qui effectuent des analyses, des dépistages et réalisent de nombreuses études. Un communiqué datant de ce matin vient nous rassurer : « Pas d’inquiétude à avoir : plusieurs des résultats d’analyse de la radioactivité de l’air publiés par l’IRSN sont inexacts. Les activités en iode 131 et en césium 134 sont exprimées en Bq/m3 alors qu’il s’agit de mBq/m3,
soit des valeurs 1 000 fois inférieures. » Et bien nous voilà 1000 fois soulagés même si on ne comprend pas tout à leurs unité de mesure. Encore que quand on voit la distance qui nous sépare du Japon, on se demande un peu quelles vont être les conséquences de la contamination là-bas. Aujourd’hui un taux d’iode radioactif 3355 fois supérieur à la norme a été détecté et certains spécialistes s’accordent à dire que les conséquences des rejets dans l’océan auront un impact non négligeable sur la vie sous marine.

Pour en savoir plus : la CRIIRAD