UN JOUR AVEC, UN JOUR SANS : les variations Hong Sang Soo

Un cinéaste de passage à Suwon pour présenter son film arrive un jour plus tôt et rencontre une jeune artiste peintre avec qui il va passer la journée. Un jour avec, un jour sans rejoue les prémices de cette rencontre en deux variations subtiles de tonalités et de mouvements. Hong Sang Soo nous prouve une fois encore que l’infinité des possibles est intimement liée aux petits gestes.
Un jour avec un jour sans de Hong San Soo

Dans une rencontre, on se demande toujours ce qui se serait passé si on avait répondu une phrase plutôt qu’une autre, si on avait osé attrapé sa main ou si on disait exactement ce qu’on pense. Les différences sont ici délicates et subtiles et pourtant profondes. Loin d’un Resnais dans Smoking, No smoking qui décline une histoire en plusieurs scénarii possibles, Hong Sang Soo s’intéresse davantage aux menus détails, à un trouble passager, à une remarque franche. Les personnages évoluent en fonction de l’autre, de ce qu’ils se donnent à voir. Quand dans la deuxième version, le cinéaste Ham Cheonsoo dit franchement ce qu’il pense de sa peinture à Yoon Heejeong, elle est un peu vexée mais c’est aussi cette franchise qui lui permet de lui faire confiance et de se livrer davantage, alors que dans la première version, ils restent tous deux dans un jeu de séduction où chacun veut plaire à l’autre en balayant les questions embarrassantes.

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« Chacun fait ce qu’il peut dans la vie »

Dans une scène hilarante, Ham Cheonsoo complètement saoul se déshabille devant les amies de Yoon Heejeong. Il peut difficilement expliquer ce geste quand il retrouve un peu ses esprits mais avoue avec philosophie que chacun fait juste ce qu’il peut, rien de plus. Pas la peine de culpabiliser ou de vouloir revenir en arrière. L’histoire peut changer au gré de nos gestes mais c’est aussi ce hasard de nous mêmes qui nous rend terriblement humains. Hong Sang Soo a d’ailleurs un rapport au temps très déculpabilisant, ses personnages, souvent en exil ou de passage dans une autre ville, passent leur temps à flâner, rêvasser, boire, fumer et se promener.

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Les variations de Hong Sang Soo ne sont plus simplement celles du langage du corps ou des personnages mais une réelle mise en abyme de l’acte créateur et de ses infinis possibles. Que choisit on de raconter, de montrer, de couper, de prolonger ? Une même histoire peut être racontée de bien des façons et cela semble être un joli pied de nez à ceux qui accusent HSS de refaire en boucle le même film.

Rien de plus faux quand on voit avec quel génie il se renouvelle à l’instar d’un Rohmer pour nous raconter un homme, une femme, une rencontre, ses balbutiements, ses rêveries, la création et plus encore. Et cela c’est sans limite, désolée pour les réfractaires au cinéma de Hong Sang Soo (découvrir à ce propos l’hilarant détournement de La chute sur le cinéma de HSS).

Personnellement je ressens un tel bien être dans son cinéma que j’espère qu’il continuera longtemps à interroger la magie de la rencontre en fumant des cigarettes et en buvant du soju.

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AU-DELA DES MONTAGNES ou la chronique d’une vie annoncée

Fenyang, 1999. Tao est une jeune fille joyeuse et insouciante courtisée par deux de ses amis. L’un travaille dans une mine de charbon, l’autre est gérant fortuné d’une station service. Entre les deux son coeur balance. Au-delà des montagnes raconte sur trois décennies, la vie de Tao, Liangzi et Zang, leurs choix, leurs rêves, le temps qui passe, l’amour qui les traverse, les illusions et désillusions. Une fresque d’une force inoubliable par le génial Jia Zhang-ke.

Le film démarre par une scène de danse énergique, vivante, légère, (Le Go west des Pet shop boys) qui ressemble à l’insouciante virée des trois personnages à bord de l’américaine rouge de Zang. Tao, Lingzi et Zang chantent, se titillent, vacillent. Pourtant rien à voir avec Jules et Jim, Zang et Liangzi ne sont pas amis et Tao (magnifique Zhao Tao) doit choisir entre deux hommes que tout oppose. L’un est ambitieux et n’hésite pas à éliminer tout ce qui le gêne sur sa route quand l’autre n’est que douceur et résignation. Tao finit par choisir Zang et se marie avec lui. Liangzi meurtri, quitte la province avant leur mariage. Peu après, Tao donne naissance à un petit garçon que Zang prénomme Dollar comme tous ceux qu’il promet de gagner pour lui.

2014. Tao vit seule. Elle a divorcé de son milliardaire de mari qui a même réussi à avoir la garde de leur fils. Liangzi, très malade, rentre à Fenyang avec sa femme et son fils pour tenter de rassembler de l’argent pour ses soins. Il retrouve Tao après toutes ses années pour un tête à tête entre bienveillance et amertume. Rien ne peut rattraper le temps perdu.

2025. Dollar vit avec son père en Australie. Il se cherche dans cette vie loin de tout sens et trouve un refuge dans une relation avec sa professeur qui l’incite à retrouver sa mère. Jia Zhang-ke le peintre de la contemporanéité excelle dans cette partie au temps futur, aux couleurs transparentes, comme un calque d’un temps passé où tout se rejoue sans fin.

Au-delà des montagnes raconte le désenchantement, la résignation, l’inéluctable et cruel temps qui passe, le chaos de la vie. Ce mélodrame puissant a d’universel son questionnement sur nos choix. L’insouciance de nos vingt ans est vite balayée par nos erreurs de jeunesse et nous rattrape à chaque instant. Tao a perdu sa candeur, son mari et son fils à qui elle ne peut offrir le même niveau de vie que son père. Tout ce qu’elle peut lui offrir ce sont ses clés de maison comme la seule preuve de son amour. Le film de Jia Zhang-ke est parcouru de signaux poétiques qui semblent annoncer la suite logique : le crash d’un avion sous le regard impuissant de Tao ou un tigre en cage. Le cinéaste ponctue son film d’images vidéo floues de foule, comme une tentative vaine de mise au point.

Tao aurait-elle été plus heureuse avec Liangzi, telle n’est pas la question. Jia Zhang-ke s’intéresse  à nouveau davantage à la question humaine et au déterminisme dans une Chine en plein bouleversement, en plein libéralisme destructeur. Ses films sont le pendant de l’essor chinois, nécessaires et dérangeants, noirs et pourtant terriblement vivants.

Au-delà des montagnes est assurément le plus grand film de cette fin d’année 2015.

PAUL VECCHIALI : Retour sur la rencontre avec un électron libre

© Veeren Ramsamy/UniFrance

En arrivant hier rue Beaurepaire au café Potemkine, Paul Vecchiali était déjà là, debout, souriant, le regard bleu profond à discuter avec les quelques personnes et amis présents. Je l’interroge sur la projection d’équipe qui avait lieu le matin même. Il m’avoue avoir pris un coup en se voyant dans le rôle principal. .Jamais simple de se voir à l’écran surtout dans un grand rôle. Il est vif, charmant, on dirait un jeune homme. La rencontre démarre. Celui qui mène la rencontre nous prévient qu’il va revenir sur son parcours car, malgré les nombreux visages familiers du « clan » Vecchiali, certains dans la salle ne le connaissent pas. C’est vrai qu’il n’est pas si connu Vecchiali. Injustement méconnu du grand public, lui qui revendique un cinéma populaire.

Vecchiali est né en Corse. Il part faire la Guerre d’Algérie pendant trois ans et demi « sans jamais toucher une arme, du papier journal bourrant son porte pistolet ». A son retour il découvre A bout de souffle et tombe de sa chaise.

« Je n’avais pas vu de film depuis trois et là boum, A bout de souffle. Je me suis dit faut y aller »

Et il y va. Il créé sans relâche, réalise un long, un court, devient assistant (dans cet ordre) puis retourne à ses propres films. Il rejoint Les Cahiers du cinéma, se fait des amis mais aussi quelques inimitiés. La Nouvelle Vague pour lui c’est surtout Godard qu’il admire et Rohmer. Le reste l’intéresse moins. Il nous accorde que « Rivette c’est pas nul ». Lorsqu’il s’enflamme pour Journal intime de Zurlini, « le plus grand film italien » selon lui, Rivette refuse de le publier. Vecchiali quitte Les Cahiers.
Avec Jean Eustache, ils sont inséparables, vont au cinéma ensemble (il a d’ailleurs produit son premier film) jusqu’au jour où Eustache découvrant son premier film en projection, sort de la salle et ne lui dit pas un mot. Il ne lui pardonnera jamais. L’amitié chez Vecchiali c’est sacré. Il marche à l’instinct et à l’honnêteté.

Un ami pour moi doit être capable de vous dire « Ton film c’est de la merde »

Il monte sa troisième société de production Diagonale mais part à nouveau quand ses partenaires refusent de produire un de ses films. « Dans ma propre maison de production ! Ca n’avait aucun sens. »

Les anedoctes fusent, il rectifie le tir de la présentation faite, il se rappelle de tout, a une mémoire phénoménale, un sens inoui de la narration. Même l’ami et collaborateur Noel Simsolo présent dans la salle est contredit dans ses souvenirs : « Mais si, rappelle toi, tu aimais bien Fassbinder, lui lance Noel. – Mais non ». On sent que leurs séances d’écriture doivent être animées d’un véritable ping pong verbal.
Il ne tarit pas d’éloge sur Godard évoque son cinéma en disant que quelqu’un qui est capable de réaliser un plan d’avion dans le ciel et de vous faire pleurer, « c’est du cinéma pur ».

« Godard, c’est du cinéma pur »

Il nous parle d’écriture filmique comme étant capitale et trop souvent absente. Selon lui les films devraient être une somme de plans, reliés par cette écriture filmique et non s’ajouter ou se succéder comme trop souvent sans fil. Il n’épargne pas les grands noms du cinéma, avoue ne pas aimer Pasolini qui pourtant lui vouait une grande admiration. Fassbinder l’ennuie, Renoir n’a pas fait que des chefs d’oeuvre et même raté certains plans comme celui de la métaphore sexuelle de La bête humaine qu’il estime grossière. Ses arguments sont tels qu’ils semblent toujours lui donner raison. Même s’il ajoute que cela n’engage que lui. A propos de Pasolini il dit que filmer un plan avec dix caméras n’a aucun sens.

Ce qui est vraiment un acte révolutionnaire c’est bien de choisir un seul axe

Lui préfère Fuller. Ou ses maitres, Jean Grémillon et Max Ophuls. Il évoque aussi Bresson et d’autres encore. Dans le cinéma français actuel, il aime Laurent Achard ou Philippe Lioret.  « Ses films, pas l’homme ». Alain Guiraudie aussi sauf son dernier film L’inconnu du lac.

On l’a compris Paul Vecchiali aime le franc parler et rester libre, indépendant. Sa filmographie impressionnante est due au fait qu’il travaille vite et en économie de moyen. Il est capable avec une avance sur recettes de monter plusieurs films à la fois. Il a tourné ses deux derniers longs métrages en parallèle, au même moment. Il jongle, réinvente, improvise. Il crée ses plans en fonction de l’espace, le décor jouant un rôle important. Il ne pardonne ni les trahisons ni les choix manquant d’audace comme celui de prendre Marcello Mastrioanni pour jouer un ringard. « Pourquoi ne pas donner sa chance à un vrai ringard ? ». Tellement juste.

Un homme dans le public évoquant un plan séquence de Corps à coeur lui dit que ce qui est beau dans ses plans séquences c’est justement qu’il n’est pas dans la prouesse, qu’il ne se regarde pas filmer. C’est exactement cela. Un cinéma à la fois instinctif, organique et magnifiquement écrit. Il rêve ses films avant de les fabriquer, il les a tous en tête.

La rencontre se termine sur son dernier film, Le cancre et Vecchiali nous confesse que c’est bien dans sa vie qu’il puise ses histoires et que la genèse de celui-là est née de retrouvailles sur Facebook avec un amour de jeunesse. Il a cette manière de raconter qui nous emporte, nous enveloppe, nous fait sourire, nous remue. Comme ses films.

La soirée se prolonge à discuter avec ses amis, acteurs (Astrid Adverbe, Pascal Cervo) puis le lendemain lors d’un couscous mémorable (merci Nadia !) avec son équipe technique qui raconte leur bonheur de travailler avec « Le maitre ». A l’unanimité, ils m’ont tous avoué que ses prochains films (C’est l’amour et Le cancre) étaient des « grands Vecchiali » et qu’il y était formidable comme acteur. On n’en doute pas et même on a hâte de les découvrir !

PAUL VECCHIALI, L’AMOUR A MORT

Demain a lieu une rencontre chez Potemkine avec le « maestro» Paul Vecchiali. Ce qui m’a donné envie de voir ou revoir quelques uns de ses films durant cette semaine encore morose. Je connais Vecchiali depuis toujours, de nom, comme on connaît certains peintres sans connaître réellement leur œuvre. J’avais vu Les larmes du sida, un des dix courts métrages de la série  L’amour est à réinventer. Je travaillais à l’époque à Little Bear qui produisait la série mais n’ai pas souvenir de l’avoir rencontré à ce moment-là, à l’instar de son ami et ancien assistant, l’adorable Jean-Claude Guiguet. Je n’ai découvert son oeuvre – ou du moins une partie, Vecchiali étant l’auteur d’une cinquantaine de films – que bien plus tard. A 85 ans, il vient de terminer son prochain film, Le cancre, avec à l’affiche Catherine Deneuve, Pascal Cervo et lui-même. Une belle rencontre en perspective.

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Difficile de définir en quelques mots le cinéma de Paul Vecchiali. Cet admirateur de Danielle Darrieux travaille comme il vit, raconte comme il respire, change de rôle, devient acteur, narrateur puis filmeur ou tout à la fois. Dans son dernier film, Nuits blanches sur la jetée, il campe le rôle du vieux conteur qui introduit l’histoire de Feodor et Natacha. Une façon d’annoncer le cinéma dans la vie, de transcender poétiquement son récit, d’ouvrir un champ des possibles. Il aime bien mêler les histoires, les genres, et même parfois théâtraliser comme le générique du Café des Jules qui vient soulager le spectateur de la tension de la scène finale. Est-ce pour signifier que cela reste du cinéma, que ce n’est pas la vraie vie ? Il s’intéresse pourtant toujours à des thèmes très réels comme la mort, le sida, la sexualité, la prostitution, et l’amour bien sûr, jamais loin de la mort. Ce qui caractérise son cinéma au fond, c’est peut être cette citation de Camus en exergue de Femmes femmes : « Oui croyez-moi, pour vivre dans la vérité, jouez la comédie ».

Jouissons sans entraves

Dans le cinéma de Vecchiali, on baise (à deux, à plusieurs, entre hommes, entre femmes), on se bagarre, on se tue, on boit (beaucoup), on rit, on chante (les chansons que compose Vecchiali), on danse, on vit. Vecchiali aiment les grandes tablées, la fête, les bars, les lieux qui rassemblent. Lui, dont Truffaut disait qu’il était le seul héritier de Renoir, qualifie son cinéma comme un cinéma de recherche. Chez lui tout est réinventer, pas seulement l’amour, son thème majeur. La comparaison à Renoir se justifie peut être aussi dans son talent à dresser un portrait générationnel et sociétal et malgré tout atemporel et universel. Tout le monde est représenté dans les films de Vecchiali, les riches les pauvres, les assassins, les putes, les cafetiers, les paumés, les homos, les hétéros, les bi, les pervers. Il s’intéresse à tous les travers, élimine les apriori, bouscule la morale bien pensante, titille nos perversions.

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La belle équipe

Dans le cinéma de Vecchiali, les femmes sont souvent « vieilles » et délaissées, pleines de désir, et ça tombe bien car il y a toujours des hommes pour les aimer éperdument, entièrement (Corps à cœur). Vecchiali aime grossir les traits, ou plutôt aime les personnages entiers, vivants, sans fadeur. Les femmes sont très maquillées, rient, pleurent, crient,  plus qu’ailleurs. Elles sont aussi simplement plus femmes dans leur quintessence. Parfois elles gardent leurs vrais prénoms ou s’appellent Rose. Les hommes, quant à eux, jouent aux durs, roulent un peu des mécaniques, se reniflent, se battent ou s’enfilent. Malgré ces traits tantôt grossiers tantôt subtils, ces hommes et ces femmes ont en commun d’aimer la vie, être ensemble, se souder les coudes, comme on le fait dans une équipe. S’il y en a un qui connait l’esprit d’équipe, c’est bien Vecchiali, aussi fidèle en amitié qu’avec ses équipes de tournage. Il travailla trente ans avec son chef opérateur Georges Strouvé et réunit autour de lui une vraie famille d’acteurs (Hélène Surgères, Patrick Raynal, Jacques Nolot…).

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L’amour à mort

Dans le cinéma de Vecchiali, ca parle d’amour, de mort, de vieillesse, de fatalité, d’amour passion, d’amour adultère, d’amour tarifé. Et de maladie. Du sida bien sûr (nous sommes en plein dans les années sida et Vecchiali perdra plusieurs de ses proches notamment son grand ami, Jacques Demy), du cancer aussi (sujet de son prochain film). Car on meurt beaucoup chez Vecchiali. D’un coup de couteau (Rosa la rose), d’une maladie, d’une balle en pleine tête. Vecchiali semble nous dire qu’au cinéma aussi, la mort est inéluctable. Il y a du romantisme dans ses films, dans l’idée que l’amour est plus fort que tout, plus fort que la mort qui rôde tel un fantôme, car rien ni personne ne peut nous enlever nos rêves d’amours. Pas même la mort.

« Je me lave je me rase et je divorce »

Dans le cinéma de Vecchiali, l’amour nait là où on ne l’attend pas, nous bouscule, nous surprend, nous met en danger et ne nous fait pas reculer. Il contourne tous les tabous, les amours vaines. Ainsi une femme peut tomber amoureuse de son étrangleur (L’étrangleur), ou un garagiste d’une vieille comédienne (Corps à coeur), une prostituée de son client (Rosa la rose), un homme d’un autre homme séducteur invétéré ou encore, une fille de son père (Once more, on pense évidemment à l’ami Demy). Même l’un des « Jules », en pleine déchéance, veut croire à une renaissance de l’amour et clame à qui veut l’entendre « Je me lave je me rase et je divorce ».

Dans ses films, on ne compte plus les scènes ou les dialogues mythiques (Femmes femmes en regorge).

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Entre tragédie grecque, comédie loufoque ou mélodrame populaire, le cinéma de Vecchiali demeure indéfinissable, justement en ce qu’il ressemble à la vie. La vérité est peut être là, au coeur de cette comédie humaine que sont les films de ce libre penseur, jamais las de sonder les affres de nos âmes.

A la vie à la mort, on vous aime Monsieur Vecchiali !

 

ASPHALTE : une chronique des petits riens

Lundi soir en me rendant à l’avant première du dernier film de Woody Allen et en découvrant un parterre bien trop dense (Grrrrrr ces maudits abonnés à Télérama ou autres auditeurs de France Inter) pour que je puisse avoir « ma » place au troisième rang, j’optai pour l’alternative Asphalte de Samuel Benchetrit. Portraits sensibles au coeur d’une cité bétonnée entre légéreté, poésie, burlesque et tragiques solitudes. Une jolie surprise.  

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Monsieur Sternkowitz (Gustave Kervern), le jeune Charly (Jules Benchetrit), Jeanne Meyer (Isabelle Huppert) et Madame Hamida (Tassadit Mandi) ont en commun d’habiter le même immeuble insalubre d’une cité anonyme. Ils confondent leurs solitudes dans les cages d’escalier et les couloirs tristes d’un immeuble où même la vie semble en panne (et pas seulement l’ascenseur). Trois rencontres vont pourtant changer leur quotidien monotone et s’entremêler dans un récit souvent drôle, parfois émouvant et joliment décalé.

Pourtant le film démarre de façon poussive enchainant des plans fixes des personnages répétant les mêmes gestes qui ne laissait pas augurer du meilleur, surtout quand on connait la tendance au pastiche de Benchetrit. Asphalte démarre donc comme un film de Roy Anderson (qui personnellement m’ennuie profondément) jusqu’à ce qu’un astronaute (Michael Pitt) tombe du ciel pour atterrir dans la cuisine de Madame Hamida.  Les trois histoires peuvent enfin se déployer et les personnages s’incarner.

On découvre alors un homme condamné à sortir de nuit dans son fauteuil roulant pour échapper à son interdiction d’ascenseur, un jeune garçon livré à lui-même et une femme bien trop heureuse de combler l’absence de son fils emprisonné. Le premier tombera amoureux d’une infirmière de nuit et lui fera croire qu’il est photographe reporter pour « international geographic ». Le second aidera sa voisine à accepter le temps qui passe pendant que Madame Hamida soignera son invité de marque comme son propre fils, avec amour et couscous. Cette dernière rencontre est aussi la plus belle parce qu’improbable, de ces rencontres qui ne se racontent pas, ne se dialoguent qu’avec le regard et le sourire et ouvrent sur un champ poétique de petits riens. Asphalte est un film fait de pas grand chose, et c’est déjà beaucoup.

LES DEUX AMIS, un conte atemporel

Avec son premier long métrage, Les deux amis, Louis Garrel nous raconte un « trouple » moderne entre amitié faillible, amour impossible, trahison inéluctable et Désenchantement clownesque.

Dans la famille Garrel je demande le fils. Louis, le beau Louis que l’on découvrit tout jeune dans Les innocents de Bertolucci puis dans Les amants réguliers de son père, Philippe. Deux films sur mai 68 qui à défaut d’annoncer une révolution en marche, dévoilaient un jeune talent à la beauté singulière entre romantisme et tourment contemporain dans la lignée d’un Jean-Pierre Léaud (qui n’est autre que son parrain). Depuis on ne le présente plus, il est devenu une icone du cinéma français d’auteur se baladant chez Honoré (souvent), Doillon, Dolan, Bonello, Valeria Bruni-Tedeschi (son ex-compagne), Brigitte Sy (sa mère) et bien sûr chez Philippe Garrel.

Le cinéma de papa

Il y a des familles de cinéma qu’on aime tout particulièrement. Parce qu’elles nous sont familières d’emblée, évoquent un cinéma qu’on aime, nous convient à leur table d’un film à l’autre et tissent des liens dans nos vies qui nous (r)attachent et nous relient. En ce qui me concerne, la famille Garrel en fait partie. J’ai découvert le père Philippe quand j’allais visionner des films à ce qui s’appelait encore la Vidéotheque de Paris, entre deux séances du Quartier latin. Le premier film que je découvris fut J’entends plus la guitare. Puis ce fut Les baisers de secours  (déjà avec Louis enfant), La cicatrice intérieure, La naissance de l’amour, autant de titres à la poésie parfaite et révélateurs d’un cinéma intimiste dans lesquels on était heureux de croiser Lou Castel, Yann Collette, Brigitte Sy, Jean Pierre Léaud, Benoit Régent et le regretté Maurice Garrel (dans la famille Garrel, le grand père donc).
Louis Garrel est le fruit de cette génération underground qui a vécu les années 60, Nico (qui fut la compagne de Philippe) et les Velvet, mai 68, à l’aube de la Nouvelle vague et d’un cinéma plus expérimental et plus artisanal, comme le montre le dernier film de Philippe Garrel, L’ombre des femmes.

On pourrait lui opposer le privilège de sa naissance, car le petit Louis est tombé vite dans la marmite du cinéma d’auteur, mais ce qui émeut dans son film c’est bien sa façon de vouloir rendre hommage à cet héritage-là tout en s’en affranchissant (parfois maladroitement) et en affirmant ses différences. Vendredi dernier à la conférence de presse lilloise, il affirmait se référer autant à du cartoon, qu’à Michel Blanc ou Cassavetes. Ca en agace certains. Moi, ça me touche. Comme me touche son film dans sa velleité à trop vouloir raconter. Il y a quelque chose de très juvénile dans son film, de presque indigeste par moment, mais toujours plein de vivacité et de débordements.

« Leur seul but, c’est d’être aimé »

Difficile de résumer Les deux amis, tant les personnages courent tous dans tous les sens et nous perdent parfois un peu. Les deux amis peint la rencontre de trois jolis losers sans but ni ambition précise. Clément (Vincent Macaigne), figurant de cinéma est tombé fou amoureux de Mona (Golshifteh Farahani) qui travaille dans une sandwicherie à la gare du nord. Clément ne comprend pas que Mona le repousse et lui refuse une soirée. Mais ce qu’il ignore c’est que Mona est en semi-liberté et doit rentrer le soir en prison.  Quand Abel (Louis Garrel), le meilleur ami de Clément s’en mêle, le chassé croisé ressemble de loin à la course de Jules et Jim le long de la voie ferrée. De loin seulement, car dans ce film, si l’on n’ignore pas les références de Garrel (fils), on doute un peu de l’authenticité des caractères. A trop vouloir s’échapper et enchainer les actions, il s’éparpille et nous égare. C’est en effet dans les scènes les plus lentes, qu’il nous raccroche à nouveau. Le film fait donc yoyo entre de très beaux moments (la scène de danse de Mona dans le bar, le dialogue entre Clément et Abel dans la chambre d’hôtel où ils réalisent que leur amitié est dépourvue de sens) et des moments presque inutiles comme la scène initiale où Abel est entourée de deux prostituées asiatiques. Garrel multiplie les informations sur ses personnages semblant oublier que la simple évocation est souvent plus efficace. Pourtant il revendique la référence au clown (et à Pierre Etaix) qui aurait du le mettre sur cette voie plus allusive.

Louis Garrel s’est donné un rôle central non emprunt d’auto-dérision où il campe un écrivain raté assez égoiste et dont l’amitié envers Clément s’avère plutôt vaine. C’est d’ailleurs dans cette interrogation sur l’amitié que le film est le plus intéressant. Clément et Abel sont amis pour échapper à leurs solitudes et faire face à la vie main dans la main. A deux c’est plus facile. Mais sont-ils vraiment bienveillants l’un pour l’autre ? Clément voit Abel comme un modèle, un ami solide, capable de l’aider et le réconforter avant de réaliser qu’Abel ne fait que l’enfoncer dans sa fragilité et profite de sa vulnérabilité pour apparaitre fort. Leur rapport de force s’inverse dans un registre tragi-comique laissant place aux scènes burlesques de l’hôtel aux dialogues enlevés (le film est co-écrit avec l’excellent Christophe Honoré). Abel et Clément ne sont plus amis, ainsi en a décidé Clément. La différence ? « C’est que là, je ne te paie plus ton coup à boire ! ».
L’amitié n’est finalement pas très éloignée de l’amour, on y projette nos propres désirs, nos propres envies entre mise à nu et faux semblants et avant tout on répond à notre inexorable besoin d’être aimé.

Le charme de Louis Garrel et de son film réside dans l’atemporalité de son sujet comme de ses personnages. On sent qu’il est bercé entre l’héritage d’une génération révolue et celui d’une nouvelle génération. Christophe Honoré l’avait bien compris en le choisissant pour incarner Nemours dans son adaptation moderne de La princesse de Clèves, La belle personne.

Louis Garrel n’est pas un coureur de fond, il accélère pour mieux ralentir et son film me fait penser à mon ami Carel qui, en pleine embrouille avec un type du genre agressif, après une courte hésitation, lui avait écrasé sa glace en plein visage, m’avait attrapé la main et s’était mis à courir, m’embarquant dans sa fuite. Les deux amis c’est un peu un cornet de glace en pleine face.

MIGUEL GOMES LE MAGICIEN DES 1001 NUITS

Ce soir était projeté en avant première un peu partout en France le volume 3 des Mille et une nuits de Miguel Gomes, L’enchanté, pour les plus impatients comme moi, déjà transportés par les deux premiers volumes. Les Mille et une nuits, c’est le projet fou d’un film tourné pendant 14 mois et qui « n’est pas une adaptation des Mille et une nuits mais s’inspire de sa structure » comme nous le rappelle un bandeau au départ.
On savait déjà que Miguel Gomes aimait mélanger les genres, brouiller les frontières. Là, il va encore plus loin. Et c’est magique.

 

Depuis ses premiers films, Miguel Gomes aime brouiller les pistes, abattre les frontières entre fiction et documentaire et raconter des histoires en conjuguant à tous les temps. Avec sa trilogie, Gomes dépasse ses propres frontières et l’on sent un aboutissemment presque souffrant de l’essence de son art qui se frotte à l’imaginaire comme au réel. Il annonce dès le départ s’être inspiré d’évènements entre juillet 2013 et aout 2014 où son pays a subi la crise très durement et où bon nombre de portugais se sont appauvris. Film politique ? Pas vraiment mais acte engagé pour réhabiliter tous les invisibles anonymes porteurs d’histoires, sûrement.

Gomes réinvente les histoires que raconte chaque nuit Shéhérazade au roi de Perse pour sauver sa peau. On bascule d’un temps à un autre sans aucune autre cohérence que celle du récit anachronique où se côtoyent des personnages fictifs et anciens à des personnages contemporains bien réels. Ainsi découvre-t-on des personnages venant de « L’antiquité du temps » nommés Paddleman. Gomes mêle donc les époques, les récits, les mythologies et les coutumes, les inventions et les faits réels, les narre en les plaçant au même niveau brisant ainsi l’idée d’une hiérarchie dans l’Histoire. Peu importe qu’ils aient existé ou non, qu’ils soient réels ou fictifs, contemporains ou antiques, toutes les personnes sont importantes du fait même qu’ils portent en eux    leur histoire. Et en cela le film devient réellement politique. Il mélange les acteurs professionnels et les amateurs, filme les animaux (le chien palmé Dixie, le Coq qui philosophe) au même plan que les humains. Seuls sont ridiculisés les hommes de pouvoir contraints à une érection permanente et honteuse. Les récits fusionnent, se complètent, se réflètent dans un jeu de miroir exactement comme dans Les Mille et une nuits.

De ce récit labyrinthique et borgien nait la magie du grand cinéma, celle d’un temps déconstruit, d’une invitation à la contemplation et d’une plongée baroque d’un délire humaniste. Car oui, il y a de l’humanisme dans ce film à donner la parole à tous ces héros du quotidien portugais souffrant de la crise, de la précarité, des injustices sociales. Miguel Gomes en fait des figures de conte au même titre qu’Aladin ou Sinbad le Marin.

Il faut voir ces hommes errer près des chantiers navals en décomposition, ces Magnifiques frappés par le chômage raconter leur survie quotidienne, ces pinsonneurs en banlieue de Lisbonne passant des heures à enregistrer le chant des oiseaux pour les « retourner » et gagner le concours annuel du plus beau chant. Les mots sont vains et Gomes sait aussi laisser place au silence et aux respirations entre les plans. Il alterne les scènes de foule, d’euphorie enchanteresse, de manifestations avec des scènes en solitaire comme la fugue interminable de Simao « Sans Tripes ».
Parfois on s’ennuie un peu et c’est bien aussi. Ca laisse la place au spectateur de projeter son propre imaginaire, ses propres histoires pour se mêler encore davantage à cette grande Histoire collective de comédie humaine.

Il faut voir les trois volumes pour être rattrapés par les précédents. Hier en sortant de L’enchanté, je repensai soudain à l’homme qui tous les ans décore le sapin de Noel de sa ville parce qu’il est le seul à être capable de grimper si haut pour illuminer l’arbre. Une seule fois, il participa à l’inauguration de l’illumination et en fut tellement ému qu’il s’effrondra en larmes et ne put jamais plus être présent les années qui suivirent. Je repensai aussi à l’exterminateur de frelons qui ingénieusement avec les moyens du bord eut raison du nid menaçant.

Gomes ne fabrique pas du beau en se regardant filmer, il le capture comme un pinson et le laisse chanter tout seul. Gomes est un magicien, un alchimiste, un pinsonneur ou seulement juste un homme qui sait regarder les autres avec amour.

Nous sommes toutes des nymphomanes (sauf ma mère)

Cette nuit n’arrivant pas à dormir, je regardai le premier volume de Nymphomaniac de Lars Von Trier. Il fait partie des films que je voulais voir et que j’ai manqué sans raison particulière. J’avais entendu que le deuxième volume était beaucoup moins bien, le genre de commentaires triviaux qui ne veulent rien dire mais qui arrivent quand même à vous refroidir. Quelques minutes de film et je ne l’étais plus (refroidie). Et même prête pour le volume 2.

Une nuit d’hiver, le vieux Seligman découvre une femme gisant au sol. Il la ramène chez lui et la femme, Joe, lui raconte son épopée érotique depuis son plus jeune âge. En huit chapitres (incluant le volume 2), elle explique son parcours sexuel de nymphomane, comme elle se qualifie elle même. Le vieil homme sage et philosophe l’écoute, ne la juge pas, émet des parallèles avec la pêche à la mouche ou une polyphonie de Bach. Joe reprend son récit, chronologique avec quelques entorces, quelques sauts en avant ou en arrière pour mieux rebondir sur son récit.

Lars Von trier a souvent été qualifié de misogyne parce qu’il filme des femmes martyres (Bess dans Breaking the waves), victimes (Dancer in the dark), ensorcelée (Anti Christ) ou névrotiques comme ici à travers le personnage de Joe qui s’attribue les pires vices dans sa course insatiable au désir sans amour. Apparemment filmer une femme qui condamne elle-même ses propres moeurs serait une manière de les condamner lui-même alors que le reste du monde trouverait ça normal. Quelle hypocrisie (le vice qui caractérise le mieux le genre humain selon Joe…) ! Si on ne peut nier le côté moralisateur du réalisateur-conteur Lars Von Trier, on ne peut pour autant pas le taxer de misogynie pour évoquer toute la souffrance inhérente aux actes de son personnage.

Lars Von Trier peint le portrait d’une femme dont les pulsions sexuelles sont telles qu’elles l’obligent à consommer les hommes sans répit pour assouvir son désir qui finit par s’éteindre au moment où elle aime un homme. Car jusque là, pas d’amour dans ses relations, du cul, de la bite, de la chatte, du foutre à en redistribuer à l’infini. Son amie B. également nymphomane lui avait pourtant juré que l’ingrédient secret du sexe était l’amour.

 Forget about love

 C’est peut être là que Lars Von Trier se montre le plus provocateur et du coup le plus controversé. Quand il dit à voix haute ce que tout le monde pense à voix basse. La plupart s’accorde à accepter le sexe sans amour qu’il soit masculin ou féminin (bien que cela semble tout de même plus évident pour les hommes) mais ce qui choque les détracteurs c’est que Joe se juge elle-même, se qualifie de « bad human being », s’autoflagelle en racontant son histoire à Seligman. Pourtant le vieux sage érudit, au-delà de toute morale, cherche sans cesse à analyser, à émettre des analogies pertinentes et jamais ne la juge. Il est en cela le double du réalisateur schyzophrène qui regarde des deux côtés. Et si Joe se maltraite autant, ce n’est que le revers d’une société malade et politiquement correcte. Il filme son personnage sans distance, nous embarque dans ce récit comme si c’était le notre et réveille en nous des pulsions lointaines que nous sommes tous capables de comprendre. L’hypocrisie est bien de les nier, de ne regarder ces pulsions que sous le miroir d’une amoralité délétère et repoussante.

Freud le premier a parlé des pulsions sexuelles existantes dès l’enfance. La différence avec Joe réside dans le passage à l’acte, dans l’impossibilité même qu’elle a à contrôler ses pulsions et dans le fait qu’elle n’éprouve rien pour les hommes. Elle ne cherche qu’à assouvir son désir mais si on parvient un instant à oublier combien l’amour est le moteur même de la vie, on peut se laisser aller à s’interroger sur nos propres fantasmes, notre propre désir et ne pas voir seulement dans cette histoire picaresque le parcours d’une femme dénuée de sentiment.

Joe se juge bien sévèrement, sans toutefois remettre en question son désir. Elle s’interroge davantage sur le mal qu’elle cause autour d’elle. C’est cela qui la fait souffrir et qui fait d’elle une « malade », une femme capable de quitter définitivement son foyer conjugal pour aller obtenir un nouvel orgasme en se faisant fouetter. La démesure, l’irraison ne sont que les symptomes de sa névrose. Et ses souffrances ne sont finalement que le résultat d’une incapacité à se satisfaire d’un modèle unique et sociétal (elle perd sa famille, son emploi).

Lars Von Trier interroge et bouscule : et si c’était l’amour la cause de notre perte bien plus que nos pulsions indicibles et inavouables (celles consenties des deux parties, il va sans dire) ? Derrière l’amour se cachent les ressentiments, les jalousies, la culpabilité, la colère, la passion. En multipliant ses orgasmes, Joe se libère de tout ça, dans une sorte de quête initiatique à ciel ouvert.

On peut aimer ou détester ce film, on peut essayer de le définir comme étant anti-humaniste, féministe, misogyne ou abject. Mais on peut aussi se dire que ce qui est mysogyne c’est peut être de croire qu’en dressant le portrait d’une femme qui place son désir au-dessus de tout par addiction, le réalisateur porte atteinte à l’image de la femme. A t-on qualifié Steve Mac Queen de misandrie quand il a filmé Michael Fassbender en addict sexuel dans Shame ?

En regardant ces deux volumes, je me suis dit qu’on était toutes potentiellement des nymphomanes (et les hommes des sex addict), car en cherchant l’amour partout, c’est aussi notre désir qu’on tente d’assouvir.

2 DAYS IN NEW YORK ou tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les femmes sans jamais oser le demander

Si vous approchez tranquillement de la quarantaine, que vous êtes une femme, que vous vous sentez sur la corde raide et craignez l’incontinence, alors ce film est pour vous.

Marion (Julie Delpy) est en couple avec Mingus (Chris Rock) et incarnent avec leurs deux enfants le rêve de la famille recomposée new yorkaise. L’une est artiste photographe prête à vendre son âme au premier riche venu dans sa galerie parce qu’elle n’y croit pas (à l’âme). L’autre est journaliste, chroniqueur radio sexy, intello et fan de Barack Obama (pas seulement parce qu’il est noir comme lui mais plutôt parce qu’avec lui, enfin avec son portrait grandeur nature, il peut parler de tout et développer une intimité virtuelle, moins ennuyeuse qu’un monologue).

La famille de Marion arrive pour assister au vernissage de son exposition. Le père (joué par Albert Delpy) comme la sœur et son petit ami-ex de Marion sont tous déjantés et bousculent  joliment la vie paisible de Mingus. Les dialogues sont enlevés, rapides et drôles, les situations donnent lieu à un joyeux bordel, à de franches engueulades et un dénouement qui prône l’amour avant tout. On a beau avoir du mal à vivre ensemble, à se supporter les uns les autres avec toutes nos failles et nos névroses, avec tous nos doutes et sans le mode d’emploi, c’est aussi bon de s’aimer que de rendre la liberté à un pigeon, c’est périlleux, chaotique mais c’est aussi ça la vie.

Et au fait 2 days in New York, ce n’est pas que pour les femmes de près de 40 ans, il s’adresse aussi à tous les gens qui n’ont « même pas peur » d’aimer.

SONATE D’AUTOMNE

L’autre jour j’ai revu le très beau Sonate d’automne d’Ingmar Bergman. Violent et cathartique.

Eva (Liv Ullmann) n’a pas revu sa mère, pianiste virtuose et célèbre interprétée par Ingrid Bergman, depuis 7 ans. Elle vit avec son pasteur de mari Victor dans le presbytère de la paroisse. Très vite, les retrouvailles prennent un goût amer, celui des reproches. Les masques tombent lorsque la mère, Charlotte découvre que Eva a recueilli sa sœur handicapée chez elle. Elle n’était pas prête à revoir sa deuxième fille et se confronter à l’époque où elle avait préféré la placer dans un institut. L’admiration d’Eva pour Charlotte s’est transformée en haine et Eva crie sa colère, sa souffrance et accuse sa mère d’en être responsable. La maison devient le théâtre de ce dialogue et la mise en scène incarne les sentiments des deux femmes par un jeu de distance sans cesse interrogé par des gros plans bouleversants. L’amour semble s’évanouir pour mieux réapparaitre et nous remuer.  Magnifiquement dérangeant.