SONATE D’AUTOMNE

L’autre jour j’ai revu le très beau Sonate d’automne d’Ingmar Bergman. Violent et cathartique.

Eva (Liv Ullmann) n’a pas revu sa mère, pianiste virtuose et célèbre interprétée par Ingrid Bergman, depuis 7 ans. Elle vit avec son pasteur de mari Victor dans le presbytère de la paroisse. Très vite, les retrouvailles prennent un goût amer, celui des reproches. Les masques tombent lorsque la mère, Charlotte découvre que Eva a recueilli sa sœur handicapée chez elle. Elle n’était pas prête à revoir sa deuxième fille et se confronter à l’époque où elle avait préféré la placer dans un institut. L’admiration d’Eva pour Charlotte s’est transformée en haine et Eva crie sa colère, sa souffrance et accuse sa mère d’en être responsable. La maison devient le théâtre de ce dialogue et la mise en scène incarne les sentiments des deux femmes par un jeu de distance sans cesse interrogé par des gros plans bouleversants. L’amour semble s’évanouir pour mieux réapparaitre et nous remuer.  Magnifiquement dérangeant.

LES ADIEUX A LA REINE

Voir un film de Benoit Jacquot me rend toujours heureuse. Et là peut être plus encore parce que j’allais enfin combler mon impatience de découvrir ces Adieux à la reine et  partager ce moment avec ma fille.

J’aime profondément ce cinéaste qui n’a pas son pareil pour filmer le trouble et l’instant où tout  bascule. La minute, la seconde vertigineuse, celle que l’on vit parfois et qui nous retourne sans qu’on n’y comprenne rien. Le récit commence le 14 juillet 1789 et les sujets de Versailles essayent tant bien que mal de comprendre ce qui se passe à la Bastille. Sidonie Laborde, lectrice de la reine, erre dans les couloirs du château en attendant d’être appelée auprès d’elle. Sa fascination l’aveugle et Sidonie ne vit que pour ces courts instants aux côtés d’une reine aussi manipulatrice qu’éperdument amoureuse. Léa Seydoux habite chaque plan avec grâce et innocence et dans ce chaos, rien ne semble exister d’autre que cette appréhension amoureuse de l’absence de l’être aimé. Sidonie a peur pour la reine (éblouissante Diane Kruger) et Marie Antoinette a peur pour sa protégée duchesse de Polignac (Virginie Ledoyen). Dans ce triangle amoureux entre ingratitude et un certain machiavélisme, on retrouve les thèmes chers à Jacquot et son ineffable talent pour capturer l’errance, la perte de soi et le désordre amoureux.

Un plan sublime dans les couloirs sordides du château où s’entassent nobles et serviteurs met en scène Sidonie, tellement épuisée qu’elle s’est endormie au milieu de cette foule agitée. La peur envahit les gens qui s’échangent les dernières rumeurs, quand soudain appelée par la reine, Sidonie se réveille et se met à courir, à chanceler parmi les autres. La caméra ne la quitte pas, prend sa place même et tout est là : son espoir, ses peurs, son amour, son insouciance et sa liberté d’aimer.

La reine désespérée se prépare à quitter les lieux mais ne ne peut se résoudre au silence de la duchesse qui s’est retirée dans ses appartements. La duchesse lui résiste, insoumise et légère, et Marie Antoinette ne peut le supporter. Elle se confie à Sidonie. Qui d’autre qu’elle pourrait en effet mieux la comprendre ? Elle qui ne peut se passer de sa présence. La révolution est en marche et pourtant seule sa souffrance amoureuse semble dévaster la reine. Le film n’a d’historique que son contexte et son décor, et nous dévoile à travers le regard fiévreux de Léa-Sidonie (dans son plus beau rôle) un Versailles underground et finalement très actuel dans une atmosphère mêlant la peur, le désir et les tremblements.