SERENADE A TROIS au Festival Lumière 2016

Cette année, le Festival Lumière rend hommage aux grandes actrices qui ont fait Hollywood dans le cadre d’une sélection absolument jubilatoire  Hollywood, la cité des femmes“. Impossible donc de faire l’impasse sur Miriam Hopkins dans l’un des grands films américains de Lubitsch (mais y en a-t-il des petits ?), Sérénade à trois (Design for living).

Gilda (l’espiègle et délicieuse Miriam Hopkins) est caricaturiste pour une grande compagnie et rencontre dans un train en France deux artistes, Tom (Frederic March), auteur dramatique et George (l’irremplaçable Gary Cooper), artiste peintre. L’attirance mutuelle est immédiate entre les trois. Gilda devient leur muse et ils s’installent ensemble en décidant un “gentlemen’s agreement“ : no sex ! Le problème c’est que Gilda n’a rien d’un gentleman…

Sorti en 1933, Sérénade à trois est l’adaptation d’une pièce de Noel Coward excellemment réécrite par Ben Hecht et d’une modernité impertinente. Les premières minutes muettes de la scène du train où Gilda croque Tom et George (déjà !) pendant leur sommeil annoncent toute l’insolence et l’anti-conformisme du film. Pas question pour Gilda d’avoir à choisir entre ces deux « chapeaux“ pour reprendre l’une des métaphores du film, elle les aime tous les deux. Pas question non plus de briser leur amitié et Gilda devient leur “mother of the arts“, sorte d’impresario. Chacun semble donc contenir la tension sexuelle qui les habite jusqu’à ce que Tom parte à Londres pour suivre les répétitions de sa pièce qui vient d’être achetée. Le triangle se sépare et ne restent que George et Gilda, esseulés.

Sérénade à trois reste aujourd’hui une des plus réjouissantes comédies de Ernst Lubitsch et une ode éternelle à l’art, à la vie de bohème, au désir et à l’impertinence.“

Dans ce jeu de chaises musicales, les uns et les autres se trahissent pour mieux s’aimer car comme dit Gilda « c’était inévitable ». Quand Tom revient leur rendre visite, c’est au tour de George d’être remplacé. Le génie de Lubitsch est d’utiliser le hors champ et l’ellipse brillamment ce qui donne lieu à des scènes désormais mythiques comme celle où George assis entre les deux amants réalise peu à peu en regardant Tom qu’il est un peu tôt pour porter un smoking. S’ensuivent en off des bruits de vaisselle cassée et un nouveau jeu de chaises musicales où c’est au tour de Gilda de s’éclipser pour rejoindre son patron et prétendant Max Plunkett (excellent Edward Everett Horton, un « régulier » du cinéma de Lubitsch).

serenade-a-trois

La casting est parfait, Miriam Hopkins est pétillante et malicieuse et en volerait presque la vedette aux deux autres, Gary Cooper dans un rôle de bourru sensible est à son habitude irrésistible (Gilda dit de lui avec tendresse “he’s a kind of barbaric“), quant à Frederic March, il s’impose comme la troisième roue d’un triporteur bien huilé (comme sa machine à écrire). Les dialogues sont formidables et on aurait envie de noter chacune des répliques tant elles sont percutantes et hilarantes à l’instar du fameux “Immorality may be fun but it isn’t fun enough to take the place of 100% virtue and three square meals a day“ ou du “Delicacy is the banana peel under the feet of truth“. 

Parions que le maitre de la comédie hollywoodienne a du faire grincer quelques dents en s’emparant du sujet subversif et « amoral » qu’est le triangle amoureux avec autant de légèreté et d’humour. Sérénade à trois reste aujourd’hui une des plus réjouissantes comédies de Ernst Lubitsch et une ode éternelle à l’art, à la vie de bohème, au désir et à l’impertinence. Un film indispensable.

ARIANE ou l’amour l’après-midi

J’ai revu Love in the afternoon de Billy Wilder avec le couple Audrey Hepburn – Gary Cooper et j’avais oublié combien ce film était joli et impertinent.

Adapté du roman de Claude Anet, le film raconte comment une jeune femme, Ariane (ravissante et malicieuse Audrey Hepburn) s’éprend d’un richissime american lover plus tout jeune mais au charme incontestable (Gary Cooper, 57 ans, toutes ses dents et un corps encore très athlétique). Ariane vit à Paris, décor de bon nombre d’amours licites et illicites, avec son père (Maurice Chevalier), détective privé chargé par des maris suspicieux d’enquêter sur leurs femmes. Ariane surprend une discussion entre son père et un mari trompé qui jure d’aller éliminer l’amant de sa femme dans la suite 14 du Ritz que ce dernier occupe. Elle décide alors d’agir et de sauver la vie de cet homme, au passé de Don Juan et de séducteur invétéré mais dont elle est tombée éperdument amoureuse.

Le serial lover Franck Flannagan préfère la légèreté d’une histoire sans lendemain au mélo romantique d’une relation amoureuse. Ariane le sait, d’ailleurs elle sait beaucoup de choses sur lui, elle qui aime à fouiner dans les dossiers de son père. Cela ne l’arrête pas, au contraire, l’innocente jeune femme joue sur les apparences, en manipulant Flannagan et en s’inventant un nombre considérable d’amants.

Et c’est là où cela devient très jouissif pour nous spectateurs. On assiste à un véritable renversement des rôles orchestré par une mise en scène très Lubitschienne (ce film est un véritable hommage au maitre de Wilder, Ernst Lubitsch). La suite 14 devient le décor ritualisé de leurs rencontres et Ariane déstabilise son amant au rythme des musiciens tziganes qui les accompagnent partout. Le mensonge de son apparente désinvolture aura raison du séducteur. L’amour est plus fort que la légèreté de l’être car rien ne vaut le trouble et la passion qu’il insuffle.

A voir et revoir jusqu’à ce qu’amour s’ensuive.