LES INFIDELES

On imagine très bien Jean Dujardin et Gilles Lellouche attablés à une terrasse de café en train de déconner sur le thème de l’infidélité et de donner naissance à leur film à sketches Les infidèles.
Pourquoi pas après tout ? Mis en scène par six réalisateurs différents, on aurait pu s’attendre à six portraits bien distincts de types infidèles. Il n’en est rien. On passe de l’obsédé qui a une bite en guise de cerveau au quarantenaire aisé qui s’affole devant une très jeune fille ou au cadre dynamique et lourdaud en mal d’affection (comprendre « sexe »). Et finalement ils se ressemblent tous, des types un peu tristes qui répondent à leur besoin de plaire comme d’autres répondent à leur envie de manger. Des sentimentaux refoulés et parfois pathétiques. Ou juste des homosexuels non avoués. On aurait aimé davantage de subtilité, d’originalité et d’audace (à part le dernier sketch qui assume jusqu’au bout la théorie de l’homosexualité refoulée), montrer autre chose que cette infidélité mensongère et inavouable, autre chose que ce portrait de types lâches. Et si l’infidélité ce n’était pas qu’affaire de morale ?

Le film, s’il est très inégal, sonne pourtant  juste quand il n’essaye pas de répondre aux raisons qui poussent un homme dans les bras d’une autre et préfère à ces réponses les silences éloquents des personnages interprétés par le duo.

Alors que reste-t-il de toute cette infidélité crasse et consensuelle ? Pas grand chose, si ce n’est qu’Alexandra Lamy a raison : son mari vieillit bien !

 

AND THE OSCAR GOES TO…

He made it ! Notre Loulou national vient de remporter l’oscar du meilleur acteur !

Alors que vendredi soir, la France a préféré récompenser Omar Sy, les américains ont élu Jean Dujardin meilleur acteur de cette cuvée 2012.

Faut-il le rappeler, Jean Dujardin est le premier acteur français à recevoir un tel prix. Et pour couronner le tout, il passe devant deux grandes stars hollywoodiennes, j’ai nommé Brad Pitt et George Clooney. De quoi être un peu fier !

Le film a d’ailleurs remporté quatre autres prix dont celui du meilleur réalisateur pour Michel Hazanavicius et du meilleur film. Un tiercé gagnant pour un film tourné à Hollywood  et véritable éloge au cinéma américain des années 20.

On peut se demander dès lors ce qu’ont récompensé les américains à travers ce film. Une histoire qui est la leur ou la capacité des français à les pasticher si génialement ?

Peu importe finalement, on est juste contents, comme pour une coupe du monde, on se sent tous comme faisant partie de l’équipe. Et on imagine le bonheur des cinquante français venus les soutenir et les accompagner comme Thierry Frémaux, Gilles Lelouche.

Le premier mot qui m’est venu en entendant la nouvelle est le même que celui que Jean Dujardin a lâché, la statuette dans la main : « Putain ! »

Et le « beauf » qui sommeille en nous a envie de dire : on a ga-gné !

AVE CESAR

Je ne sais pas pourquoi tous les ans (ou presque) je m’obstine à regarder la cérémonie des césars. Il faut dire que cette année, la sélection était très hétéroclite, du phénomène Intouchables à L’Apollonide de Bertrand Bonnello et laissait croire à de bonnes surprises.

Mais la soirée s’est avérée aussi ronronnante et ennuyeuse que d’habitude.
De Caunes malgré quelques remarques audacieuses n’était pas au meilleur de sa forme et les heureux gagnants nous ont  gratifiés de remerciements soporifiques et interminables.

Mais la curiosité m’a fait tenir jusqu’au bout (3 longues heures dans cette grande et belle famille du cinéma français, paillettes et rictus confondus) pour entendre sonner le verdict finalement tant attendu : 6 oscars pour The artist (dont meilleur réalisateur, meilleur film et plus étonnant, meilleure actrice pour Bérénice Béjo qui passe ainsi devant les excellentes Marina Fois, Karine Viard et Valérie Donzelli ! no comment). Jean Dujardin reste sur le carreau puisque le césar du meilleur acteur a été attribué à Omar Sy.

On reste vraiment sur notre fin et on ne peut s’empêcher d’être désolé pour Valérie Donzelli qui repart bredouille avec son magnifique La guerre est déclarée et pour Maiwenn et son  Polisse qui ne remporte que deux césars sur ses 13 nominations.

Bon c’est sûr l’année prochaine je ne regarderai pas ! Heureusement dimanche soir il y a les Oscars…

THE ARTIST

Ce soir, je suis allée voir The artist avec mes filles.

Pas parce que je venais de défendre Jean Dujardin (cf. article précédent). Non juste parce que j’avais envie de le voir depuis un moment mais mes enfants étant plus réticentes, j’avais abandonné l’idée. Pourtant on peut dire qu’elles sont habituées à voir des vieux films. Ma plus jeune fille m’a même rappelé ce matin que je leur avais montré Le pirate noir avec Douglas Fairbanks, et qu’elle n’était pas emballée de voir notre OSS 117 national en version muette et en noir et blanc.

Je ne regrette pas d’avoir insisté. The artist est un film magnifique, bouleversant, subtil et nous ramène à l’essence même du cinéma. La magie opère à chaque instant, et semble entourer le film depuis sa genèse. Imaginez un peu un type assez fou (Michel Hazanavicius) pour lancer en 2011 : « Tiens j’ai envie de réaliser un film muet en noir et blanc sur une star de Hollywood dans les années 20 ». Et un autre type (Thomas Langmann) qui lui répondrait « Ok je te suis, vas-y on fonce, I am in ! »

Si ça ce n’est pas magique déjà ! Oser pasticher les plus grands (on pense évidemment à Chaplin mais pas seulement) dans leur pays d’origine et y parvenir avec autant de talent, de délicatesse, d’imagination.

La bande annonce avait l’air de raconter tout le film en deux minutes, mais il n’en est rien. The artist c’est l’histoire d’une star qui refuse obstinément le passage au cinéma parlant et va courir à sa perte par orgueil. Mais c’est aussi une véritable histoire d’amour, entre Peppy Miller, élue nouvelle star du cinéma parlant et lui. Une histoire d’amour qui parait impossible et qui pourtant ne les quitte jamais.
Mais ce qui nous éblouit au-delà de cette histoire et de cet hommage rendu au septième art, ce sont toutes les jolies trouvailles de mise en scène, poétiques et inventives, comme ce bras glissé par Peppy dans la veste de George Valentin pour s’enlacer elle-même, ou comme cette très belle scène de danse des pieds où les deux protagonistes se retrouvent sans se voir. Chaque plan nous replonge dans une émotion première, celle qui nous rappelle qu’un film c’est avant tout une représentation, un spectacle qui nous touche, nous fait rêver, rire et pleurer dans ce qu’il a de plus universel, d’immortel et d’essentiel.

Dans une scène où Peppy Miller, devenue star, est interviewée, elle explique aux journalistes que son succès est lié aux possibilités offertes par le cinéma parlant, la parole effaçant tous les gestes superflus. Pourtant des deux c’est elle qui minaude le plus.Le regard anéanti de George Valentin, assis juste derrière elle, prouve le contraire. L’émotion vient de l’expression et du corps, pas seulement des mots. George Valentin joue des rôles d’aventuriers, il bouge, saute, court, tue, délivre, sans un mot. Comme il reste muet devant sa femme qu’il délaisse. Le monde de George est muet, mais quels mots pourraient s’ajouter à l’image de lui englouti par les sables mouvants ? Et si finalement ce n’était pas les gestes qui étaient superflus mais les mots ?

Jean Dujardin (bah oui j’y arrive enfin !) est stupéfiant et là encore, on se dit que les mots sont vains. On a juste envie de se lever, de lui sourire, de le remercier du regard, de l’applaudir et de danser comme lui.

Et on espère vivement que la magie opérera jusqu’au 26 février…..

LES INFIDELES, un faux scandale

Alors que Jean Dujardin est sur le point de devenir le frenchy le plus envié et le plus récompensé (en course pour l’oscar du meilleur acteur), une ombre vient se greffer au joli tableau et menacer sa possible récompense : les affiches de son dernier film Les infidèles ont fait l’objet de plaintes et viennent d’être retirées par JC Decaux.

Or on le sait, Hollywood est prude, ne tolère pas le scandale et ne plaisante pas avec la morale.

Mais où est le scandale ? Les affiches montrent Jean Dujardin et Gilles Lelouche dans des positions très suggestives certes, mais qui ne font que servir le propos et l’humour du film (que je n’ai pas vu par ailleurs, mais étant donné la bande annonce, on ne s’étonnera pas de cet affichage provocant). Non franchement, je ne vois pas de scandale dans ces affiches et que ceux qui trouveront que l’image de la femme y est dégradée, salie, s’interrogent un peu : non seulement la pratique de la fellation (ou de n’importe quel acte sexuel) peut être consentie et désirée et en aucun cas un acte avilissant pour la femme, mais j’ajouterai qu’à l’heure de la vulgarité télévisuelle la plus sauvage, il me parait plus qu’ironique de censurer des affiches pour leur représentation sexuelle soit disant « inacceptable ».

Je ne défends certes pas le choix de ces affiches que je juge aussi clichées que modérément drôles, mais je défends une forme de liberté d’expression, qui semble très menacée ces derniers temps.

Que faut-il comprendre derrière ceci ? Que nous vivons dans un monde où c’est acceptable de participer à des realityshows immondes avec des hommes et des femmes prêts à tout pour passer à la télé (quitte à finir comme Loana), où c’est acceptable de voir danser le cul des femmes aux côtés de Sean Paul, où c’est acceptable d’entendre Jean-Pierre Pernaud et ses blagues populistes, où c’est acceptable de faire un reportage sur les mal logés (3,6 millions selon la fondation Abbé Pierre) après avoir parlé de l’entrée en bourse de Facebook et de ses salariés devenus millionnaires. Mais en revanche c’est inacceptable (au point de retirer les affiches) de voir des hommes dans des positions évocatrices et provocantes sur les colonnes Morris !

Il faut croire que nous sommes dans la semaine de l’affichage censuré. Après celles de Guillon dont le caractère trop politique a été jugé irrecevable, voici Les infidèles.

Je pense que cela ne nuira pas au film, au contraire, bien parti pour être un gros blockbuster.
En revanche, j’espère que les Américains sauront être au-dessus de cette fausse polémique. Car on soutient Jean à fond pour l’oscar (tout comme le Petit journal qui a d’ailleurs réagi avec beaucoup d’humour hier à cette nouvelle, en transformant à leur tour les affiches de George Clooney, en lice pour le même prix). Pas parce qu’on est chauvin, mais juste parce qu’on l’aime bien Jean Dujardin (je fais mon Jean-Luc Mélanchon, je dis « on » mais je pourrais dire »je »,
j’assume !). C’est peut être un des rares acteurs « populaires » aussi talentueux que drôle et émouvant, capable de jouer dans un gros nanar sans avoir l’air ridicule. Et puis ce serait le premier homme français à gagner l’oscar du meilleur acteur. And the winner is….

RICKY GERVAIS HILARANT AUX GOLDEN GLOBES

Ces derniers jours ont vu la consécration de The artist et de son acteur Jean Dujardin aux Golden Globes.La presse a très largement couvert cet évènement et partout l’on voyait Jean Dujardin en train de danser des claquettes en imitant Douglas Fairbanks ou, pire, sa femme, brandissant son portable pour enregistrer ce moment, ou pire encore, le sein de sa femme s’échappant de sa robe lors de leur étreinte. Cela pourrait s’appeler « Chouchou et Loulou à L.A ».

Mais ce qu’on a moins vu dans les medias, c’est le discours d’ouverture hilarant du génial Ricky Gervais, qui n’épargne pas grand monde devant ce joli parterre hollywoodien.
Et dire qu’ils le réinvitent tous les ans à présenter la cérémonie… On peut dire que les américains ont de l’humour !