LES INFIDELES

On imagine très bien Jean Dujardin et Gilles Lellouche attablés à une terrasse de café en train de déconner sur le thème de l’infidélité et de donner naissance à leur film à sketches Les infidèles.
Pourquoi pas après tout ? Mis en scène par six réalisateurs différents, on aurait pu s’attendre à six portraits bien distincts de types infidèles. Il n’en est rien. On passe de l’obsédé qui a une bite en guise de cerveau au quarantenaire aisé qui s’affole devant une très jeune fille ou au cadre dynamique et lourdaud en mal d’affection (comprendre « sexe »). Et finalement ils se ressemblent tous, des types un peu tristes qui répondent à leur besoin de plaire comme d’autres répondent à leur envie de manger. Des sentimentaux refoulés et parfois pathétiques. Ou juste des homosexuels non avoués. On aurait aimé davantage de subtilité, d’originalité et d’audace (à part le dernier sketch qui assume jusqu’au bout la théorie de l’homosexualité refoulée), montrer autre chose que cette infidélité mensongère et inavouable, autre chose que ce portrait de types lâches. Et si l’infidélité ce n’était pas qu’affaire de morale ?

Le film, s’il est très inégal, sonne pourtant  juste quand il n’essaye pas de répondre aux raisons qui poussent un homme dans les bras d’une autre et préfère à ces réponses les silences éloquents des personnages interprétés par le duo.

Alors que reste-t-il de toute cette infidélité crasse et consensuelle ? Pas grand chose, si ce n’est qu’Alexandra Lamy a raison : son mari vieillit bien !

 

LES INFIDELES, un faux scandale

Alors que Jean Dujardin est sur le point de devenir le frenchy le plus envié et le plus récompensé (en course pour l’oscar du meilleur acteur), une ombre vient se greffer au joli tableau et menacer sa possible récompense : les affiches de son dernier film Les infidèles ont fait l’objet de plaintes et viennent d’être retirées par JC Decaux.

Or on le sait, Hollywood est prude, ne tolère pas le scandale et ne plaisante pas avec la morale.

Mais où est le scandale ? Les affiches montrent Jean Dujardin et Gilles Lelouche dans des positions très suggestives certes, mais qui ne font que servir le propos et l’humour du film (que je n’ai pas vu par ailleurs, mais étant donné la bande annonce, on ne s’étonnera pas de cet affichage provocant). Non franchement, je ne vois pas de scandale dans ces affiches et que ceux qui trouveront que l’image de la femme y est dégradée, salie, s’interrogent un peu : non seulement la pratique de la fellation (ou de n’importe quel acte sexuel) peut être consentie et désirée et en aucun cas un acte avilissant pour la femme, mais j’ajouterai qu’à l’heure de la vulgarité télévisuelle la plus sauvage, il me parait plus qu’ironique de censurer des affiches pour leur représentation sexuelle soit disant « inacceptable ».

Je ne défends certes pas le choix de ces affiches que je juge aussi clichées que modérément drôles, mais je défends une forme de liberté d’expression, qui semble très menacée ces derniers temps.

Que faut-il comprendre derrière ceci ? Que nous vivons dans un monde où c’est acceptable de participer à des realityshows immondes avec des hommes et des femmes prêts à tout pour passer à la télé (quitte à finir comme Loana), où c’est acceptable de voir danser le cul des femmes aux côtés de Sean Paul, où c’est acceptable d’entendre Jean-Pierre Pernaud et ses blagues populistes, où c’est acceptable de faire un reportage sur les mal logés (3,6 millions selon la fondation Abbé Pierre) après avoir parlé de l’entrée en bourse de Facebook et de ses salariés devenus millionnaires. Mais en revanche c’est inacceptable (au point de retirer les affiches) de voir des hommes dans des positions évocatrices et provocantes sur les colonnes Morris !

Il faut croire que nous sommes dans la semaine de l’affichage censuré. Après celles de Guillon dont le caractère trop politique a été jugé irrecevable, voici Les infidèles.

Je pense que cela ne nuira pas au film, au contraire, bien parti pour être un gros blockbuster.
En revanche, j’espère que les Américains sauront être au-dessus de cette fausse polémique. Car on soutient Jean à fond pour l’oscar (tout comme le Petit journal qui a d’ailleurs réagi avec beaucoup d’humour hier à cette nouvelle, en transformant à leur tour les affiches de George Clooney, en lice pour le même prix). Pas parce qu’on est chauvin, mais juste parce qu’on l’aime bien Jean Dujardin (je fais mon Jean-Luc Mélanchon, je dis « on » mais je pourrais dire »je »,
j’assume !). C’est peut être un des rares acteurs « populaires » aussi talentueux que drôle et émouvant, capable de jouer dans un gros nanar sans avoir l’air ridicule. Et puis ce serait le premier homme français à gagner l’oscar du meilleur acteur. And the winner is….