FIN DE CAVALE POUR JEAN ROCHEFORT

Décidément cette année aura été fatidique pour bon nombre de monuments du cinéma. Après Jeanne Moreau, Claude Rich et tout récemment Anne Wiazemsky, on apprend à l’instant avec immense tristesse la disparition de Jean Rochefort. Il avait 87 ans.

Difficile de résumer la longue carrière du moustachu le plus célèbre du cinéma français. Jean Rochefort, c’était avant tout une voix chaude, un regard malicieux, un grand sens de humour, un rire communicatif et une classe légendaire. Né à Paris, il suit les cours du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris avec ses amis Marielle, Belmondo et Rich et démarre sa carrière d’acteur dans les années 50. Il se fait connaitre avec Cartouche de Philippe de Broca, avec qui il tournera trois autres films dont Le cavaleur. En 1972, il tourne Le grand blond avec une chaussure noire d’Yves Robert qui ouvre le début d’une longue collaboration avec lui (8 films sur 20 ans). Il devient dès lors l’un des acteurs les plus populaires du cinéma français et le public le connait surtout pour ses apparitions mémorables dans des comédies désormais mythiques telles Un éléphant ça trompe énormément, Le grand blond Le Placard ou Astérix et Obélix : au service de sa Majesté. Jean Rochefort était aussi un grand acteur de films dramatiques et sera d’ailleurs récompensé d’un césar du meilleur acteur dans un second rôle pour sa formidable interprétation de l’Abbé Dubois dans Que la fête commence de Bertrand Tavernier avec qui il avait déjà tourné L’horloger de Saint-Paul, et d’un césar du meilleur acteur en 1978 pour Le Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer. Il sera par la suite récompensé à quatre reprises.

Fou de chevaux, il avouait sans fard avoir tourné quelques nanars qu’il s’amusait à nommer « films d’avoine » pour financer sa passion. On retiendra surtout ses apparitions chez Bunuel (Le fantôme de la liberté), Tavernier, Salvadori (Cible émouvante), Patrice Chéreau (Ridicule),  Patrice Leconte (Tandem, Le mari de la coiffeuse), Terry Gilliam dans son film inachevé sur Don Quichotte et bien sûr Yves Robert qui a su parfaitement utiliser le charme mêlé de flegme et de malice de l’acteur.

Hospitalisé depuis août dernier, Jean Rochefort a fini par rejoindre ses amis de la « bande du Conservatoire », Philippe Noiret et Claude Rich. Parions qu’ils cavalent ensemble au paradis.

 

JEANNE MOREAU : portrait d’une femme libre

Lundi dernier, l’explosive Jeanne Moreau s’est éteinte paisiblement. Un mythe s’en est allé, retour sur sa carrière impressionnante.

La fureur de jouer

Née à Paris en 1928, Jeanne Moreau passe son enfance à Vichy avant de rentrer à Paris finir ses études. Contre l’avis de ses parents, elle s’inscrit au conservatoire national d’art dramatique de Paris et participe au tout premier Festival d’Avignon. En 1947, elle devient pensionnaire de la Comédie française mais démissionne en 1952, pour rejoindre le TNP de Jean Vilar. A cette époque, elle se voit offrir ses premiers rôles au cinéma sous la caméra de Richard Pottier en 1950, puis de Jacques Becker avec Touchez pas au Grisbi en 1954.

Louis, François, Jacques et les autres

En 1956, Jeanne Moreau rencontre Louis Malle qui lui offre son premier grand rôle : Florence Carala dans Ascenseur pour l’échafaud. Le film précurseur de la Nouvelle Vague comptera parmi ses plus grands rôles. Comment en effet oublier son errance nocturne à la recherche de Julien, son amant et complice (sublime et regretté Maurice Ronet) coincé dans un ascenseur ? Sur la musique signée Miles Davis, Ascenseur pour l’échafaud révèle toute la modernité et le talent de Louis Malle dont c’est le premier film ainsi que la sensualité et le pouvoir évocateur de Jeanne Moreau. Louis Malle, qui sera un temps son amant, lui offre un second rôle l’année suivante (1958) avec Les amants où elle incarne une riche provinciale plongée dans l’ennui de sa vie futile et qui alors qu’elle tombe en panne, rencontre un homme (Jean Louis Bory) avec qui elle passe la nuit sous son propre toit. La scène d’amour des Amants fera scandale, mais n’empêchera pas le film de remporter le prix du jury à Venise.

Les années 60 sont fastes pour Jeanne Moreau qui tourne sous la caméra de Michelangelo Antonioni aux côtés de Marcello Mastroianni et Monica Vitti (La Notte), de Joseph Losey (Eva), d’Orson Welles (Le procès), de Jacques Demy (La baie des anges), de François Truffaut (Jules et Jim) ou de Luis Buñuel (Le journal dune femme de chambre). Femme fatale chez Losey (plus sensuelle que jamais dans cette scène où elle se déshabille sur du Billie Holiday), femme perdue chez Antonioni, joueuse infatigable chez Demy, indécise amoureuse chez Truffaut, justicière chez Buñuel, Jeanne Moreau se révèle inclassable et surprenante. Elle fait d’ailleurs de nombreux choix audacieux dans sa filmographie allant jusqu’à accepter de ne percevoir aucun cachet et même aider financièrement le film comme elle le fit pour Jules et Jim dont le tournage fut bloqué un temps.

Jeanne, libre et éclectique

La suite de sa carrière est telle qu’il est impossible de tout citer. Parmi sa riche filmographie, on retiendra deux autres films avec Louis Malle (Le feu follet et Viva Maria avec Brigitte Bardot), La mariée était en noir de Truffaut, Peau de banane de Marcel Ophüls, Le dernier Nabab d’Elia Kazan avec Robert De Niro, Les Valseuses de Bertrand Blier, Monsieur Klein de Joseph Losey puis dans les années 80, Querelle de Fassbinder (adapté de Jean Genet) ou Le miraculé de Jean-Pierre Mocky. Jeanne Moreau est exigeante mais pas sectaire et jouera aussi bien pour Peter Handke (L’absence), Wim Wenders (Jusqu’au bout du monde), Theo Angelopoulos (Le pas suspendu de la cigogne) ou Amos Gitai que pour Luc Besson (Nikita) ou Alex Lutz chez qui elle apparait dans son ultime film. Qu’elle incarne le rôle principal ou une simple apparition, Jeanne Moreau marque sa présence. Des apparitions elle en a fait de nombreuses, par amitié, par affinité cinématographique, comme chez Godard dans Une femme est une femme où Belmondo fait un joli clin d’oeil aux films qu’elle vient de tourner ou dans Les 400 coups de Truffaut où elle joue une passante qui a perdu son chien.

– Ca va avec Jules et Jim ?
– Moderato 

Du tourbillon de la vie aux absences répétées

En 1960, elle rencontre Peter Brook et tourne dans son adaptation de Marguerite Duras, Moderato Cantabile avec Jean Paul Belmondo. Jeanne Moreau deviendra d’ailleurs très proche de Marguerite Duras avec qui elle tourne Nathalie Granger en 1973 et pour qui elle interprète un titre dans India Song. En 1991, elle prête sa voix à l’adaptation de L’amant par Jean-Jacques Annaud et Josée Dayan la choisit tout naturellement pour interpréter Duras en 2002 dans Cet amour-là.  Tout au long de sa vie, elle noue des amitiés avec des écrivains, de Tennessee Williams à Blaise Cendrars en passant par Henry Miller ou Paul Morand. Jeanne Moreau aime les mots, les déclame avec son timbre singulier, de fumeuse invétérée, sa voix inoubliable, peut être la plus grande voix du cinéma français, reconnaissable entre mille, envoûtante et grave. Truffaut sera le premier à s’en servir brillamment dans Jules et Jim où elle reprend en son direct (la seule scène du film tournée ainsi) Le tourbillon de la vie de Serge Rezvani que celui-ci avait écrit pour Jeanne et son premier mari, le comédien Jean-Louis Richard.

Depuis que je l’ai aimée, j’écris tous les rôles de mes films pour elle et je continue, même si elle ne les joue pas. Jouer? Elle ne joue pas. Elle est.
– Guy Gilles

Par la suite, Jeanne Moreau interpréte de nombreux titres du même Rezvani qu’on se surprend à fredonner comme une rengaine de notre enfance : La peau Léon, Adieu ma vie, J’ai la mémoire qui flanche, Les mots de rien … Ces titres comme sa filmographie lui ressemblent. Libre, indépendante, amoureuse, jouisseuse, passionnée, séductrice et insaisissable, Jeanne Moreau aimait sans compter. Des hommes elle en a connus. Deux maris et bon nombre d’amants parmi lesquels, Louis Malle, François Truffaut, Pierre Cardin et bien d’autres. Il y eut aussi cette rencontre avec un cinéaste injustement méconnu, Guy Gilles qui l’aimera inconditionnellement, à en mourir. On se souvient de ce titre magnifique Absence répétées du film éponyme de Guy Gilles en  1972 ou de Je m’ennuie la nuit sans toi dans Le jardin qui bascule, où son apparition toujours trouble.

Depuis quelques temps, Jeanne Moreau vivait recluse. Nous on parie qu’en fait, elle s’est fait la belle en fredonnant :

Adieu ma vie, je fais la belle
Adieu ma vie et ses tracas
Moi, je me tire pour toujours
J’ai rencontré le grand amour

Et je n’ veux pas, et je n’ veux pas
Le mélanger à mon passé
À mes ennuis de chaque jour
Pour cette fois, vous n’ m’aurez pas

 

LE CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE

Que les parisiens qui ne prennent pas de vacances se réjouissent ! A partir du 2 aout ressortent en salles quatre grands films de Buñuel en version restaurée (merci Carlotta !) dont Le charme discret de la bourgeoisie (1972).

L’ambassadeur de la République de Miranda (Fernando Rey) accompagné de Thévenot (Paul Frankeur), sa femme et sa belle soeur (Delphine Seyrig et Bulle Ogier) se rendent à un diner chez les Sénéchal. Ils sont accueillis par une Stéphane Audran qui ne les attendait que le lendemain. Ensemble ils décident d’aller diner dans une auberge non loin. Mais en arrivant, ils découvrent une auberge vide où repose le patron brutalement décédé. Le charme discret de la bourgeoisie à l’instar d’autres films de Buñuel est assez difficile à résumer. L’intrigue (s’il y en a une) se concentre autour de six personnages, des bourgeois, qui essayent en vain de diner ensemble. Chacun de leur diner est en effet contrarié par un évènement, un rêve ou un personnage comme autant de digressions narratives. Co-écrit avec son fidèle collaborateur Jean-Claude Carrière, Le charme discret de la bourgeoisie a été inspiré à Buñuel par son producteur qui avait invité un groupe d’amis et qui omettant cette invitation s’était absenté laissant le soin à son épouse d’improviser ce diner manqué. Si l’on ne peut pas réduire ce film à un film surréaliste (surréalisme dont on nous a trop souvent taxé Buñuel qui a marqué ses débuts de réalisateur avec Le chien andalou co-réalisé avec Salvador Dali), le film demeure néanmoins onirique et suit le même fil narratif qu’un rêve, sautant d’une histoire à l’autre, faisant apparaitre puis disparaitre des personnages et mettant en scène des rêves ou des souvenirs au beau milieu de ces repas avortés.

« Dry martini pour tout le monde ?

En dressant le portrait d’une bourgeoisie entre décadence et conformisme autour de saynètes à la fois burlesques, comiques et dramatiques, Buñuel fait finalement preuve de naturalisme comme le soulignait Gilles Deleuze dans son essai L’image mouvement. Le naturalisme de Buñuel se traduit par un réalisme exacerbé qui lui permet de souligner les pulsions de ses personnages et de décrire ce que Deleuze appelle leurs « mondes originaires ». Ainsi quand les personnages toujours censés diner ensemble se retrouvent attablés sur une scène de théâtre face à un public qui attend leurs répliques et qui finit par les siffler,  les personnages retombent à travers ce cauchemar dans la quintessence de leur monde enfermé dans un code social, une bienséance et une hypocrisie flagrante (les trois hommes sont en fait des trafiquants de cocaïne). En les plaçant sur une scène de théâtre, Buñuel les renvoie à la vacuité de leur milieu factice et leur permet de s’en libérer. Ils ne sont plus en représentation devant un public acquis et se voient contraints de s’enfuir. De même, lorsque l’évêque Dufour se présente chez les Sénéchal habillé en jardinier pour prendre le poste vacant, les Sénéchal le renvoient sur le champ. Il revient vêtu en évêque et ces derniers s’excusent de ne l’avoir pas cru. L’habit fait le moine chez les bourgeois.

Plusieurs personnages viennent bousculer le récit de ces réceptions manquées tel ce lieutenant qui s’invite à la table des trois femmes dans un salon de thé qui ne sert ni thé ni café et qui leur raconte comment il a empoisonné son père, avant de s’éclipser. Ou un colonel suivi de son bataillon en plein entrainement (formidable Claude Piéplu). L’art de Buñuel est d’arriver à faire surgir l’étrangeté là où on l’attend le moins. En mêlant les récits oniriques, réels et mémoriels, non seulement il brouille les frontières des genres mais il plonge le spectateur dans un espace temps explosé. L’inconscient comme le rêve n’a pas de limites. Buñuel non plus.

Cinquième film de la période française de Buñuel, Le charme discret de la bourgeoisie rencontrera un grand succès commercial (Oscar du meilleur film étranger en 1973) et reste une de ses oeuvres les plus audacieuses, satiriques et irrévérencieuses servies par un casting formidable. A ne pas manquer !

 

 

IL ETAIT UNE FOIS UN FILM ET SON EPOQUE, la série de Serge July et Marie Genin en coffret DVD

On ne présente plus les Editions Montparnasse, célèbre éditeur DVD depuis près de 30 ans et son catalogue riche de magnifiques titres parmi lesquels les classiques hollywoodiens de la RKO (malheureusement cédés depuis), les classiques italiens (L’avventura de Antonioni c’est chez eux !), de grands documentaires (Wiseman et Rossif pour ne citer qu’eux) mais aussi des captations de théâtre inédites. Toujours dans cette ligne éditoriale à la fois documentaire et cinéphilique, les Editions Montparnasse nous font un beau cadeau pour les fêtes : la sortie d’un coffret de 20 films de la série documentaire Il était une fois… un film et son époque initiée par Serge July et Marie Genin pour Arte qui parcourent 70 ans de cinéma.
circa 1945: Full-length portrait of French film director Jean Renoir (1894-1979), sitting on a film set with his legs spread apart. There is a camera behind him. (Photo by Hulton Archive/Getty Images)

Parmi la sélection, on retrouve Jules et Jim de Truffaut, Le mépris de Godard, Les enfants du paradis de Marcel Carné, Les trois jours du condor de Sydney Pollack, Le charme discret de la bourgeoisie de Luis Bunuel, A nos amours de Maurice Pialat, La Reine Margot de Patrice Chéreau, Tout sur ma mère d’Almodovar et, plus étonnant, Le père noël est une ordure. Chaque épisode présente la genèse du film à travers le portrait d’une époque, celle qui entoure le film, les interviews des membres de l’équipe, de sociologues, d’historiens ou de cinéastes, le tout ponctué d’images d’archives souvent renversantes. Le fil conducteur est mené par la narration discrète de Serge July et s’articule autour de l’histoire du tournage, celle du cinéaste et met en lumière le film en le replaçant dans son contexte temporel et artistique. Loin d’être une analyse filmique, Il était une fois… un film et son époque nous raconte donc avant tout les coulisses de ces films, pour la plupart cultes.

Les années guerre

Lorsque Jean Renoir filme La règle du jeu (indéniablement son chef d’oeuvre), nous sommes à la veille de la seconde guerre mondiale. Renoir vient de remporter deux succès consécutifs avec La bête humaine et La grande illusion, et s’attelle avec audace à La règle du jeu, film qui peint une aristocratie de province déclinante et qui n’épargne personne (pas même lui dans le rôle d’Octave qu’il interprète lui-même). Le génie de Renoir est de parvenir à dresser un portrait nuancé, fin, et néanmoins burlesque d’une société en trompe l’oeil. Le film sera incompris jusqu’à ce que Jean Gaborit retrouve des bobines de scènes entières et les remonte. La règle du jeu sera enfin réhabilité et triomphera en 1959 à La Mostra de Venise.

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Le tournage des Enfants du Paradis de Marcel Carné fut largement contrarié par la guerre. Le film se tourne sous l’Occupation et contraint Alexandre Trauner (célèbre chef décorateur) et Joseph Cosma qui compose la musique à se cacher et travailler à distance. Le film sortira à la Libération et remportera un grand succès. Bertrand Tavernier raconte une anecdote savoureuse à ce propos : les deux grands amis Trauner et Jacques Prévert se paient un homard dans un bon restaurant, deux allemands entrent et voyant les homards en commandent à leur tour. Le patron annonce que c’était les deux derniers et Prévert d’ajouter « c’est que la guerre est bientôt finie ». Aussi se rappelle-t-on qu’Arletty ne put être présente lors de la première étant emprisonnée pour avoir eu une relation avec un allemand pendant la guerre.

La nouvelle vague

La Nouvelle vague (mot inventé par Françoise Giroud) est arrivée comme un nouveau souffle dans le paysage du cinéma français. Comme le rappelle Arnaud Desplechin, elle a avant tout déplacé la fiction dans la rue, en décor naturel ce qui était totalement inédit. Le coffret ne passe évidemment pas à côté des deux plus importantes figures de la Nouvelle vague : Truffaut et Godard.
François Truffaut raconte qu’il a réalisé Jules et Jim après avoir découvert par hasard le livre éponyme de Henri-Pierre Roché étant gamin. Il avoue avec ce film rendre hommage à la liberté des femmes et donc aussi à sa mère qu’il n’avait pas épargnée dans ses 400 coups et qui en avait souffert. Elle mourra avant de voir le film. On découvre aussi Stéphane Hessel qui est en quelque sorte la « Sabine » du film puisque l’histoire s’inspire de la vie de sa mère et de son père (le troisième étant l’auteur). Le film fut un temps suspendu faute de moyen et reprendra grâce à Jeanne Moreau qui co-financera le tournage.
A propos du Mépris, le film évoque les années 50-60 comme celles de la crise du cinéma hollywoodien à laquelle Godard se réfère en faisant apparaitre Fritz Lang dans son film. Si l’anecdote sur la genèse de la scène de nu du Mépris n’est plus un secret, elle reste formidablement racontée ici par le maitre lui-même.

Jules et Jim de FrancoisTruffaut avec Jeanne Moreau, Henri Serre et Oskar Werner 1961
Jules et Jim de FrancoisTruffaut avec Jeanne Moreau, Henri Serre et Oskar Werner 1961

Les années 70-80

Imaginez le choc que fut la sortie de L’empire des sens en 1976 ! Si nous sommes en plein dans la libération sexuelle, le film fut néanmoins compliqué à produire et Anatole Dauman le producteur profite de l’essor du film pornographique pour s’en rapprocher tout en s’appuyant sur le génie d’Oshima. Le film ne laissera personne indifférent, y compris la jeune actrice qui disparait un temps, probablement pour éviter les insultes qui fusent de la part du public qui la croise. L’empire des sens reste le premier film d’auteur à montrer la sexualité de façon aussi explicite et inspirera une génération de cinéastes tels que Catherine Breillat.

Après Certains l’aiment chaud et Les tontons flingueurs, nous retrouvons une autre comédie cultissime en France : Le père noël est une ordure. La troupe du splendid, fort de leur succès au théâtre de leur pièce – pièce qui rappelons-le a démarré presque comme une plaisanterie entre amis – décident de l’adapter au cinéma. Ce sera sous la direction bienveillante de Jean-Marie Poiré. S’ils avouent avoir énormément ri sur le tournage, chacun explique toutefois combien c’était risqué de se moquer des « gentils bénévoles » dans une France qui venait tout juste de passer à gauche.

Quand Maurice Pialat tourne A nos amours avec sa nouvelle recrue Sandrine Bonnaire, il a 58 ans et vient de remporter un grand succès avec Loulou. Sur le conseil de sa scénariste et première femme Arlette Langmann, il interprète lui-même le rôle du père de Suzanne. On connait le penchant parfois tyrannique de Pialat pour extraire de ses acteurs leur vérité. Elle nous est ici racontée notamment à travers le personnage de la mère (Evelyne Ker) qui ira jusqu’à se cogner vraiment dans une des scènes et en tomber malade. La scène est grandiose et restera une des scènes fortes du cinéma de Pialat.

On pourrait continuer longtemps tant ce coffret fourmille d’histoires. Il était une fois…un film et son époque est une série de documentaires passionnante, mêlant des archives parfois inédites, les souvenirs de l’équipe mais aussi d’autres cinéastes pour qui ces films ont compté. Le coffret s’arrête en 2011 avec Une séparation d’Asghar Farhadi et le poétique Le Havre d’Aki Kaurismaki et traverse aussi le cinéma de Michael Haneke (Le ruban blanc), Mathieu Kassowitz (La Haine), des frères Dardenne (Rosetta) ou d’Almodovar (Tout sur ma mère). Un régal absolu pour tous les cinéphiles qui comme moi se délectent des bonus dans les DVD. Ce coffret est un bonus de 20 fois 52 minutes !

COFFRET IL ETAIT UNE FOIS UN FILM ET SON EPOQUE

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DVD 1 : LA RÈGLE DU JEU / LES ENFANTS DU PARADIS
 DVD 2 : LE PETIT MONDE DE DON CAMILLO / CERTAINS L'AIMENT CHAUD
 DVD 3 : JULES ET JIM / LE MEPRIS
 DVD 4 : LES TONTONS FLINGUEURS / LE CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE
 DVD 5 : VOL AU-DESSUS D'UN NID DE COUCOU / LES TROIS JOURS DU CONDOR
 DVD 6 : L'EMPIRE DES SENS / LE PERE NOEL EST UNE ORDURE
 DVD 7 : A NOS AMOURS / LA REINE MARGOT
 DVD 8 : LA HAINE / TOUT SUR MA MÈRE
 DVD 9 : ROSETTA / LE RUBAN BLANC
 DVD 10 : UNE SEPARATION / LE HAVRE

Coffret disponible aux Editions Montparnasse