POURQUOI MAD MEN CAPTIVE ?

Pour les néophytes qui se demandent encore qui sont ces Mad men, et bien sachez qu’ils nous viennent tout droit des années 60 et travaillent dans une agence de publicité de Madison avenue, fument et boivent plus que de raison (de CSA) et sont habillés comme dans un film de Demy.
La série créé par Matthew Weiner a eu du mal à se monter tant les chaines étaient frileuses et sceptiques quant à son succès. La saison 5 après 17 longs mois d’absence a battu tous ses records d’audience.

Derrière le personnage principal de Don Draper (impeccable et très beau Jon Hamm), fourmillent d’autres hommes, ses collaborateurs, sa femme Betty dont il est désormais divorcé et sa nouvelle femme et ancienne secrétaire Megan. Et bien sûr toutes les autres femmes comme autant de faire valoir de ces hommes avides d’argent, de pouvoir et de sexe.

Dès lors dans cette société machiste de l’ère JFK, exempte de scrupules et pourtant très conservatrice, qu’est-ce qui nous fascine autant ?
Son style unique ? Son élégance indiscutable ? Ses personnages troubles et subtilement
dépeints ?

Une première réponse se situe peut être dans le rapport au temps de la série.
Mad men ne craint ni les silences ni les plans longs et le rythme épouse parfaitement le désabusement de ses personnages qu’on observe de façon quasi hypnotique. C’est le mouvement interne des protagonistes qui fait avancer le récit et non les actions peu nombreuses. Ainsi suit-on l’évolution de Don Draper au fil de sa vie maritale, de ses écarts avec ses maitresses et de sa relation avec sa nouvelle femme. La saison 5 sonne d’ailleurs une nouvelle ère : celle de l’amour.

Jusqu’ici il faut dire que les hommes trompaient leurs femmes à tout bout de champ (ou de canapé dans leur bureau) tandis que les femmes attendaient patiemment à la maison le retour de leurs maris. Alors série sexiste ou au contraire féministe dans ce qu’elle dénonce ? Telle n’est pas la question même si personnellement je m’interroge sur le fait de trouver le personnage de Don Draper si attirant.

Est-on juste attiré par nos contraires ? ou nos contraires viennent réveiller en nous et, pourquoi pas révéler, une part cachée ? Celle qui aime le « mâle » qui sommeille en chaque homme, Et qui caresse l’idée d’être celle qui non seulement le changera mais fera naitre des sentiments nouveaux mêlés d’amour et de jalousie, de passion et de force,  de domination et d’érotisme.

Le contexte social et politique de l’époque vient très justement adoucir et presque « excuser » le comportement de ces hommes qui consomment les cigarettes, les femmes et le scotch comme ils consomment les produits dont ils font la publicité. Et qui semblent croire qu’un joli packaging pour masquer le vice d’une société vénale et étriquée par une morale hypocrite suffit. Et si les femmes cherchent à s’émanciper, elles n’en restent pas moins au service des hommes, au bureau comme à la maison. C’est pourtant à travers et grâce à elles que les hommes évoluent.

Que reste-t-il alors de ces rapports humains entre trahison, amour, haine et humiliation ? Une folle attirance aussi désenchantée que merveilleuse.

ZOU BISOU BISOU

Depuis dimanche soir, date du grand retour de Mad men, l’Amérique ne chante plus que ça (et moi aussi !).

HOMELAND ou comment les américains ont réussi là où tout le monde échoue

Je n’ai encore jamais parlé de séries américaines dont pourtant je suis très fervente.
Cela a commencé avec Six feet under (il y en a eu d’autres avant mais j’étais petite et surtout, elles n’étaient pas d’aussi grande qualité qu’aujourd’hui !) qui me paraissait être inégalable mais depuis j’en ai découvert quelques autres qui m’ont littéralement scotchée. De Mad men à Dexter, de Weeds à Boardwalk empire, sans oublier le mythique et génial Sopranos, chacune d’entre elles devient un temps votre meilleur ami ou pire votre drogue, votre rendez-vous tant désiré (je sais ça a l’air triste dit comme ça, mais non, c’est comme reprendre un livre là où on l’a laissé la veille).

Ma dernière découverte : Homeland, récompensé aux derniers Golden globes comme meilleure série dramatique raconte le retour d’un marine, Brody, dans son pays après avoir été maintenu en captivité en Irak pendant huit années. Située dans l’Amérique d’après le 11 septembre, la série met en scène Carrie, agent de la CIA persuadée que le « héros »  Brody est devenu un potentiel terroriste et qu’un attentat imminent va se produire.

Au-delà d’un formidable casting et d’une intrigue palpitante, la série part dans une autre direction presque paranoïaque : une femme seule contre tous se bat pour dénoncer une vérité que tout le monde réfute et tombe amoureuse de celui-là même qu’elle suspecte. Une sorte de Cassandre moderne atteinte en plus du syndrome de bipolarité qui l’a montre aux yeux des autres comme une illuminée.
On attend la suite avec impatience.

Pourquoi aujourd’hui seules les séries américaines ont ce talent immense de raconter de bonnes histoires servies par une réalisation souvent audacieuse et par un casting magnifique ? La réussite tient-elle au nombre de scénaristes et de réalisateurs y collaborant ? Au formidable travail d’équipe en arrière plan ? A la prise de risque des diffuseurs qui accepte des sujets souvent polémiques et à l’inverse du cinéma hollywoodien ? Étant donné leur succès, cette dernière ne semble pas être une option. Les spectateurs sont au rendez-vous et HBO comme Showtime ne font pas dans le bénévolat engagé.

Alors quel est leur secret ? Les américains sont avant tout les pionniers des séries (dans les années 60 il en existait déjà une centaine chez eux quand la deuxième chaine pointait juste son nez chez nous) et sont experts de cet art (qui n’en demeure pas moins une industrie très lucrative, ne nous leurrons pas). Ils sont parvenus à se renouveler, à intégrer de nouvelles règles et sont aujourd’hui de loin les plus forts et les plus prolifiques.

Cela tient également au format, toujours le même, maintenu par le seul fil du récit qui nous tient en haleine et des personnages que l’on suit comme l’on suivrait les aventures d’un récit de voyage. Si l’on ne s’identifie pas toujours avec les personnages parfois loin de nous, on peut en revanche pénétrer un univers étranger et suivre un quotidien très différent du notre comme celui des tribunaux dans The good wife, ou de la mafia dans les Sopranos ou encore de la police judiciaire dans Dexter.

Un trait commun tout de même à toutes ces séries : l’apologie du travail (qui plairait sans doute à notre président !) et l’investissement des personnages dans les taches qui leur sont confiées. Leur vie est passionnante parce que leur travail est passionnant. Ils sont tous ou presque des « héros » du quotidien qui, s’ils ont de nombreux travers (et c’est ce qui les rend plus humains et plus proches de nous), rétablissent la justice (The good wife), éliminent les sérial killers (Dexter), créent des slogans publicitaires (Mad men), consolent les familles (Six feet under), s’entretuent (Sopranos). Et même si les séries évoluent dans un univers impitoyable et corrompu, dans un tableau d’un occident qui court à sa perte, elles révèlent aussi ce qu’il y a de plus vivant en nous, ce qui nous porte et nous pousse vers un autre monde. Une forme de vie par procuration mais pas de celle qui nous endort, non, de celle qui nous habite. Un temps au moins.