Mon roi, hypnotique et carthartique

Le dernier film de Maiwenn, Mon roi, est encore un film où je suis allée à reculons à force d’entendre et de lire combien c’était un film hystérique et gesticulant. Je suis ressortie comme une reine qui venait de trouver son roi. Un grand film sur la passion amoureuse qui apparemment ne fait l’unanimité que chez les femmes. Ce qui relance le débat des différences hommes-femmes. Et de la question du regard.

monroi

Un paysage de montagne infiniment blanc, presque oppressant. Une femme, Tony (Emmanuelle Bercot), le regard déterminé s’élance avant de dévaler la pente comme si elle se jetait dans le vide. Résultat : une chute, rupture des ligaments croisés, genou en compote, et une longue rééducation dans un centre de Biarritz. La psychologue qui la suit lui suggère une piste de réflexion. Un accident n’est jamais anodin ni le fruit du hasard. Pourquoi a t-elle croisé ses skis ce jour-là ? Pourquoi s’est-elle blessée au genou ? Elle souligne que le genou c’est un peu le « je/nous ». On dirait du Jacques Salomé.
Tony apprend à remarcher et se rappelle sa rencontre avec Giorgio. Commence alors l’autopsie de leur relation.

Tony rencontre Giorgio (Vincent Cassel) dans un bar en fin de soirée. Elle trempe sa main dans un seau à glace et lui envoie des gouttelettes au visage en lui demandant s’il la reconnait. Bien sûr qu’il la reconnait, il ne se souvient plus d’où mais l’important c’est de se rappeler son visage, non ? Peut être aurait-elle déjà du se rendre compte à ce moment-là qu’il était grande gueule et que c’était le roi des connards. D’ailleurs ne le lui avoue-t-il pas dès la première nuit comme il lui avoue tout de suite qu’il l’aime, de façon immédiate ? Car Giorgio est du genre entier, à aimer totalement et désaimer en un clin d’oeil. Une sincérité fulgurante mais qui s’efface aussitôt.  De ces hommes qui nous rappellent que l’amour est grand, irrationnel et indomptable. Pourtant très vite, Tony va découvrir que Giorgio lui ment. Pas par méchanceté, mais parce qu’il ne sait pas faire autrement que s’entourer de jolies filles, satisfaire ses addictions et découcher. Le réveil est difficile pour Tony, déjà enceinte de lui, elle qui aura attendu longtemps de faire un enfant pour justement ne pas se tromper. D’ailleurs Giorgio lui dit plein de bon sens qu’elle l’a connu comme ça, aimé pour ça et détesté pour les mêmes raisons. Quitte-t-on vraiment quelqu’un pour ce qui nous a plu au départ ? Sûrement un peu. Mon roi questionne aussi sur combien on se ment d’abord à soi même.

De loin on pourrait facilement se demander pourquoi Tony s’obstine à rester avec un homme qui l’aime bien mal – le frère de Tony, Solal (formidable Louis Garrel, léger, drôle, bienveillant) joue d’ailleurs ce rôle tampon de spectateur extérieur. De loin seulement car le talent de Maiwenn est bien de nous embarquer au coeur même de leur histoire. Sa caméra est fluide et suit les personnages à la volée dans des (dé)cadrages serrés. On les suit pas à pas, dans l’instantanéité du plan, dans l’espace qu’ils occupent, on partage leur euphorie comme leur souffrance, on virevolte du tragique au comique. Maiwenn avait déjà largement utilisé ce procédé très « cinéma vérité » dans Polisse où elle poussait ses acteurs à ne plus jouer, à être, confondant ainsi la vie et la fiction de façon vertigineuse pour eux comme pour nous. Ca passe ou ça casse. Ici on sent qu’elle pousse son procédé encore plus loin, aucun retranchement possible. Emmanuelle Bercot n’en est que plus émouvante et Vincent Cassel plus hypnotique. Pourtant le film fait débat et certains critiques (masculins surtout faut bien le dire) semblent trouver le film « hystérique ».
Personnellement j’ai envie de dire « un peu court jeune homme ! ». Car avouons-le, si Cassel joue le roi des connards, il n’en est pas moins irrésistible. Ce qui ne veut pas dire que nous les femmes aimons les connards. Non, en fait ce qu’on aime c’est qu’un homme soit capable de s’arrêter net pour nous demander de lui faire un enfant, nous fasse rire, nous bouscule, nous surprenne à chaque instant. Si en plus il a le charme et le sourire de Vincent Cassel, franchement que celle qui résiste lève la main.

Alors bien sûr il y a du pathétique dans cette obstination à ne pas renoncer à un amour condamné (et condamnable) et on pense aux grands romans du 19ème où l’heroine allait jusqu’à se laisser mourir d’amour. Tony, elle, est bien une héroine moderne, elle refuse de subir,  continue d’avancer, de se battre même si elle a du mal à oublier Giorgio.

L’amour est parfois aussi irréversible qu’incompatible mais continue d’exister au-delà de tout possible. Avec Mon roi, Maiwenn nous raconte une simple histoire d’amour, unique et universelle, qui touche aux émotions primaires. Rien d’hystérique là dedans.

 

AVE CESAR

Je ne sais pas pourquoi tous les ans (ou presque) je m’obstine à regarder la cérémonie des césars. Il faut dire que cette année, la sélection était très hétéroclite, du phénomène Intouchables à L’Apollonide de Bertrand Bonnello et laissait croire à de bonnes surprises.

Mais la soirée s’est avérée aussi ronronnante et ennuyeuse que d’habitude.
De Caunes malgré quelques remarques audacieuses n’était pas au meilleur de sa forme et les heureux gagnants nous ont  gratifiés de remerciements soporifiques et interminables.

Mais la curiosité m’a fait tenir jusqu’au bout (3 longues heures dans cette grande et belle famille du cinéma français, paillettes et rictus confondus) pour entendre sonner le verdict finalement tant attendu : 6 oscars pour The artist (dont meilleur réalisateur, meilleur film et plus étonnant, meilleure actrice pour Bérénice Béjo qui passe ainsi devant les excellentes Marina Fois, Karine Viard et Valérie Donzelli ! no comment). Jean Dujardin reste sur le carreau puisque le césar du meilleur acteur a été attribué à Omar Sy.

On reste vraiment sur notre fin et on ne peut s’empêcher d’être désolé pour Valérie Donzelli qui repart bredouille avec son magnifique La guerre est déclarée et pour Maiwenn et son  Polisse qui ne remporte que deux césars sur ses 13 nominations.

Bon c’est sûr l’année prochaine je ne regarderai pas ! Heureusement dimanche soir il y a les Oscars…

POLISSE

Filmé par Maiwenn après quelques mois passés auprès de la brigade de Protection des mineurs (ça c’est pour l’aspect documentaire), Polisse raconte le quotidien des policiers, les dépositions des victimes d’incestes, de maltraitance, les interrogatoires des bourreaux qui donnent des explications aussi vaseuses qu’affligeantes. Et raconte aussi les hommes et les femmes derrière ces policiers, leurs problèmes de couple, d’humains, de confiance, leurs rivalités.
On a bien essayé de critiquer le côté « people » de Maiwenn qui a préféré à des acteurs non professionnels des « stars », mais franchement la critique parait assez irrecevable tant les acteurs sont tous formidables, en particulier Marina Fois qui une fois de plus se révèle être une grande actrice. Et Joey Starr, à l’évidence, magnifique aussi dans ce rôle de flic qui prend très à cœur toute cette souffrance.

Les scènes s’enchainent avec un réalisme confondant, et nous tiennent en haleine jusqu’au bout. Et si ce à quoi on assiste est souvent difficile, on a pourtant envie de rester avec eux, dans ce qu’ils vivent, envie à notre tour d’être utiles dans un monde en perte de sens (la scène de l’adolescente qui avoue sans complexe offrir des fellations à des types pour pouvoir récupérer son portable illustre très bien cette banalisation pornographique dont toute une génération est désormais victime et provoque chez nous comme chez les acteurs un fou rire nerveux).

A voir et revoir sans modération parce que même si on vit dans un monde de m… , ce film prouve qu’il existe un autre regard, peut être pas salvateur mais terriblement humain. Ça nous suffit.