AVE CESAR

Je ne sais pas pourquoi tous les ans (ou presque) je m’obstine à regarder la cérémonie des césars. Il faut dire que cette année, la sélection était très hétéroclite, du phénomène Intouchables à L’Apollonide de Bertrand Bonnello et laissait croire à de bonnes surprises.

Mais la soirée s’est avérée aussi ronronnante et ennuyeuse que d’habitude.
De Caunes malgré quelques remarques audacieuses n’était pas au meilleur de sa forme et les heureux gagnants nous ont  gratifiés de remerciements soporifiques et interminables.

Mais la curiosité m’a fait tenir jusqu’au bout (3 longues heures dans cette grande et belle famille du cinéma français, paillettes et rictus confondus) pour entendre sonner le verdict finalement tant attendu : 6 oscars pour The artist (dont meilleur réalisateur, meilleur film et plus étonnant, meilleure actrice pour Bérénice Béjo qui passe ainsi devant les excellentes Marina Fois, Karine Viard et Valérie Donzelli ! no comment). Jean Dujardin reste sur le carreau puisque le césar du meilleur acteur a été attribué à Omar Sy.

On reste vraiment sur notre fin et on ne peut s’empêcher d’être désolé pour Valérie Donzelli qui repart bredouille avec son magnifique La guerre est déclarée et pour Maiwenn et son  Polisse qui ne remporte que deux césars sur ses 13 nominations.

Bon c’est sûr l’année prochaine je ne regarderai pas ! Heureusement dimanche soir il y a les Oscars…

POLISSE

Filmé par Maiwenn après quelques mois passés auprès de la brigade de Protection des mineurs (ça c’est pour l’aspect documentaire), Polisse raconte le quotidien des policiers, les dépositions des victimes d’incestes, de maltraitance, les interrogatoires des bourreaux qui donnent des explications aussi vaseuses qu’affligeantes. Et raconte aussi les hommes et les femmes derrière ces policiers, leurs problèmes de couple, d’humains, de confiance, leurs rivalités.
On a bien essayé de critiquer le côté « people » de Maiwenn qui a préféré à des acteurs non professionnels des « stars », mais franchement la critique parait assez irrecevable tant les acteurs sont tous formidables, en particulier Marina Fois qui une fois de plus se révèle être une grande actrice. Et Joey Starr, à l’évidence, magnifique aussi dans ce rôle de flic qui prend très à cœur toute cette souffrance.

Les scènes s’enchainent avec un réalisme confondant, et nous tiennent en haleine jusqu’au bout. Et si ce à quoi on assiste est souvent difficile, on a pourtant envie de rester avec eux, dans ce qu’ils vivent, envie à notre tour d’être utiles dans un monde en perte de sens (la scène de l’adolescente qui avoue sans complexe offrir des fellations à des types pour pouvoir récupérer son portable illustre très bien cette banalisation pornographique dont toute une génération est désormais victime et provoque chez nous comme chez les acteurs un fou rire nerveux).

A voir et revoir sans modération parce que même si on vit dans un monde de m… , ce film prouve qu’il existe un autre regard, peut être pas salvateur mais terriblement humain. Ça nous suffit.