GIRLS GIRLS GIRLS

HBO vient de sortir une nouvelle série produite par Judd Apatow, Girls. Écrite, réalisée et interprétée par la très talentueuse et donc très énervante Lena Dunham (25 ans, déjà un film très remarqué à son actif, Tiny furniture), la série met en scène quatre filles dans leur vingtaine à New York.

Cela pourrait rappeler une autre fameuse série, Sex and the city, mais si la référence est soulignée, c’est bien pour mieux s’en écarter. Les personnages ont en commun de partager leurs mésaventures sentimentales, et leur amitié mais pour le reste tout diffère : le ton, l’âge des filles, leurs goûts, le milieu dans lequel elles évoluent et leurs attentes.

Hannah (Lena Dunham) est écrivain sans le sou. Ses parents décident de lui couper les vivres pour qu’elle s’assume enfin et se mette à chercher un vrai boulot. Elle vit avec Marnie, qui forme avec Charlie un couple « normal » et assez boring depuis 4 ans. Et puis il y a aussi Jessa la libérée grande gueule et Shoshanna encore vierge mais prête à tout pour enfin coucher avec des garçons.

Loin d’un regard qui se voudrait sociologique, Girls s’attache davantage à montrer tous les petits détails d’une relation qui font que rien n’est simple, les gestes qui troublent et qui inversent le cours d’une histoire, l’histoire qu’on se raconte parfois seul, celle que l’on projette sur l’autre parce qu’on n’ose pas lui demander son avis et parce que dans le fond tout est question de regard.

La relation entre Adam et Hannah révèle bien l’incompréhension qui parfois nous lie et nous délie, quand l’autre nous rejette pour mieux nous séduire juste après. Hannah n’est pas sûre de ce qu’elle vit avec Adam, mais sait qu’elle veut voir où tout cela l’emmène. Lui, il a l’air de s’en foutre mais dès qu’elle s’ouvre à lui (dans tous les sens), il semble aussi moins résistant. Et quand elle s’affirme et conteste son apparente désinvolture, une possible « vraie » histoire se dessine. Alors comment ? Il faudrait que les femmes expriment ce que les hommes répriment ?  C’est comme si elle attendait un truc qu’elle n’ose pas demander et que lui ne donnerait pas quelque chose qu’elle n’est pas capable de recevoir. Un truc tout bouché qui relève autant d’un problème de communication que d’un décalage horaire. Il parait dégagé, tandis qu’elle observe, se retient, ajuste, et finit par faire exploser sa colère au moment voulu, quand ses limites sont atteintes.
Il y a bien de l’universel derrière tout cela : cette curiosité insatiable, cette attirance qui nous dépasse et cette fragile incapacité à s’écouter parfois et à croire en nous.
Et si on commençait par dire les choses comme Hannah, dire tout haut ce que l’on ressent tout bas, en bas du ventre sans les peurs qui nous tétanisent. C’est peut être juste ça l’âge adulte.

Les dialogues sont formidables, la mise en scène brillante et on se dit que la relève a pris les jolies formes rondes de Lena Dunham.

POURQUOI MAD MEN CAPTIVE ?

Pour les néophytes qui se demandent encore qui sont ces Mad men, et bien sachez qu’ils nous viennent tout droit des années 60 et travaillent dans une agence de publicité de Madison avenue, fument et boivent plus que de raison (de CSA) et sont habillés comme dans un film de Demy.
La série créé par Matthew Weiner a eu du mal à se monter tant les chaines étaient frileuses et sceptiques quant à son succès. La saison 5 après 17 longs mois d’absence a battu tous ses records d’audience.

Derrière le personnage principal de Don Draper (impeccable et très beau Jon Hamm), fourmillent d’autres hommes, ses collaborateurs, sa femme Betty dont il est désormais divorcé et sa nouvelle femme et ancienne secrétaire Megan. Et bien sûr toutes les autres femmes comme autant de faire valoir de ces hommes avides d’argent, de pouvoir et de sexe.

Dès lors dans cette société machiste de l’ère JFK, exempte de scrupules et pourtant très conservatrice, qu’est-ce qui nous fascine autant ?
Son style unique ? Son élégance indiscutable ? Ses personnages troubles et subtilement
dépeints ?

Une première réponse se situe peut être dans le rapport au temps de la série.
Mad men ne craint ni les silences ni les plans longs et le rythme épouse parfaitement le désabusement de ses personnages qu’on observe de façon quasi hypnotique. C’est le mouvement interne des protagonistes qui fait avancer le récit et non les actions peu nombreuses. Ainsi suit-on l’évolution de Don Draper au fil de sa vie maritale, de ses écarts avec ses maitresses et de sa relation avec sa nouvelle femme. La saison 5 sonne d’ailleurs une nouvelle ère : celle de l’amour.

Jusqu’ici il faut dire que les hommes trompaient leurs femmes à tout bout de champ (ou de canapé dans leur bureau) tandis que les femmes attendaient patiemment à la maison le retour de leurs maris. Alors série sexiste ou au contraire féministe dans ce qu’elle dénonce ? Telle n’est pas la question même si personnellement je m’interroge sur le fait de trouver le personnage de Don Draper si attirant.

Est-on juste attiré par nos contraires ? ou nos contraires viennent réveiller en nous et, pourquoi pas révéler, une part cachée ? Celle qui aime le « mâle » qui sommeille en chaque homme, Et qui caresse l’idée d’être celle qui non seulement le changera mais fera naitre des sentiments nouveaux mêlés d’amour et de jalousie, de passion et de force,  de domination et d’érotisme.

Le contexte social et politique de l’époque vient très justement adoucir et presque « excuser » le comportement de ces hommes qui consomment les cigarettes, les femmes et le scotch comme ils consomment les produits dont ils font la publicité. Et qui semblent croire qu’un joli packaging pour masquer le vice d’une société vénale et étriquée par une morale hypocrite suffit. Et si les femmes cherchent à s’émanciper, elles n’en restent pas moins au service des hommes, au bureau comme à la maison. C’est pourtant à travers et grâce à elles que les hommes évoluent.

Que reste-t-il alors de ces rapports humains entre trahison, amour, haine et humiliation ? Une folle attirance aussi désenchantée que merveilleuse.