POUR LE RECONFORT, le premier long pas vraiment réconfortant de Vincent Macaigne

Pour son premier long métrage, Vincent Macaigne réunit sa bande d’acteurs et réinvente La Cerisaie de Tchekhov sur fond de lutte de classes. Sélectionné à l’ACID à Cannes, Pour le réconfort signe un retour à la terre drôle et désenchanté.

L’inépuisable Vincent Macaigne est partout. Au cinéma où il enchaine les rôles dans les films « indé » et apparait même dans des films plus grand public comme récemment chez Toledano et Nakache (Le sens de la fête); au théâtre où il met en scène régulièrement des pièces et jouera sa prochaine création Je suis un pays aux Amandiers dans le cadre du Festival d’automne. Il a également réalisé un premier court métrage en 2011, Ce qu’il restera de nous. Pas étonnant donc de le voir repasser derrière la caméra et prolonger sa recherche entre improvisation et poésie acide.

Pauline (Pauline Lorillard) et Pascal (Pascal Rénéric) sont frère et soeur et reviennent dans le domaine familial après une longue absence alors que leurs terres sont sur le point d’être saisies faute d’avoir payé les traites. Ils ont en effet tous deux dilapidé leur fortune, l’un à Mexico, l’autre à New York. Accueillis par leurs amis d’enfance Emmanuel (Emmanuel Matte), Joséphine (Joséphine De Meaux) et Laurent (Laurent Papot), leur retour n’est pas pour plaire à tous, en particulier Emmanuel qui souhaite récupérer leurs terres pour construire davantage de maisons de retraite.

“Chercher à comprendre le monde au lieu de l’étreindre“

Le film s’ouvre sur une conversation skype entre Pascal et Pauline. Il cherche à lui parler du domaine et des traites alors qu’elle est dans un New York pixelisé, plus intéressée par l’écureuil à ses pieds. Notre belle modernité se pose là, offrant la possibilité de discuter d’un bout du monde à l’autre, de témoigner d’une certaine oisiveté et de notre sentiment d’exister sans s’écouter vraiment. Quand ils arrivent à Orléans, ils découvrent leur grande demeure, leurs terres dont Joséphine s’est occupé, retrouvent le territoire de leur enfance et dans ce lieu chargé de souvenirs, Pauline réalise ce qu’elle a laissé derrière elle. Dans un très beau monologue face caméra, Pauline s’interroge et pleure : pourquoi cherche-t-on à ce point à comprendre le monde au lieu de l’étreindre ?

Emmanuel voit en Pascal et Pauline deux bourgeois oisifs qui n’ont jamais rien fait pour mériter ce qu’ils possèdent. Lui s’est battu bec et ongles pour construire ses maisons de retraite, persuadé qu’il est que « les vieux, c’est l’avenir de la France ». Il dit sa colère à Laurent, trop gentil et naïf pour se rebeller, y compris contre Emmanuel (qui finalement n’est autre qu’un bourgeois volontaire et ambitieux). Joséphine, elle, est heureuse d’avoir pu exploiter les terres abandonnées et d’avoir fait pousser ses peupliers. Elle leur en est presque gré et fière de leur montrer le résultat de son dur labeur. En vain car de toute façon, le domaine est mis en vente aux enchères et Emmanuel n’a pas l’intention de garder les arbres plantés. Quant à Laure (Laure Calamy), la femme d’Emmanuel, elle ressent la même aversion envers les rentiers que sa moitié et l’incite à « les écraser ».

On l’aura compris, Vincent Macaigne s’intéresse avant tout aux rapports humains dans ce qu’ils ont de plus corrosif, dans les luttes qui les opposent, à commencer par la lutte des classes. Chaque classe ainsi définie par Marx est représentée : l’aristocratie (Pascal et Pauline), la bourgeoisie qui aspire aux mêmes droits que l’aristocratie (Emmanuel et Laure) et enfin les prolétaires, serviteurs soumis sans qui rien ne serait possible (Joséphine et Laurent).

Pourtant ces amis d’enfance continuent de se réunir, de se retrouver au café, d’aller ensemble à un concert ou de faire le tour du propriétaire. Ce qui les unit est aussi ce qui les désunit. Ils ont en commun une certaine histoire et des souvenirs d’enfance mais le temps a laissé place à une certaine amertume et pas mal de désillusions. Du coup, ça gueule, ça crie mais finalement chacun hurle sans que l’autre ne l’écoute vraiment. Macaigne préfère dire que ses personnages « pensent fort » plutôt que crient. Ici les dialogues ressemblent davantage à une suite de monologues. Chacun reste campé sur ses positions et en cela Pour le réconfort traduit bien l’impasse de notre monde en peine de renouveau. La lutte des classes à laquelle on assiste semble aussi inéluctable que sans issue. Les personnages se côtoient, se frôlent, s’affrontent et finissent par reprendre leur route sans que rien n’ait changé. Pas vraiment réconfortant.

On est pourtant loin du cliché des castes sociales. Pascal et Pauline ne ressemblent en rien à de riches propriétaires terriens. De même les « prolétaires » témoignent de peu d’esprit de révolte. Ils apparaissent tous au même niveau et pour autant la guerre civile ne semble jamais loin et presque plus sournoise encore, les stratifications étant plus invisibles.

Si Pour le réconfort reflète bien la mélancolie et un certain désespoir qu’arbore le cinéaste, le film reste néanmoins assez drôle avec quelques répliques et moments réjouissants. La forme brute, le filmage fluide et expérimental avec un manque de moyens affiché rend compte de très belles scènes, douces et bienveillantes dans la maison de retraite, plus apocalyptiques dans la scène nocturne au bord du lac ou les scènes où ils sont attablés dans la cuisine. Certaines séquences ont cette beauté fragile que seul le réel même exacerbé convie. Pourtant l’absence de récit finit par nous égarer, par nous laisser de côté, et cette lutte en arrive à ressembler aux coups portés par Emmanuel sur la croix imposante du père mort : vaine et impassible.

Durée : 1h31
Date de sortie : 25 octobre 2017

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LE SENS DE LA FÊTE : enfin une bonne comédie made in France !

Grand retour au cinéma du duo gagnant Eric Toledano et Olivier Nakache avec Le sens de la fête, comédie chorale réjouissante et bien rythmée. Un feel good movie à ne pas bouder loin des comédies médiocres dont le cinéma français regorge.

Max (Jean-Pierre Bacri à son meilleur) n’en est pas à son premier mariage. Et pour cause, il est traiteur et coordonne les événements du repas jusqu’aux menus détails. Si Max aime son métier, il commence à fatiguer et pense à se retirer. Cette fois, la fête a lieu dans un magnifique château du 17ème ambiance « sobre, chic et élégant » mais évidemment rien ne va se passer comme prévu et Max va devoir « s’adapter » plus que d’habitude pour faire face aux imprévus. Il faut dire qu’il n’est pas vraiment aidé par son équipe : un beau frère dépressif (Vincent Macaigne), un extra un peu simplet (Alban Ivanov), un DJ qui détonne avec le décor (Gilles Lellouche), un photographe pique-assiette (Jean-Paul Rouve) et un bras droit trop imprévisible (Eye Haidara). Ajoutez à cela un marié très irritant et mégalo et vous aurez le cocktail parfait de la fête qui ne promet pas que des belles surprises.

Pour Le sens de la fête, les réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache ont opté pour l’unité de lieu et de temps. Le pari de maintenir la cadence dans un seul lieu et sur une nuit était donc risqué. Pari réussi tant le film est formidablement bien rythmé et servi par de bons dialogues et une mise en scène efficace. Loin de la caricature grotesque et des blagues tartes à la crème, Le sens de la fête évite tous les pièges dans lesquels il eut été facile de tomber. On est avant tout ici dans une comédie humaine et non dans une farce, le chaos servant davantage à peindre cette galerie de personnages qu’à titiller nos zygomatiques. Le sens de la fête n’en demeure pas moins une bonne comédie et offre quelques scènes vraiment réjouissantes, notamment autour des personnages de Bacri, Macaigne et Lellouche, très en forme.

“Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer.”

– Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais cité par le marié dans son interminable discours –

Les cinéastes ne se contentent pas de tout miser sur Jean-Pierre Bacri et offrent la part belle aux seconds rôles. A ce récit mêlant harmonieusement humour, émotion et sens du rythme, s’ajoute en effet un casting d’acteurs plus rares dans ce genre-là, comme Judith Chemla, la star du film indé Vincent Macaigne, Antoine Chappey ou Kevin Azais.

Répondant au principe de la comédie chorale, Le sens de la fête laisse exister chacun de ses personnages qui nous rappellent forcément quelqu’un, quand ce n’est pas nous-mêmes. Les seconds rôles (à part peut être celui d’Alban Ivanov qui joue le con de service) sont tous plus vrais que nature, et échappent à la satire potache. Le photographe n’est pas qu’un beauf paresseux et pique assiette, c’est aussi un loser touchant qui cherche à se faire mousser auprès de son stagiaire pas dupe du tout. De même, le DJ qui chauffe sa voix en se prenant pour Barry White et inquiète le marié, finit lui aussi par montrer un autre visage. Car dans ce chaos festif, où les uns et les autres travaillent à faire de cette soirée le plus beau jour de la vie des mariés, jaillit un élan humain entre solidarité et bienveillance qui ne peut qu’émouvoir. Les personnages évoluent au fil de la nuit, laissant de côté leur travers au profit du groupe et du travail d’équipe. Certains diront que c’est un peu facile et plein de bons sentiments. Ce qui est sûr c’est qu’à lorgner du côté du succès de certaines comédies ineptes (Camping, Les Tuche ou l’affligeant Alibi.com pour ne citer qu’eux), on se dit que c’est peut être là le secret de la réussite du duo Toledano-Nakache : laisser opérer la magie du vivant. Force est de constater que ce n’est pas donné à tous. Si en plus ça nous fait marrer, pas de quoi les bouder.

Durée : 1h57
Date de sortie : 4 octobre 2017

 

LE BRUSSELS SHORT FILM FESTIVAL FETE SES 20 ANS

Initié par deux amis alors étudiants, Céline Masset et Pascal Hologne, le Brussels Short Film Festival (BSFF) fête cette année ses 20 ans. Devenu l’un des rendez-vous incontournables du court métrage à l’instar de Clermont Ferrand er Interfilm à Berlin, le Brussels Short Film Festival offre une programmation riche de plus de 300 films, trois  compétitions ainsi que des rencontres entre professionnels. Nous y avons fait un petit tour ce week end accueillis par un grand soleil et une chaleureuse équipe ce qui en Belgique est presque un pléonasme tant l’ambiance y est sympathique. Retour sur ces deux jours avec l’un des moments forts : la Nuit du court.

Cette édition anniversaire est marquée par une rétrospective spéciale 20 ans autour de quatre grandes thématiques qui parlent d’elles-mêmes : Tous à poil, Il était une fois il était une fois, Fabuleux destin et On connait la chanson. Cette rétrospective vient s’ajouter aux trois compétitions internationale, nationale et « next generation » avec les films d’étudiants en cinéma, et à la sélection « Off » de plus de 200 films. Autres surprises de cette édition : la présence d’un grand nombre d’invités qui ont marqué la vie du Festival, des projections gratuites en plein air, des conférences et des concerts.

Pour se mettre tout de suite dans le bain, autant se mettre « Tous à poil » comme l’intitulé de notre premier programme aussi drôle que poétique et réjouissant. On a pu y découvrir l’un des courts du duo Abel et Gordon Walking on the wild side,  I am your man de Keren Ben Rafael avec Vincent Macaigne en plein déménagement qui reste « coincé » dans son ex, Point de fuite du belge Olivier Smolders où une prof découvre sa classe nue, le très réussi Cashback de Sean Ellis ou comment tuer l’ennui quand on travaille dans un supermarché et notre préféré Naturellement de Christophe Le Masne qui met en scène un couple fraichement débarqué chez des amis dans le sud de la France pour qui vivre à poil est une seconde nature. Christophe Le Masne, grand habitué du festival et du format court, était d’ailleurs présent pour présenter deux de ses films retenus pour cette édition spéciale.

La deuxième séance présentait des films en compétition internationale dont Panthéon Discount de Stephan Castang récompensé au Festival Itinérances d’Alès, Cipka de Renata Gasiorowska un film d’animation polonais couronné du Prix du meilleur film d’animation à Clermont Ferrand et le délicat Fox de la grecque Jacqueline Lentzou sur le passage à l’âge adulte lié au deuil.

Après une pause festive autour d’un apéro organisé à l’occasion de leurs 20 ans, la Nuit du court a pu démarrer autour de 4 temps forts : un best of en entrée en matière (avec entre autres un autre court métrage de Christophe Le Masne, Les inévitables) suivi d’une « battle » entre deux programmateurs, arbitrée par les applaudissements du public. L’occasion pour nous de revoir La Rupture du regretté Pierre Etaix et de découvrir French kiss d’Antonin Peretjatko et son style résolument décalé, et Junior, le premier court métrage de Julia Decourneau (la réalisatrice de Grave) dont le programmateur en compétition parle comme étant « l’héritière de Cronenberg et Pialat ». Rien que ça.
Le troisième temps fort était consacré pour sa part à une programmation spéciale L’œil de Links, le magazine créé par CANAL + et, pour finir cette nuit du court, les organisateurs avaient concocté une sélection de courts les plus déjantés.

Dimanche, le soleil était encore au rendez-vous, tout comme le public venu nombreux pour la première séance de 14h autour de la compétition internationale. Là encore quelques belles découvertes comme le Scris/Nescris du roumain Adrian Silisteanu : un gitan fait les cent pas dans un couloir d’hôpital en attendant que sa fille mineure accouche et va devoir prouver à l’administration qu’elle est bien sa fille. Entre crise administrative et crise familiale, Scris/Nescris rentre dans nos favoris de cette édition.

Notre dernière séance nous a laissé pantois avec la découverte de la Next generation, ces étudiants en cinéma (FEMIS, INSAS, IAD…) qui assurent très certainement la relève. Au programme de cette séance, l’impressionnant Watu Wote de Katja Benrath qui met en scène un fait réel, une attaque terroriste d’un bus au Kenya, pour retrouver la seule chrétienne à bord. Un élan de solidarité se soulève pour cacher sa présence. Formidablement mis en scène et interprété, le film a été produit par La Hambourg Media School et promet une longue carrière à  la réalisatrice. Autre belle découverte : No’ï, un documentaire réalisé par Aline Magrez tout droit sortie de l’INSAS à Bruxelles  entre balade expérimentale et récit sensoriel sur une rue d’Hanoï. La réalisatrice filme les visages, les gestes au travail, les machines et leurs roulements jusqu’à l’arrivée d’une autre machine dans un plan inimaginable. Un film fort et visuellement très beau.

Le Festival qui a démarré le 27 avril se tient jusqu’au 7 mai prochain avec la remise des Prix par les différents jurys. Une bonne excuse pour aller faire un tour à Bruxelles.

 

LA LOI DE LA JUNGLE, une comédie d’aventures burlesque et réjouissante

De l’amour, de l’aventure, de la poésie et plein de bêbêtes… Bienvenue à Guyaneige, la première station de ski en pleine jungle ! Après l’excellent La fille du 14 juillet, Antonin Peretjatko revisite le film d’aventure en embarquant à nouveau le duo Vincent Macaigne-Vimala Pons au fin fond de la Guyane dans une comédie humaine aussi hilarante que sensible.

Marc Châtaigne est un brave type. Il se défend à peine lorsqu’il est poursuivi chez lui par un huissier qui le confond avec un autre Châtaigne et qui casse tout chez lui. Lorsqu’il arrive en retard au Ministère de la norme, il se voit attribué la destination la moins plébiscitée : la Guyane. Son stage a pour but de collaborer à la relance du tourisme grâce à la création de la première station de ski. Absurde ? Oui mais pas plus que certaines constructions européennes destinées à faire rayonner la France sans prendre en compte la réalité d’un pays, comme ce pont qui relie le Brésil à la Guyane et qui n’a jamais servi. On l’aura compris, Peretjatko ne fait pas un cinéma naturaliste ! Nous sommes d’emblée plongés dans un univers burlesque et atemporel. Si les décors et les costumes sont volontairement vintage (cf. la photo de Mitterrand au Ministère), le reste de l’histoire semble appartenir à un futur proche où nous serions tous indéfiniment stagiaires, faute d’emplois. Lâchons donc là nos références et régalons-nous devant cette comédie d’aventures singulière entre la parodie et le burlesque, et qui est très certainement une jolie allégorie de nos mondes modernes.

Arrivés là-bas, Châtaigne est accueilli par un Mathieu Amalric halluciné qui lui explique pourquoi les normes européennes ne s’adaptent qu’à l’Europe et non au climat tropical (leur bureau pourtant aux normes HQE est tellement humide qu’ils sont obligés de ventiler non stop). La France est représentée sur tous les continents à travers ses territoires mais ne semble pas tenir compte des différences culturelles importantes.  Tiens tiens, l’héritage colonial de la France serait-il donc bien ancré ?

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On voit d’ailleurs le Ministre (génial Jean-Luc Bideau qu’on adore chez Alain Tanner) aller pavaner devant les investisseurs chinois, qataris ou suisses en vendant un projet absurde mais qu’il promet d’être rentable et de ne pas coûter cher (il suffit pour cela d’embaucher des stagiaires ou mieux de ne pas créer d’emplois ).
Une nouvelle allégorie de notre impérialisme dénué de bon sens !

Châtaigne part donc avec sa co-équipière Tarzan (exquise Vimala Pons, clope au bec et mini short) en repérage dans la jungle. D’aventures en aventures, ils se retrouvent perdus et tentent de survivre au milieu de cette forêt peu accueillante, pleine de boue, de crocodiles, de boa et d’insectes.
A l’instar des héros de screwball comedies,  les deux protagonistes s’opposent et se chamaillent pour mieux se rapprocher. L’un est un célibataire endurci (séparé depuis 18 ans d’une femme dont il conserve toujours précieusement une mèche de cheveux) et naif quand l’autre est une femme forte, déterminée, une « dure à cuire » tout couteau dehors et prénommée Tarzan. Elle rappelle en cela les femmes hawksiennes et l’on ne peut s’empêcher de comparer par moment le duo Châtaigne-Tarzan à celui inoubliable Cary Grant-Katherine Hepburn dans L’impossible Monsieur Bébé. Il faut dire que le film repose énormément sur le rythme des dialogues (le film a été tourné en 22 images par seconde et le son est donc légèrement accéléré) et sur la gestuelle des acteurs qui offre un spectacle particulièrement réjouissant entre pirouettes, maladresses, bagarres et une inénarrable scène aphrodisiaque qu’on vous laisse découvrir.

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Vimala Pons, qui par ailleurs vient du monde du cirque, avoue avoir adoré pouvoir jouer avec son corps. « Les films sont souvent des films de dialogues, avec le film d’Antonin, on a pu aller beaucoup plus loin. Vincent (Macaigne) est d’ailleurs aussi un acteur très physique ».  Il y a du Keaton, du Marx Brothers et du Bébel dans La loi de la jungleAntonin Peretjatko ne revendique pas de référence particulière mais concède qu’inconsciemment son film en évoque bien d’autres. A chacun d’y voir ses propres souvenirs de cinéma ! Vimala Tarzan avec son mégot au bord des lèvres et sa gouaille a en tout cas à mes yeux quelque chose à voir avec Susie la boiteuse.*

Tarzan finit par séduire Châtaigne au détour d’une branche où allongés tant bien que mal, Châtaigne compare la mèche de cheveux qu’il trimballe dans son Code de la norme avec ceux de Tarzan. Au-delà de l’aspect gaguesque, le film déborde de délicatesse et de poésie. Les animaux et autres insectes deviennent le miroir de notre monde, cruel certes mais qui répond à une seule loi : celle de la nature (biologique et humaine). Le serpent mange la souris, les lucioles se prennent pour des lanternes, les papillons virevoltent et les mygales se baladent sur le terrain de golf au même titre que les humains soulignant à nouveau l’absurdité d’un monde exporté en bloc et érigé en seul modèle.

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Dans la Loi de la jungle, il y a aussi Pascal Légitimus, un huissier increvable, un stagiaire ingénieur en repérage pour un projet TGV, des mangeurs de têtes, une machine à écrire jaune, un fou de la gâchette et bien d’autres bestioles.

Au-delà du comique indéniable et des répliques bientôt cultes, La loi de la jungle rappelle que notre monde, aussi absurde soit-il, reste un terrain de jeu infiniment poétique. A y réfléchir, c’est déjà pas mal.

 

 

* L’impossible Monsieur Bébé d’Howard Hawks
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LES DEUX AMIS, un conte atemporel

Avec son premier long métrage, Les deux amis, Louis Garrel nous raconte un « trouple » moderne entre amitié faillible, amour impossible, trahison inéluctable et Désenchantement clownesque.

Dans la famille Garrel je demande le fils. Louis, le beau Louis que l’on découvrit tout jeune dans Les innocents de Bertolucci puis dans Les amants réguliers de son père, Philippe. Deux films sur mai 68 qui à défaut d’annoncer une révolution en marche, dévoilaient un jeune talent à la beauté singulière entre romantisme et tourment contemporain dans la lignée d’un Jean-Pierre Léaud (qui n’est autre que son parrain). Depuis on ne le présente plus, il est devenu une icone du cinéma français d’auteur se baladant chez Honoré (souvent), Doillon, Dolan, Bonello, Valeria Bruni-Tedeschi (son ex-compagne), Brigitte Sy (sa mère) et bien sûr chez Philippe Garrel.

Le cinéma de papa

Il y a des familles de cinéma qu’on aime tout particulièrement. Parce qu’elles nous sont familières d’emblée, évoquent un cinéma qu’on aime, nous convient à leur table d’un film à l’autre et tissent des liens dans nos vies qui nous (r)attachent et nous relient. En ce qui me concerne, la famille Garrel en fait partie. J’ai découvert le père Philippe quand j’allais visionner des films à ce qui s’appelait encore la Vidéotheque de Paris, entre deux séances du Quartier latin. Le premier film que je découvris fut J’entends plus la guitare. Puis ce fut Les baisers de secours  (déjà avec Louis enfant), La cicatrice intérieure, La naissance de l’amour, autant de titres à la poésie parfaite et révélateurs d’un cinéma intimiste dans lesquels on était heureux de croiser Lou Castel, Yann Collette, Brigitte Sy, Jean Pierre Léaud, Benoit Régent et le regretté Maurice Garrel (dans la famille Garrel, le grand père donc).
Louis Garrel est le fruit de cette génération underground qui a vécu les années 60, Nico (qui fut la compagne de Philippe) et les Velvet, mai 68, à l’aube de la Nouvelle vague et d’un cinéma plus expérimental et plus artisanal, comme le montre le dernier film de Philippe Garrel, L’ombre des femmes.

On pourrait lui opposer le privilège de sa naissance, car le petit Louis est tombé vite dans la marmite du cinéma d’auteur, mais ce qui émeut dans son film c’est bien sa façon de vouloir rendre hommage à cet héritage-là tout en s’en affranchissant (parfois maladroitement) et en affirmant ses différences. Vendredi dernier à la conférence de presse lilloise, il affirmait se référer autant à du cartoon, qu’à Michel Blanc ou Cassavetes. Ca en agace certains. Moi, ça me touche. Comme me touche son film dans sa velleité à trop vouloir raconter. Il y a quelque chose de très juvénile dans son film, de presque indigeste par moment, mais toujours plein de vivacité et de débordements.

« Leur seul but, c’est d’être aimé »

Difficile de résumer Les deux amis, tant les personnages courent tous dans tous les sens et nous perdent parfois un peu. Les deux amis peint la rencontre de trois jolis losers sans but ni ambition précise. Clément (Vincent Macaigne), figurant de cinéma est tombé fou amoureux de Mona (Golshifteh Farahani) qui travaille dans une sandwicherie à la gare du nord. Clément ne comprend pas que Mona le repousse et lui refuse une soirée. Mais ce qu’il ignore c’est que Mona est en semi-liberté et doit rentrer le soir en prison.  Quand Abel (Louis Garrel), le meilleur ami de Clément s’en mêle, le chassé croisé ressemble de loin à la course de Jules et Jim le long de la voie ferrée. De loin seulement, car dans ce film, si l’on n’ignore pas les références de Garrel (fils), on doute un peu de l’authenticité des caractères. A trop vouloir s’échapper et enchainer les actions, il s’éparpille et nous égare. C’est en effet dans les scènes les plus lentes, qu’il nous raccroche à nouveau. Le film fait donc yoyo entre de très beaux moments (la scène de danse de Mona dans le bar, le dialogue entre Clément et Abel dans la chambre d’hôtel où ils réalisent que leur amitié est dépourvue de sens) et des moments presque inutiles comme la scène initiale où Abel est entourée de deux prostituées asiatiques. Garrel multiplie les informations sur ses personnages semblant oublier que la simple évocation est souvent plus efficace. Pourtant il revendique la référence au clown (et à Pierre Etaix) qui aurait du le mettre sur cette voie plus allusive.

Louis Garrel s’est donné un rôle central non emprunt d’auto-dérision où il campe un écrivain raté assez égoiste et dont l’amitié envers Clément s’avère plutôt vaine. C’est d’ailleurs dans cette interrogation sur l’amitié que le film est le plus intéressant. Clément et Abel sont amis pour échapper à leurs solitudes et faire face à la vie main dans la main. A deux c’est plus facile. Mais sont-ils vraiment bienveillants l’un pour l’autre ? Clément voit Abel comme un modèle, un ami solide, capable de l’aider et le réconforter avant de réaliser qu’Abel ne fait que l’enfoncer dans sa fragilité et profite de sa vulnérabilité pour apparaitre fort. Leur rapport de force s’inverse dans un registre tragi-comique laissant place aux scènes burlesques de l’hôtel aux dialogues enlevés (le film est co-écrit avec l’excellent Christophe Honoré). Abel et Clément ne sont plus amis, ainsi en a décidé Clément. La différence ? « C’est que là, je ne te paie plus ton coup à boire ! ».
L’amitié n’est finalement pas très éloignée de l’amour, on y projette nos propres désirs, nos propres envies entre mise à nu et faux semblants et avant tout on répond à notre inexorable besoin d’être aimé.

Le charme de Louis Garrel et de son film réside dans l’atemporalité de son sujet comme de ses personnages. On sent qu’il est bercé entre l’héritage d’une génération révolue et celui d’une nouvelle génération. Christophe Honoré l’avait bien compris en le choisissant pour incarner Nemours dans son adaptation moderne de La princesse de Clèves, La belle personne.

Louis Garrel n’est pas un coureur de fond, il accélère pour mieux ralentir et son film me fait penser à mon ami Carel qui, en pleine embrouille avec un type du genre agressif, après une courte hésitation, lui avait écrasé sa glace en plein visage, m’avait attrapé la main et s’était mis à courir, m’embarquant dans sa fuite. Les deux amis c’est un peu un cornet de glace en pleine face.