NOUS SOMMES TOUS PASOLINI

A l’heure où la France entière (et le reste du monde avec nous) vient de vivre des évènements tragiques, où 12 personnes ont été massacrées pour la seule raison qu’ils se sentaient libres de dessiner et de s’exprimer, à l’heure où des milliers de gens descendent (enfin) dans la rue pour dire combien la liberté de penser leur est chère et combien elle semble aussi bien fragile, le film d’Abel Ferrara Pasolini non seulement résonne avec l’actualité mais devient un film scandaleusement urgent.

 

Pasolini raconte la dernière journée du cinéaste avant d’être lâchement battu à mort sur une plage d’Ostie en novembre 1975.  Si les circonstances exactes de sa mort n’ont jamais été totalement élucidées, son assassinat demeure un acte barbare d’une violence et d’une sauvagerie inouie qui marque encore. Car oui, Pier Paolo Pasolini a toujours choqué, dérangé. Lui le cinéaste génial, le poète engagé, l’essayiste politique, le polémiste inépuisable, l’homme aux 36 procès, et surtout, l’écrivain comme il aimait se définir.

Pasolini avait des ennemis de tout côté parce qu’il prônait la liberté sexuelle, la beauté, la transgression parce qu’il combattait la bourgeoisie et l’injustice, l’inculture et l’Italie pré-berlusconnienne. Dans une interview qu’il donna ce dernier jour, le journaliste lui dit que son langage ressemble « à des rayons de soleil dans la poussière ». L’image est très belle et semble aussi tellement vraie. Ils éclairent ce qu’on souhaite éliminer, ne pas voir, et pourtant on ne peut pas s’en passer. L’image très belle de Stefano Falivene ressemble à ces rayons de soleil, presque aveuglante par moments comme pour nous inciter à faire un effort pour mieux voir.

Abel Ferrara imagine aussi le dernier roman que Pasolini écrivait à ses dernières heures. Il ose filmer ce que Pasolini, le créateur avait en tête et même faire jouer son amant, son acteur fétiche Ninetto Davoli (quelle émotion !). Et dans sa dernière oeuvre posthume Pétrole, Pasolini imagine non pas une histoire mais plutôt une nouvelle forme littéraire plus fragmentée où des personnages suivent une lumière, une comète représentant le messie, semblant ainsi nous dire que le monde est devenu obscur et que tout le monde, riches ou pauvres, prolétaires ou bourgeois ne suivent plus qu’un seul but, celui de posséder.

« Il n’y a plus d’êtres humains, il n’y plus que d’étranges machines qui entrent en collision ».

Lors de son interview, Pasolini (formidable Willem Dafoe) répond au journaliste qui lui demande s’il n’a pas peur des représailles que « nous sommes tous en danger ».

Le film s’achève sur sa mise à mort à Ostie, avec Puccini chanté par la Callas, son amie et interprète (Médée). Restent les larmes de sa mère (Adriana Asti) et cette comète qui semble symboliser plus que jamais l’immortalité de son oeuvre dans nos vies.

C’est peut être ce qu’il faut garder comme espoir face à ce que nous venons de vivre ces derniers jours.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devrions tous être Pasolini.

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