20TH CENTURY WOMEN

Après le coming out d’un père septuagénaire dans l’autobiographique Beginners, Mike Mills laisse la parole aux femmes de sa vie dans un film féministe, délicat et terriblement vivant. Irrésistible !

Dorothea élève seule son fils Jamie suite à son divorce. Née en 1924, devenue mère à 40 ans, Dorothea (Annette Bening) est une enfant de la grande dépression pour qui la solidarité et l’entraide sont naturelles. Elle vit dans sa grande maison délabrée de Santa Barbara qu’elle rénove tranquillement avec l’aide de William (Billy Crudup), son locataire. Elle héberge également Abbie (Greta Gerwig) une jeune photographe aux cheveux rouges et Julie (Elle Fanning) la voisine qui se réfugie chastement toutes les nuits dans le lit de Jamie (Luca Jade Zumann). Le jeune homme en pleine mutation est donc entouré de femmes même si sa mère a toujours cherché à combler l’absence du père en l’incitant à s’entourer d’autres hommes. Mais rien n’y fait, Jamie préfère parler avec Julie que monter des planches avec William. Dorothea a toujours considéré son fils comme un être à part entière capable de discernement et de choisir d’aller en cours ou non. Mais quand Jamie risque bêtement sa vie, elle ne le comprend plus et décide de solliciter Abbie et Julie pour participer à son éducation, le protéger comme le ferait une fratrie. Commence alors pour Jamie une émancipation, une éducation sentimentale féministe et punk. De son côté, Dorothea va devoir apprendre à vivre avec son temps car aussi moderne qu’elle en ait l’air, elle semble dépassée par cette époque en perte de sens sur son de musique hardcore.

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20th century women démarre par l’explosion d’une voiture sur le parking d’un supermarché. Dorothea observe impuissante sa voiture partir en fumée puis convie les pompiers intervenant pour arrêter l’incendie à son diner d’anniversaire. « Tu n’étais pas obligée de les inviter à diner, tu sais ? » lui dit son fils. Mais pour Dorothea, rien de plus naturel que d’aller vers l’autre et de l’inviter à sa table. La force de Mike Mills est de nous immerger dans ses propres souvenirs d’enfance (le récit est à nouveau autobiographique), d’arriver à planter un décor et dessiner des personnages à travers des petits riens, un morceau de musique, des Birkenstock aux pieds ou des clichés glanés, comme autant de preuves de leur singularité et de leur universalité.

Si 20th century women se situe en 1979 dans l’Amérique de Jimmy Carter et de son fameux discours sur la crise de confiance du peuple américain, le film se révèle atemporel dans ce qu’il dit des changements de société, des évolutions de pensée comme simples étapes d’une histoire qui se rejoue sans fin tel « As time goes by » le morceau phare de Casablanca. Certes Mike Mills ponctue son film de photos d’archives qui ancrent le récit dans une temporalité précise et constituent une sorte de grand album photo qui traverse le 20ème siècle. Mais qu’est-ce qui a vraiment changé ? Malgré les guerres, la révolution sexuelle, l’arrivée de nouvelles musiques, l’essor du féminisme, il y aura toujours des gens conservateurs, prônant un retour en arrière, ou capable de se battre pour éviter de remettre en question leur virilité et leur capacité à donner du plaisir aux femmes comme la scène où Jamie se retrouve à terre pour avoir affirmé à son agresseur l’importance du clitoris dans l’orgasme féminin. Aujourd’hui encore, alors que certains remettent en question le droit à l’avortement ou l’égalité des sexes, on ne peut que se désoler de constater que le combat féministe est loin d’être gagné !

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Les personnages de 20th century women suivent le fil inexorable de leur existence entre rêves et désenchantements avec une fluidité bouleversante et gracieuse, presque évidente. Interroger le présent reviendrait à le vivre moins pleinement d’où la réplique de Dorothea à son fils qui lui demande si elle est heureuse : « Si tu réfléchis à ton bonheur, forcément tu déprimes ». La réponse de Mike Mills semble en effet se loger davantage du côté de la vie. Son récit sous forme de chapitre sur chacun des personnages s’applique d’ailleurs à raconter en voix off (celle de Jamie ou celle de Dorothea) l’histoire de chacun jusqu’à la fin du 20ème siècle (le siècle suivant semblant déjà une autre histoire), preuve que peu importe les étapes de vie, rien n’est immuable. Cette évocation sensible d’un monde en pleine mutation et du passage à l’âge adulte rappelle par moments Boyhood de Richard Linklater notamment dans le rapport de parentalité. Dorothea regrette de ne jamais savoir qui est vraiment son fils, de ne pas le voir évoluer de l’extérieur comme les autres le voient. Seule Abbie ou Julie découvrent l’être qu’il est au monde (en revenant d’une fête où elle a emmené Jamie, Abbie tend à Dorothea un cliché de Jamie qu’elle a pris dans la soirée comme pour panser cette blessure).

Bien que le récit manque parfois de rythme, 20th century women est porté par des acteurs et actrices tous formidables, des dialogues profonds et justes et une énergie contagieuse.A la fin du film, la voix off de Jamie devenu grand affirme que c’est impossible pour lui d’expliquer à son fils qui était sa mère. On peut dire que Mike Mills lui a bien réussi.

Date de sortie : 1er mars 2017
Durée : 1h58

 

 

 

 

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